mercredi 25 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303423 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | KAB CONSEIL AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 août 2023, M. C B A, représenté par Me Benoît Yela Koumba, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 1er août 2023 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant la République Démocratique du Congo comme pays de destination de sa reconduite ;
2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation administrative dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation de séjour et de travail dans l'attente de la décision ;
3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la procédure antérieure à l'arrêté attaqué est entachée d'irrégularités ;
- l'arrêté n'est pas motivé ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur de droit, méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la circulaire du 18 janvier 2013 et elle est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Yela Koumba.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant de la République Démocratique du Congo né le 25 juillet 1976, a été interpellé le 1er août 2023 par les services de la direction interdépartementale de la police aux frontières d'Orléans. Il a déclaré être entré en France en décembre 2015 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Le préfet du Loiret, informé par le système Eurodac, qu'il avait déjà présenté une demande auprès des autorités hongroises a sollicité le 14 octobre 2015 auprès de celles-ci la reprise en charge de l'intéressé sur le fondement du règlement (UE) n° 604/2013 du Conseil du 26 juin 2013. Le préfet du Loiret, selon accord implicite de ces dernières en date du 29 octobre 2015, en application des articles 22.7 et 25.2 du règlement du 26 juin 2013, a, par un arrêté du 30 novembre 2015, décidé de la réadmission de M. B A, aux autorités hongroises, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par une ordonnance n° 1600913 du 22 mars 2016, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté, pour irrecevabilité, son recours tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2015. Le 6 mai 2019, le requérant a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 28 juin 2019 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 2 juin 2020 par la cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 25 septembre 2020, le préfet du Cher l'a obligé à quitter le territoire français, mesure à laquelle il n'a pas déféré. Par l'arrêté attaqué du 1er août 2023, la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la République Démocratique du Congo.
2. En premier lieu, le moyen tiré de la prétendue illégalité de l'interpellation et de la garde à vue dont le requérant a été l'objet est inopérant à l'encontre de l'arrêté litigieux.
3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ". En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 1er août 2023 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant, notamment relatifs à sa situation familiale, à raison desquels la préfète l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation du requérant.
5. En quatrième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile susvisé, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code ou de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait présenté, avant l'arrêté attaqué, une demande de carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers qui prévoient que " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Dès lors, la préfète du Loiret n'était pas tenue d'examiner d'office si le requérant était susceptible de se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées. Il suit de là que le requérant ne saurait se prévaloir utilement de ces dispositions. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour au titre de ces dispositions.
6. En cinquième lieu, le requérant soutient que la préfète du Loiret a entaché son arrêté d'une erreur droit en se fondant sur une précédente mesure d'éloignement datant de plus de trois ans et alors qu'il n'est pas démontré, ni même allégué, que les services de la préfecture auraient essayé en vain de la mettre à exécution par une assignation à résidence ou un placement en rétention. Toutefois, si elle précise que le requérant a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire le 25 septembre 2020, l'obligation de quitter le territoire attaquée est fondée sur les dispositions des 1° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit aux termes desquelles " " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3 ; () " en rappelant que l'intéressé ne justifiait pas être entré régulièrement en France en décembre 2015 et que sa demande d'asile du 6 mai 2019 avait été rejetée par une décision du 28 juin 2019 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 2 juin 2020 par la cour nationale du droit d'asile. Ainsi, la préfète du Loiret était en droit de prendre l'obligation de quitter le territoire attaquée même si le requérant avait déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il n'avait d'ailleurs pas déféré.
7. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Le requérant soutient que la préfète du Loiret a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle et que la préfète aurait pu exercer son pouvoir discrétionnaire de régularisation au titre du travail, notamment en application de la circulaire du 18 janvier 2013. Toutefois, il est constant que le requérant n'a pas engagé de démarches en vue de régulariser sa situation sur le territoire français. Par ailleurs, l'administration n'est pas tenue d'examiner d'office si un étranger peut bénéficier d'un titre de séjour. Au demeurant, il ressort de ce qui a été dit au point 5 ci-dessus que le requérant ne pouvait pas bénéficier de plein droit d'une carte de séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'intéressé ne conteste pas être célibataire et père de deux enfants qui résident dans son pays d'origine. Ainsi, même si l'intéressé occupe un emploi d'intérimaire, l'obligation de quitter le territoire attaquée ne porte pas à son droit à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et ne méconnaît pas, dès lors, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale. Enfin, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 18 janvier 2013 du ministre de l'intérieur relative à l'entrée en vigueur de la loi n° 2012-1560 du 31 décembre 2012 relative à la retenue pour vérification du droit au séjour et modifiant le délit d'aide au séjour irrégulière pour en exclure les actions humanitaires et désintéressées qui est dépourvue de caractère réglementaire.
9. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si le requérant se prévaut de ces stipulations, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il ferait l'objet de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en République Démocratique du Congo.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B A doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
Le greffier,
Roger MBELANILa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026