mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303382 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MARIETTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 10 août 2023, le 10 septembre 2024 et le 11 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Mariette, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2023 par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et dans cette attente, de lui délivrer dans un délai de 48 heures une autorisation provisoire de séjour, sous les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour
- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par une décision du 1er septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Defranc-Dousset,
- et les observations de Me Mariette, représentant Mme B, présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 8 février 2003, est entrée sur le territoire français le 15 septembre 2019 munie d'un visa C valable du 16 août 2019 au 30 septembre 2019. Elle a été prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance d'Eure-et-Loir du 18 février 2020 au 8 février 2021, en application d'une ordonnance provisoire de placement du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Chartres du 8 février 2020, puis d'une ordonnance du juge des enfants du 21 février 2020, ordonnances confirmées par un jugement du 17 mars 2020 du juge des enfants. Le 11 février 2021 elle a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 juin 2023 dont elle demande l'annulation, la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande, a assorti ce refus de titre d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
3. Il est constant que Mme B a été prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance à l'âge de 17 ans. Elle a entamé une formation en vue de l'obtention d'un CAP de fleuriste à compter du 30 novembre 2020 et a obtenu dès le 1er semestre de formation de très bons résultats, obtenant une moyenne générale supérieure à celle de la classe et les félicitations de ses professeurs. A compter de la rentrée scolaire 2021-2022 elle a conclu un contrat d'apprentissage avec une fleuriste en vue de préparer son diplôme dans le cadre d'une formation en alternance et a obtenu de très bons résultats tant sur le plan scolaire que dans le cadre de sa formation pratique, les enseignants soulignant son investissement et les professionnels sa curiosité et sa volonté de bien faire. Si le préfet fait valoir que les nombreuses absences relevées par les enseignants traduisent un manque d'engagement et de régularité dans le suivi de sa formation, il ressort des pièces du dossier que Mme B souffre de problèmes de santé en lien avec sa situation familiale, ayant perdu son père alors qu'elle n'était âgée que de trois ans et étant rejetée par sa mère qui souffre d'alcoolisme, mais que ses absences, prises en compte par les enseignants, n'ont jamais obéré ses résultats scolaires lesquels ont toujours été très bons et se sont concrétisés par l'obtention de son diplôme, à la session de juin 2023, avec une moyenne générale supérieure à 14/20. Mme B a également obtenu en mai 2023 la médaille d'or dans la spécialité Fleuriste au concours départemental des meilleurs apprentis et une médaille d'argent au concours régional démontrant ainsi son sérieux et son implication dans le suivi de sa formation, reconnus par le département qui a signé avec elle un contrat jeune majeur. Il s'ensuit que le refus de titre de séjour opposé à la requérante est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
4. Par ailleurs, si le préfet fait valoir que Mme B n'établit pas être isolée en cas de retour dans son pays d'origine où résident sa mère et son frère, les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point 2 n'impliquent pas que le jeune majeur soit isolé dans son pays d'origine, le préfet étant tenu d'examiner la nature des liens entre le jeune majeur et sa famille, lesquels en l'espèce sont très distendus. Il s'ensuit que le refus de titre de séjour opposé à la requérante est également entaché d'erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme B doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision l'obligeant à quitter le territoire français et celle fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Eu égard au motif qui le fonde, le présent jugement d'annulation implique nécessairement qu'un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " soit délivré à Mme B. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de délivrer ce titre de séjour à Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de la mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mariette renonce à percevoir le bénéfice de la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mariette de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté préfectoral du 16 juin 2023 relatif à la situation de Mme B est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Eure-et-Loir de délivrer un titre de séjour mention " salarié " à Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de la mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Me Mariette une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet d'Eure-et-Loir et à Me Mariette.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
Mme Keiflin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
La rapporteure,
Hélène DEFRANC-DOUSSET
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026