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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303449

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303449

lundi 28 août 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303449
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSANCHEZ-RODRIGUEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 août 2023 à 7 heures 49 minutes et, un mémoire complémentaire, enregistré le 20 août 2023, Mme C A, représentée par Me Sanchez-Rodriguez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2023, par lequel la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français ainsi que l'arrêté du même jour par lequel la préfète d'Eure et Loir l'a assignée à résidence dans le département d'Eure-et-Loir, pour une durée de 45 jours, tous deux notifiés le 17 août 2023 ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'Eure-et-Loir à titre principal de l'admettre au séjour et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 200 euros.

Elle soutient que :

- la décision rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision l'obligeant à quitter sans délai le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est également insuffisamment motivée sur le refus de lui accorder un délai de départ volontaire

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- l'arrêté l'assignant à résidence dans le département d'Eure-et-Loir est illégal en ce qu'il est fondé sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

Par un mémoire enregistré le 23 août 2022, la préfète d'Eure-et-Loir, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Defranc-Dousset pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article L.776-1 et suivants et R.776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Defranc-Dousset a été entendu au cours de l'audience publique où les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Une note en délibéré, présentée par Me Sanchez Rodriguez, représentant Mme A a été enregistrée le 23 août 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante congolaise, née le 16 mai 1980 est, selon ses déclarations, entrée en France le 23 mars 2014. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Par une décision du 10 novembre 2014, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande visant à se voir reconnaître le statut de réfugiée. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 6 mai 2015. Mme A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français aux termes d'un arrêté préfectoral du 7 janvier 2016 à laquelle elle n'a pas déféré et se maintient depuis sur le territoire français sans disposer des autorisations nécessaires. Le 18 mai 2022 elle a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture

d'Eure-et-Loir. Par un arrêté du 8 août 20023, la préfète d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Aux termes d'un second, arrêté intervenu le même jour, elle l'a assignée à résidence dans le département d'Eure-et-Loir, pour une durée de 45 jours. Mme A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Ainsi qu'il a été dit au point 1, Mme A a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, ainsi que sur l'assignation à résidence. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions des requêtes de Mme A tendant à l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour, des conclusions accessoires à ces dernières ainsi que de celles relatives au frais de l'instance.

Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de la loi du 10 juillet 1991 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

4. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français et fixant le pays de renvoi

5. La requérante soutient en premier lieu que la décision l'obligeant à quitter sans délai le territoire français qui méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation et n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi. A ce titre, elle indique qu'elle réside sur le territoire depuis plus de neuf ans, qu'elle entretient une relation avec M. B, ressortissant congolais titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 1er août 2023 et père de trois enfants français, avec lequel elle a conclu un pacte civil de solidarité enregistré le 14 octobre 2020. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle se maintient irrégulièrement sur le territoire où elle est entrée irrégulièrement en 2014 depuis au moins six ans, qu'elle est mère de deux enfants mineurs restés au Congo, son pays d'origine qu'elle a quitté à l'âge de 34 ans et où résident toujours ses parents et que le pacte civil de solidarité dont elle se prévaut est relativement récent. Si elle se prévaut de l'exercice d'une activité professionnelle et produit des bulletins de salaire pour la période allant de juin 2022 à mars 2023, ainsi qu'un contrat de travail à temps partiel conclu le 24 juillet 2023, cette circonstance n'est pas de nature à établir la réalité de son insertion professionnelle sur le territoire. Par suite, et alors qu'elle n'allègue pas d'autre lien sur le territoire que son compagnon, M. B, c'est sans erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision, laquelle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que la préfère d'Eure-et- Loir, qui a procédé à un examen approfondi de sa situation, l'a obligée à quitter le territoire français.

6. En second lieu, aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

7. Par ailleurs, aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : ()5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

8. La requérante soutient que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée. Toutefois, alors que la décision contestée vise les dispositions des articles L.612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers rappelées au point précédent et mentionne expressément que l'intéressée s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement et qu'il existe un risque qu'elle se soustraie à l'obligation de quitter le territoire qui lui est faite, la décision contestée apparaît suffisamment motivée sur ce point. Le moyen doit donc être écarté

9. En troisième lieu, la requérante soutient que la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée en cas d'exécution forcée de la décision d'éloignement est insuffisamment motivée. Toutefois, la décision contestée indique que l'intéressée sera renvoyée " dans le pays dont elle a la nationalité ou à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage ou tout pays pour lequel elle est légalement admissible ", cette même décision précisant dans ses visas qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou des traitements inhumains et dégradants, contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Alors qu'elle vise en outre les textes dont il a été fait application, cette décision est suffisamment motivée. En tout état de cause, la requérante ne produit aucun élément de nature à établir la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui vient d'être dit aux points 4 à 8 que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation des décisions l'obligeant à quitter sans délai le territoire français et fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté l'assignant à résidence :

11. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 4 à 9 que l'illégalité de la décision obligeant Mme A à quitter le territoire français n'étant pas établie, la requérante n'est pas fondée à exciper par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision l'assignant à résidence prise sur son fondement. Le moyen doit être écarté.

12. Eu égard à ce qui vient d'être dit au point 10, les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision l'assignant à résidence dans le département d'Eure-et-Loir pour une durée de 45 jours doivent être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation des arrêtés du 8 août 2023 portant obligation de quitter le territoire sans délai, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise à titre provisoire au benefice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions de Mme A dirigées contre le refus de titre de séjour qui lui a été opposé le 8 août 2023, les conclusions accessoires qui s'y attachent ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 3 : Les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 août 2023 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination sont rejetées, de même que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 août 2023 portant assignation à résidence de Mme A dans le département

d'Eure-et-Loir.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la Préfète d'Eure-et-Loir.

Copie en sera adressée, pour information, à Me Sanchez-Rodriguez.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 août 2022.

La magistrate désignée,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La greffière,

Nathalie ARCHENAULT

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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