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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303517

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303517

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303517
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 août 2023 et le 20 février 2024, M. E B, représenté par Me Alouini, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2023 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de trente jours après la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant rejet de sa demande de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : la préfète a fondé sa décision de rejet sur le fait qu'il ne justifiait d'aucune ancienneté dans l'emploi alors qu'il n'a pas présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'emploi mais sur celui de la vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de de quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire enregistré le 12 janvier 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Toullec,

- et les observations de Me Alouini, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 14 mars 1988, est entré en France le 11 juillet 2014 selon ses déclarations. Après avoir déposé une demande d'asile 12 août 2014, il a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités belges par un arrêté du 23 septembre 2014. En l'absence d'exécution de cette mesure dans les délais impartis, la France est devenue l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. Celle-ci a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 mai 2015, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 9 mars 2016. Il a alors fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 5 avril 2016, à laquelle il n'a pas déféré. Il a ensuite sollicité le réexamen de sa demande d'asile, qui a été rejetée une nouvelle fois par une décision de l'OFPRA du 30 janvier 2020, confirmée par une décision de la CNDA du 20 octobre 2020. Il a fait de nouveau l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 9 décembre 2020, à laquelle il n'a pas déféré. Il a, le 30 septembre 2021, présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 juillet 2023, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 20 juillet 2023 a été signé par M. Christophe Carol, secrétaire général adjoint de la préfecture du Loiret. Par un arrêté du 27 juillet 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture et mis en ligne sur le site de la préfecture, Mme A D, préfète du Loiret, a donné délégation à M. Christophe Carol en cas d'absence ou d'empêchement de M. Benoît Lemaire, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et réquisitions de comptable public. Il n'est pas établi, ni même allégué, que M. C n'aurait pas été absent ou empêché en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

4. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

5. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la préfète du Loiret a examiné la demande du requérant tant au titre de la vie privée et familiale en estimant que celui-ci ne justifiait pas d'une vie privée et familiale suffisamment établie, qu'au titre du travail en estimant qu'il ne justifiait d'aucune ancienneté dans l'emploi. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète a entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur de droit au motif qu'elle aurait fondé sa décision sur le fait qu'il ne justifiait d'aucune ancienneté dans l'emploi alors qu'il n'avait pas présenté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié.

6. D'autre part, M. B réside en France depuis neuf ans à la date de l'arrêté attaqué. Toutefois, s'il fait valoir qu'il " accepte tout travail qui lui est proposé et a développé ainsi des compétences dans de multiples domaines d'activité ", il ne produit aucune pièce justificative à l'appui de ses allégations. Le fait qu'il soit membre de l'association humanitaire Umoja d'Ile-de-France depuis 2022 ne suffit pas à établir l'existence d'une intégration sociale particulière. Enfin, s'il ressort des pièces médicales produites que le requérant est suivi par un médecin psychiatre qui atteste que celui-ci se plaint de troubles du sommeil et décrit des troubles relationnels et cognitifs qui réalisent un tableau pathologique de stress post-traumatique nécessitant un suivi régulier et un traitement spécifique, il ne ressort pas des pièces du dossier que les troubles dont le requérant fait état trouveraient leur origine dans les exactions qu'il dit avoir subies dans son pays d'origine et qu'il ne pourrait ainsi pas disposer d'un traitement approprié dans ce pays. Dans ces conditions, les éléments avancés par le requérant ne suffisent pas à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de cet article.

7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de ce que la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doivent également être écartés.

9. En cinquième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En sixième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que la préfète aurait entaché l'obligation de quitter le territoire français attaquée d'un défaut d'examen particulier de la situation du requérant.

11. En septième lieu, dès lors que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

13. Le requérant fait valoir qu'en tant que membre de l'ethnie munyamulenge, il craint d'être persécuté en cas de retour dans son pays d'origine, la République démocratique du Congo, où ses parents et ses frères et sœurs ont été assassinés en 2001. Toutefois, il n'apporte aucune pièce probante à l'appui de sa requête permettant d'apprécier la réalité de ses craintes, alors qu'au demeurant, tant l'OFPRA que la CNDA ont rejeté par deux fois sa demande d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par la décision fixant le pays de renvoi doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 juillet 2023 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

Hélène LE TOULLEC

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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