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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303383

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303383

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP ROBILIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 août 2023, M. B A, représenté par Me Robiliard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son recours n'est pas tardif dès lors que l'arrêté contesté n'a pas été notifié à sa dernière adresse dont avait pris soin d'informer la préfecture d'Eure-et-Loir, laquelle aurait dû transmettre cette information à la préfecture de Loir-et-Cher ;

- à défaut de convocation lui ayant permis de comparaître devant la commission du titre de séjour, celle-ci ne peut être regardée comme ayant été valablement consultée ;

- l'arrêté contesté méconnaît l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il exerce une activité professionnelle dans un métier en tension ;

- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il aurait dû être régularisé au regard des dispositions de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté contesté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de titre de séjour étant entaché d'illégalité, par la voie de l'exception il y a lieu d'annuler l'obligation de quitter le territoire ;

- son renvoi au Pakistan l'exposerait à un risque vital de sorte que la fixation du pays de destination est contraire aux articles 2.1 et 3 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 28 août 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive dès lors que l'arrêté contesté, qui a été adressé à la dernière adresse communiquée par l'intéressé, lui a été notifié le 11 février 2023 et a été retourné à la préfecture avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse indiquée " ;

- l'intéressé s'est maintenu sur le territoire en toute illégalité malgré trois arrêtés l'obligeant à quitter le territoire français auxquels il n'a pas déféré ;

- alors qu'il a été convoqué devant la commission du titre de séjour, il ne s'est pas présenté bien que l'information ait été également délivrée à son conseil ;

- ni sa situation professionnelle ni sa situation personnelle ne lui permettent de se voir délivrer un titre de séjour pérenne ;

- à supposer même qu'il démontre la réalité de la vie commune avec sa concubine, celle-ci est très récente et rien au dossier ne permet d'établir l'ancienneté, l'intensité et la stabilité de ce concubinage.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Defranc-Dousset a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant pakistanais né le 1er septembre 1979 est selon ses déclarations entré en France en septembre 2011. Il a présenté une demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 28 février 2013, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 20 décembre 2013 et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de la Seine-Maritime le 7 avril 2014. Son recours formé contre cette décision a été rejeté par le tribunal administratif de Rouen. Il a ensuite présenté une demande de titre de séjour laquelle a fait l'objet, le 19 novembre 2015, d'un refus assorti d'une obligation de quitter le territoire français auquel il n'a pas déféré. Le 27 janvier 2019, il a présenté une nouvelle demande de titre de séjour sur laquelle l'absence de réponse du préfet de la Seine-Maritime a fait naître une décision implicite de rejet. Son recours contre cette décision a été également rejeté par le tribunal administratif de Rouen le 28 octobre 2019. Par un arrêté du 17 janvier 2020, le préfet le préfet de la Seine-Maritime a opposé un refus sur sa demande de délivrance du titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire et d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de 2 ans. Le recours formé contre cet arrêté a été rejeté par le tribunal administratif de Rouen par un jugement du 27 octobre 2020, confirmé par la Cour administrative d'appel de Douai le 22 avril 2021. L'intéressé, qui s'est maintenu sur le territoire, a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture de Loir-et-Cher le 19 avril 2022 en se prévalant de sa situation professionnelle et de son concubinage avec une ressortissante française. Par un arrêté du 9 février 2023, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. M. A s'étant maintenu sur le territoire, le 13 juin 2023 le préfet de Loir-et-Cher a pris à son encore un arrêté l'assignant à résidence. La mesure d'éloignement a été exécutée le 17 août 2023. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 9 février 2023.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour

2. En premier lieu, le requérant soutient que la commission du titre de séjour ne peut être regardée comme valablement saisie dès lors qu'il n'a pas été rendu destinataire de la convocation l'invitant à se présenter pour formuler ses éventuelles observations. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la réunion de la commission du titre de séjour était fixée au 23 novembre 2022. Une convocation a été adressée au requérant dès le 25 octobre 2022 par lettre recommandée avec accusé de réception. Les services postaux n'ayant pu le joindre, la préfecture a, dès le 27 octobre 2022, saisi le conseil du requérant, l'informant des difficultés rencontrées et l'invitant à informer son client de la date et de l'heure de la réunion de la commission. Alors qu'il ressort des pièces du dossier que la préfecture de Loir-et-Cher a pris toutes dispositions utiles afin d'informer l'intéressé de la date de la réunion de la commission, le moyen tiré de ce qu'il n'a pas été régulièrement convoqué devant la commission du titre de séjour doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an./La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ".

4. Le requérant soutient qu'il exerce une activité salariée dans le domaine de la restauration depuis au moins six ans, sur un métier en tension et qu'en lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité le préfet aurait commis une erreur de droit et à tout le moins une erreur d'appréciation. Il produit pour corroborer ses dires plusieurs contrats de travail à durée indéterminée, à temps partiel, conclut avec des établissements de restauration, respectivement en 2015, 2017, puis en 2020, pour un poste d'employé polyvalent de restauration accompagnés des bulletins de paie afférents ainsi qu'une promesse d'embauche émanant d'un établissement de restauration rapide installé à Blois, datée du 20 juin 2022. Toutefois, il ne soutient ni même n'allègue que ses employeurs ou lui-même se seraient vu délivrer au préalable une autorisation de travail par les autorités administratives compétentes et n'établit pas davantage être titulaire d'un visa long séjour. En conséquence, alors qu'il ne remplit pas les conditions fixées par les dispositions dont il revendique l'application, le préfet en lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité n'a commis ni erreur de droit ni erreur d'appréciation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. Le requérant se prévaut d'une vie commune avec une ressortissante française, depuis deux ans à la date de la décision contestée. Toutefois, à la supposée établie, au regard des pièces produites par l'intéressé, la durée de cette vie commune serait inférieure à deux ans à la date de la décision contestée, le 9 février 2023, la déclaration de concubinage produite mentionnant une vie maritale depuis le 1er août 2021. En outre, et en l'absence de tout autre document, l'intéressé n'établit ni l'ancienneté ni l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité le préfet aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

8. Le requérant qui, ainsi qu'il a été dit au point 2, a été convoqué devant la commission du titre de séjour se prévaut, d'une part, de ce qu'il a travaillé pendant près de six ans dans différents établissements de restauration et, d'autre part, de son concubinage avec une ressortissante française. Toutefois, et alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 6, son concubinage, à

le supposer établi, présente un caractère récent, en ne retenant pas ces éléments comme constitutifs de motifs exceptionnels, et alors que sa situation ne saurait relever de circonstances humanitaires, le refus opposé à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour n'est entaché ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A soutient qu'il est présent sur le territoire français depuis 2011. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet de plusieurs refus de séjour assortis de l'obligation de quitter le territoire français et que ses recours formés devant les juridictions administratives ont été rejetés. S'il se prévaut désormais, en plus d'une activité salariée, d'une vie commune avec une ressortissante française, il n'en établit ni l'ancienneté ni l'intensité et ne soutient ni même n'allègue ne plus avoir de famille au Pakistan. Dans ces circonstances, eu égard aux conditions de sa présence en France, le refus opposé sur sa demande de titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts pour lesquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français

11. En premier lieu, eu égard à ce qui vient d'être dit aux points précédents, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. En conséquence, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, si le requérant soutient que le retour dans son pays d'origine l'exposerait à un risque vital, ce moyen n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'il présente au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Best-De Gand, première conseillère,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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