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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303456

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303456

mercredi 28 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET LEXGLOBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 août 2023 et le 22 février 2024, M. B A, représenté par la Selarl Lexglobe, avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2023, par lequel le préfet de Loir-et-Cher, a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit, ensemble l'arrêté du 15 janvier 2024 l'assignant à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de 45 jours renouvelable, notifiée le 21 février 2024 ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois ; en outre, en application de l'article L.614-16 du code de l'entée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté du 13 juillet 2023 :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la compétence du signataire de l'arrêté contesté n'est pas établie ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.423-23 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et des méconnaît les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français devra être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence :

- l'arrêté devra être annulé en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- la décision présente un caractère disproportionné alors qu'il est scolarisé et doit choisir entre se soumettre aux obligations de pointage et aller en cours ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 26 février 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Veillat, représentant M. A.

Le conseil du requérant a repris les moyens soulevés dans sa requête et insisté sur le fait qu'alors que les obligations de quitter le territoire français prononcées à l'encontre de son père et de sa mère ont été annulées, il ne serait pas cohérent de ne pas en tenir compte pour apprécier la situation de M. A, lequel se trouverait isolé en cas de retour seul dans son pays d'origine.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, né le 4 juin 2005, est entré en France le 15 février 2018 en compagnie de ses parents, lesquels disposaient tous deux d'un visa C délivré par les autorités françaises à Tunis. Le 6 juin 2023 il a présenté auprès des services de la préfecture de Loir-et-Cher une demande d'admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de la présence de ses parents et de ses frères et sœur sur le territoire et de ce qu'il poursuit actuellement ses études en vue de l'obtention d'un baccalauréat professionnel " métiers de l'électricité et de ses environnements connectés ". Par un arrêté du 13 juillet 2023 le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit. Par une requête enregistrée le 19 août 2023, M. A a demandé au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté. Par un arrêté du 15 janvier 2024, notifié à M. A le 21 février 2024, le préfet l'a assigné à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de 45 jours renouvelable et a assorti cette décision d'une obligation de pointage. Par un mémoire enregistré le 22 février 2024, M. A demande également l'annulation de cet arrêté.

Sur la compétence du magistrat désigné :

2. Il résulte des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'un arrêté d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par arrêté du 15 janvier 2024 notifié le 21 février 2024. Dès lors, le magistrat désigné par le président du tribunal en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est compétent pour connaître des conclusions des requêtes dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination contenues dans l'arrêté du 13 juillet 2023 également contesté devant le présent tribunal. En revanche, la formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions accessoires à celles-ci ainsi que de celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. M. A soulève par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français en février 2018, à l'âge de douze ans et demi, en compagnie de ses parents, lesquels était titulaires d'un visa C, et de son frère cadet. Dès son arrivée, il a été scolarisé en classe de 5ème allophone et a ensuite intégré une classe de quatrième classique et a poursuivi ses études en vue de l'obtention du baccalauréat. Il suivait donc une scolarité régulière depuis 5 ans à la date de l'arrêté contesté et était inscrit au titre de l'année scolaire 2022-2023 en classe de 1ère " métiers de l'électricité et des environnements connectés ". Il est inscrit au titre de l'année 2023-2024 en classe de terminale dans la même section et produit à l'appui de sa demande d'annulation du refus de titre de séjour qui lui est opposé ses relevés de notes ainsi que son livret de suivi de formation en milieu professionnel et une attestation du proviseur de l'établissement, lequel indique que " Malek est investi dans sa formation professionnelle, en particulier lors de ses P.F.M.P. (périodes de formation en milieu professionnel) et dans les enseignements spécialisés ", soulignant son évolution positive au cours de ses trois années de formation.

5. Il est en outre constant que M. A réside sur le territoire en compagnie de ses parents et de ses frères et sœur depuis plus de 5 ans à la date de la décision contestée et que, si ses parents ont fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français le 13 juillet 2023, Mme A avait précédemment obtenu un titre de séjour au regard de sa situation médicale, prolongé par la délivrance de plusieurs récépissés dans le cadre de l'instruction de sa demande de renouvellement de ce titre de séjour. Dans ces conditions, et dans les circonstances particulières de l'espèce, M. A est fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

6. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point précédent que M. A est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant de refus de séjour. En conséquence, il y a lieu d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision fixant le pays de renvoi, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 janvier 2024 portant assignation à résidence :

7. Ainsi qu'il vient d'être dit au point 6 et alors que le présent jugement prononce l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. A, il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler l'arrêté prononçant son assignation à résidence, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête soulevés sur ce point.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. A dirigées contre le refus de titre de séjour contenu dans l'arrêté préfectoral du 13 juillet 2023, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 2: L'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination contenues dans l'arrêté du 13 juillet 2023 ainsi que l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a assigné M. A à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours sont annulées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de

Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2024.

La magistrate désignée,

Hélène C

La greffière,

Florence PINGUET COMMEREUC

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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