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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303454

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303454

jeudi 27 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303454
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantFOURET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. et Mme D... demandant l'annulation du refus d'autorisation d'instruction en famille pour leur fille. La juridiction a considéré que la décision de la commission académique, qui s'est substituée à celle du DSDEN, n'était entachée ni d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 131-5 du code de l'éducation. Les requérants n'ont pas démontré l'existence d'une situation propre à l'enfant justifiant le projet éducatif, ni la capacité de la personne chargée de l'instruction à assurer cet enseignement. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant et du droit au respect de la vie privée ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 août 2023, M. et Mme D..., représentés par Me Fouret, demandent au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 24 juillet 2023 par laquelle la commission compétente de l’académie d’Orléans-Tours a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire contre la décision de refus d’autorisation d’instruction dans la famille de leur fille F... prise par le directeur des services départementaux de l’éducation nationale de l’Indre le 28 juin 2023 ainsi que cette décision du 28 juin 2023 ;

2°) d’enjoindre au recteur de l’académie d’Orléans-Tours de leur délivrer l’autorisation sollicitée ou, à titre subsidiaire, de réexaminer leur demande ;

32°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- les décisions contestées sont entachées d’une erreur de droit dès lors que l’existence d’une situation propre à l’enfant mentionnée au 4° de l’article L. 131-5 du code de l’éducation s’entend comme le fait de proposer un projet sérieux comportant l’essentiel de l’enseignement adapté à l’enfant sans aucune autre exigence à prendre en compte ;
- ces décisions sont entachées d’une erreur d’appréciation quant au critère tenant à l’existence d’une situation propre à l’enfant et méconnaît l’intérêt supérieur de leur enfant garanti par l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant et le droit au respect de la vie privée garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d’une erreur de fait dès lors qu’il n’est pas démontré que l’instruction sera délivrée par Mme D... et d’une erreur d’appréciation dès lors que cette dernière dispose d’une équivalence grâce aux contrôles favorables effectués par les services de l’éducation nationale compétents s’agissant de l’instruction de ses enfants aînés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2025, le recteur de l’académie d’Orléans-Tours conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme D... ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 24 avril 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 26 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Ploteau,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique.

Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

M. et Mme D... ont sollicité, le 31 mai 2023, une autorisation d’instruction en famille pour leur fille F..., née le 10 novembre 2020. Par une décision du 28 juin 2023, le directeur des services départementaux de l’éducation nationale (DSDEN) de l’Indre a rejeté leur demande. Par une décision du 24 juillet 2023, la commission compétente de l’académie d’Orléans-Tours a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire contre ce refus d’autorisation d’instruction dans la famille. Par la présente requête, M. et Mme D... demandent l’annulation des décisions du 28 juin 2023 et du 24 juillet 2023.

Sur le cadre du litige :

L’institution d’un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l’autorité compétente pour en connaître le soin d’arrêter définitivement la position de l’administration. Il s’ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale. Ainsi, les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la décision de la commission compétente de l’académie d’Orléans-Tours du 24 juillet 2023 rejetant le recours administratif exercé par M. et Mme D..., laquelle s’est substituée à la décision initiale du DSDEN de l’Indre.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 131-5 du code de l’éducation, dans sa rédaction issue de la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République : « Les personnes responsables d’un enfant soumis à l’obligation scolaire définie à l’article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d’enseignement public ou privé ou bien, à condition d’y avoir été autorisées par l’autorité de l’Etat compétente en matière d’éducation, lui donner l’instruction en famille […] L’autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d’autres raisons que l’intérêt supérieur de l’enfant : […] 4° L’existence d’une situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d’instruire l’enfant à assurer l’instruction en famille dans le respect de l’intérêt supérieur de l’enfant. Dans ce cas, la demande d’autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l’engagement d’assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l’instruction en famille » et aux termes de l’article R. 131-11-5 du même code : « Lorsque la demande d’autorisation est motivée par l’existence d’une situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif, elle comprend : (…) 3° Une copie du diplôme du baccalauréat ou de son équivalent de la personne chargée d’instruire l’enfant. Le directeur académique des services de l’éducation nationale peut autoriser une personne pourvue d’un titre ou diplôme étranger à assurer l’instruction dans la famille, si ce titre ou diplôme étranger est comparable à un diplôme de niveau 4 du cadre national des certifications professionnelles ; (…) ». Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l’obligation scolaire sont en principe instruits dans un établissement d’enseignement public ou privé, il appartient à l’autorité administrative, lorsqu’elle est saisie d’une demande tendant à ce que l’instruction d’un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d’une part, dans un établissement d’enseignement, d’autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l’issue de cet examen, de retenir la forme d’instruction la plus conforme à son intérêt.

Ces dispositions, telles qu’elles ont été interprétées par la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, impliquent que l’autorité administrative, saisie d’une telle demande, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d’instruction dans la famille et qu’il est justifié, d’une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l’enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d’apprentissage de cet enfant, d’autre part, de la capacité des personnes chargées de l’instruction de l’enfant à lui permettre d’acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l’article L. 122-1-1 du code de l’éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d’enseignement de la scolarité obligatoire.

En l’espèce, pour refuser de délivrer l’autorisation d’instruction dans la famille demandée par M. et Mme D..., la commission compétente de l’académie d’Orléans-Tours a relevé, d’une part, que les éléments constitutifs de la demande d’autorisation d’instruction dans la famille n’exposent pas de manière étayée la situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif et, d’autre part, que la personne effectivement chargée de l’instruction de F... ne justifie pas détenir le baccalauréat ou un diplôme équivalent.

En premier lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants, il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu’il appartient aux personnes responsables d’un enfant soumis à l’obligation scolaire sollicitant à titre dérogatoire une autorisation d’instruire leur enfant en famille, sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l’article L. 131-5 du code de l’éducation, d’exposer de manière étayée la situation propre à leur enfant, laquelle ne saurait découler de la volonté de ces derniers d’appliquer des pédagogies distinctes de celle dispensée dans les écoles publiques ou de l’existence d’un projet pédagogique adapté à la situation de l’enfant. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que les frères et sœurs de F... ont été instruits dans la famille et que les contrôles effectués par les autorités compétentes se sont révélés favorables, cette circonstance n’est pas de nature à démontrer l’existence d’une situation propre à l’enfant F.... En outre, M. et Mme D... font valoir que la jeune F..., née en fin d’année, ne disposerait pas de la maturité nécessaire pour entrer à l’école dès lors, en particulier, qu’elle n’est pas encore propre et fait une sieste le matin et l’après-midi. Les requérants relèvent également que F... est timide et a besoin de sécurité affective. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que de tels besoins, qui sont d’ailleurs fréquemment rencontrés chez les enfants de l’âge de la jeune F..., présenteraient une intensité suffisante pour caractériser l’existence d’une situation propre à l’enfant. Par suite, en refusant de délivrer l’autorisation sollicitée, la commission compétente n’a pas commis d’erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 131-5 du code de l’éducation, ni d’erreur d’appréciation.

En second lieu, si la décision attaquée relève que Mme D... assurera effectivement l’instruction de l’enfant F..., il ressort de la demande présentée par les requérants que l’instruction sera effectuée par M. G... C.... Dans ces conditions et dès lors que cette déclaration engage les demandeurs, lesquels sont susceptibles de faire l’objet de contrôles, M. et Mme D... sont fondés à soutenir qu’en considérant que Mme D... serait en charge de l’instruction, la commission compétente a commis une erreur de fait. Pour les mêmes motifs, la commission ne pouvait légalement se fonder sur la circonstance que Mme D... ne bénéficie pas d’un diplôme équivalent au baccalauréat. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la commission compétente pouvait légalement refuser de délivrer l’autorisation d’instruction dans la famille au motif que les demandeurs ne justifient pas de l’existence d’une situation propre à l’enfant F... et il ressort des pièces du dossier que l’administration aurait pris la même décision si elle s’était fondée sur cet unique motif. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce qu’en opposant la circonstance que Mme D... ne dispose pas d’un diplôme équivalent au baccalauréat, la commission aurait commis une erreur de fait et une erreur d’appréciation, doivent être écartés.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d’annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d’injonction et de celles relatives aux frais liés au litige.




D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme D... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme E... et B... D... et au recteur de l’académie d’Orléans-Tours.

Délibéré après l’audience du 13 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,
Mme Bailleul, première conseillère,
Mme Ploteau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2025.


La rapporteure,

Coralie PLOTEAU

Le président,

Denis LACASSAGNE

La greffière,




Anne-Gaëlle BRICHET


La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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