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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303494

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303494

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303494
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantVIEILLEMARINGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2023, M. B A, représenté par Me Vieillemaringe, avocat, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait obligation de se présenter deux fois par semaine au commissariat de police de Blois ;

3°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par heure de retard, à titre principal de lui délivrer le titre de séjour sollicité, et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure résultant du défaut de consultation préalable de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa parfaite intégration et à sa situation familiale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions fixant le pays de renvoi et le délai de départ volontaire sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision portant obligation de pointage aux services de police est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions relatives au refus de titre de séjour, à l'obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire enregistré le 10 janvier 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

M. A s'est vu refuser le bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 19 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 4 janvier 1998, est, selon ses déclarations, entré de manière irrégulière sur le territoire français soit le 4 janvier 2017 soit le 5 mars 2017. Le 19 mai 2017, il a sollicité le bénéfice de la protection asilaire. Par une décision du 21 août 2017, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 19 octobre 2018, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Le 14 novembre suivant, le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 15 janvier 2019, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté la requête présentée par M. A à l'encontre de cet arrêté. Se maintenant irrégulièrement sur le territoire français, M. A a présenté, le 2 mars 2023, une demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture de Loir-et-Cher. Par l'arrêté attaqué du 24 juillet 2023, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait obligation de se présenter au commissariat de Blois deux fois par semaine.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A s'est vu refuser le bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 19 janvier 2024. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle a perdu son objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de Loir-et-Cher a fait application, notamment les articles L. 423-23, L. 435-1, L. 611-1 (3°), L. 612-1, L. 612-12 et L. 721-6 à L. 721-9 de ce code, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise en outre les considérations de faits propres à la situation du requérant, notamment s'agissant de ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français et s'agissant de sa situation familiale, sur lesquelles le préfet - qui n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé - s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour et lui faire obligation de quitter le territoire français. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

6. M. A se prévaut de sa parfaite intégration, du fait qu'il a reconnu le 21 octobre 2022 le fils qu'il a eu avec une ressortissante française dont il est désormais séparé et enfin de sa relation avec une compatriote guinéenne avec laquelle il a eu, le 31 décembre 2021, un fils prénommé C. Toutefois, d'une part, M. A n'apporte aucun élément de nature à démontrer son intégration dans la société française ainsi que l'intensité des liens qu'il y aurait noués, et d'autre part, s'il fait état du fait qu'il est père de deux enfants, nés de deux relations distinctes et dont un serait français, il est constant qu'il est célibataire et ne vit pas avec sa dernière concubine et par ailleurs, il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il participe d'une quelconque manière à l'entretien et à l'éducation de ses fils. Dans ces conditions, alors qu'il n'est arrivé sur le territoire française qu'en 2017 à l'âge d'un peu plus de dix-neuf ans, qu'il n'établit pas ne pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine et ne pas pouvoir y reconstituer, le cas échéant, une cellule familiale avec sa dernière conjointe, elle-même ressortissante guinéenne, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas, en rejetant sa demande de titre de séjour, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris cette mesure. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

8. Les éléments de la vie privée et familiale du requérant, tels qu'exposés au point 6, ne constituent pas des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de Loir-et-Cher, en refusant de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-7, () L. 423-23 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. A, contrairement à ce qu'il soutient, ne remplissait pas les conditions pour obtenir un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions des articles L. 423-7 ou L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le requérant ne résidait pas habituellement en France depuis plus de dix ans à la date à laquelle le préfet a statué sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, le préfet de Loir-et-Cher n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande.

11. En cinquième lieu, dès lors que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour doit être écarté.

12. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En dernier lieu, dès lors que les décisions portant refus de titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire français ne sont pas illégales, les moyens tirés de ce que les décisions fixant le pays de renvoi ainsi que le délai de départ volontaire et obligeant M. A à se présenter deux fois par semaine au commissariat de police de Blois sont illégales du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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