vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303547 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MONGO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 août 2023 et le 12 mars 2024, M. F B, représenté par Me Mongo, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le principe du droit d'être entendu tel que rappelé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;
- le préfet ne pouvait pas se fonder sur le rapport du service pénitentiaire d'insertion et de probation ;
- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur de droit en estimant qu'il était entré irrégulièrement en France ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ; il aurait dû orienter sa demande d'admission au séjour vers une demande de titre de séjour en raison de son état de santé.
Par un mémoire enregistré le 4 janvier 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Dicko-Dogan a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant gabonais, est entré en France le 12 mai 2014. Il a sollicité l'obtention du statut de réfugié le 23 septembre 2014. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 9 juin 2016. Il a fait l'objet de deux arrêtés portant obligation de quitter le territoire français le 10 novembre 2016 puis le 12 juin 2018 après que l'OFPRA a rejeté sa demande de réexamen de sa demande d'asile par décision du 19 février 2018. Par un jugement du 16 juin 2017 du tribunal correctionnel de Montargis, M. B a été condamné, pour des faits de violence sur mineur de quinze ans en récidive et pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme en récidive, à une peine d'emprisonnement délictuel de huit mois assortie d'un sursis avec mise à l'épreuve. Le sursis ayant été révoqué par décision du 23 mai 2019 du juge de l'application des peines, M. B a été écroué du 8 octobre 2019 jusqu'au 15 mars 2020. Le 3 mars 2020, son avocat a présenté une demande de titre de séjour qui a fait l'objet d'un arrêté du 12 mars 2020 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Le 15 novembre 2022, M. B a demandé son admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté attaqué du 3 août 2023, le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé la délivrance du titre de séjour demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
2. En premier lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Par ailleurs, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu avoir une influence sur le contenu de la décision. En l'espèce, M. B, qui a déposé une demande de titre de séjour, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne fussent prise les décisions contestées et qui, si elles avaient pu être communiquées en temps utile, auraient été de nature à y faire obstacle. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit du requérant d'être entendu doit être écarté.
3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, les conditions dans lesquelles se sont déroulées son audition de 2019 par le service pénitentiaire d'insertion et de probation de Loir-et-Cher ne faisaient pas obstacle à ce que le préfet se fonde sur le rapport établi par le service. Par ailleurs, si M. B invoque la méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, ces dispositions ne sont pas applicables aux rapports du service pénitentiaire d'insertion et de probation et ne peuvent ainsi être utilement invoquées par l'intéressé.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté litigieux, qui fait état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen particulier de la situation de M. B.
5. En quatrième lieu, si M. B soutient que le préfet a commis une erreur de droit en estimant que son entrée sur le territoire français était irrégulière, il ressort toutefois des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de Loir-et-Cher ne s'est pas fondé sur une prétendue entrée irrégulière mais sur l'absence de détention, par le requérant, d'un visa de long séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".
7. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis 2014. Il se prévaut des liens familiaux qu'il a sur le territoire français en raison de la présence de ses sept enfants et notamment de son lien avec son fils C B, né de sa relation avec Mme G A D. Toutefois, par le jugement mentionné au point 1, le tribunal correctionnel de Montargis a condamné le requérant pour des violences volontaires exercées sur deux de ses filles, après une précédente condamnation le 15 novembre 2016 pour des faits identiques ou de même nature. Il ressort des pièces du dossier que les enfants nés de son union avec Mme E ont, à l'exception de l'aînée qui était majeure au moment des faits, fait l'objet d'un placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance, par une décision du juge des enfants en date du 10 mars 2017. Ce placement a été renouvelé par plusieurs décisions ultérieures et notamment un jugement en assistance éducative du 14 mars 2023 dont les motifs relèvent le désinvestissement parental de M. B. Si le requérant est également le père d'un enfant né en France le 23 novembre 2015 de sa liaison avec une ressortissante congolaise, Mme A D, il ne vit toutefois pas avec cet enfant, à l'égard duquel Mme A D s'est vu attribuer l'exercice exclusif de l'autorité parentale, et les deux attestations de la mère de l'enfant ne suffisent pas à établir la réalité des relations que le requérant entretiendrait avec lui. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale et, par suite, ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En sixième lieu, pour les mêmes éléments que ceux mentionnés au point précédent, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
9. En septième lieu, M. B n'a pas sollicité de titre de séjour en raison de son état de santé et il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative aurait disposé d'éléments d'information suffisamment précis et suffisamment circonstanciés justifiant la saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et l'intégration préalablement à la décision attaquée. Au surplus, s'il produit dans le cadre de la présente instance un bilan lipidique et glycémique, ce document, édité le 8 août 2023, est en tout état de cause postérieur à l'édiction de l'arrêté attaqué. Par suite, le préfet Loir-et-Cher n'était pas tenu d'examiner d'office si le requérant était susceptible de se voir délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 août 2023 du préfet de Loir-et-Cher doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives au frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
La rapporteure,
Fatoumata DICKO-DOGAN
Le président,
Frédéric DORLENCOURT
La greffière,
Isabelle METEAU
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026