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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303549

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303549

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303549
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantVIEILLEMARINGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 28 août 2023 et 11 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Vieillemaringe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2023 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 72 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa demande, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1.500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de " travailleur temporaire " ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale à raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de pointage à la brigade mobile de recherche d'Orléans est illégale à raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- les décisions portant refus de délai de départ volontaire et fixant le pays de destination sont illégales à raison de l'illégalité des décision de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire.

La requête a été communiquée à la préfète du Loiret qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 11 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée le 31 janvier 2024 à 12 heures.

Par une décision du 25 septembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Orléans a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale et a désigné Me Vieillemaringe pour l'assister.

Vu :

- l'ordonnance n° 2303550 du 7 septembre 2023 par laquelle la juge des référés du présent tribunal a suspendu la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 20 mars 2005 à Mamou (Guinée), déclare être entré irrégulièrement en France en mai 2021 alors qu'il était âgé de 16 ans. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance (ASE) par ordonnance aux fins de placement provisoire le 29 mars 2022 puis sous assistance éducative jusqu'à sa majorité. Il a sollicité par courrier du 4 avril 2023 son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-22 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un récépissé de demande de titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " lui a été délivré le 24 avril 2023. Par arrêté du 31 juillet 2023, la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République de Guinée comme pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Par la décision du 25 septembre 2023 susvisée, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Orléans a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ces conclusions étant devenues sans objet, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Lorsque le préfet recherche d'office si l'étranger peut bénéficier d'un titre de séjour sur un ou plusieurs autres fondements possibles, l'intéressé peut alors se prévaloir à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour de la méconnaissance des dispositions au regard desquelles le préfet a également fait porter son examen.

3. Par la mention dans l'arrêté attaqué que M. A " a été confié à l'aide sociale à l'enfance du Loiret après avoir atteint l'âge de 16 ans. () La délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " est conditionnée au respect de l'article précité, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société français ", la préfète doit être regardée comme ayant examiné d'office la demande de titre de séjour du requérant sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

5. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", même d'office, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, alors âgé de 17 ans, a été pris en charge par le service de l'ASE du Loiret jusqu'au jour de sa majorité. Tout d'abord, dans l'année suivant son dix-huitième anniversaire, il a été inscrit au titre de l'année 2022-2023 en classe de première année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " Construction route et aménagement urbain " au sein du lycée des métiers Gaudier Brzeska de Saint-Jean-de-Braye. Il a ensuite intégré la classe de terminale de ce même CAP au titre de l'année 2023-2024. Durant le mois de juin 2023, il a réalisé un stage à Orléans au sein de la société de travaux publics Colas. Parallèlement, il a été retenu pour intégrer le " Parcours Autonomie Réussite Insertion " auprès du département du Loiret. Enfin, postérieurement à la décision attaquée, il a conclu avec la société " Travaux publics du Loiret " un contrat d'apprentissage pour une période de deux ans allant du 4 septembre 2023 au 4 juillet 2025 moyennant un salaire brut mensuel de 1.048,32 euros. Ainsi, et en l'absence de toute contestation par la préfète, il résulte de ce qui vient d'être dit que M. A démontre suivre une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Par ailleurs, il soutient sans être contesté qu'il ne dispose plus de liens familiaux suffisants avec sa mère résidant dans son pays d'origine. De plus, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que, contrairement à ce que mentionne l'arrêté querellé, le requérant représenterait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 31 juillet 2023 par laquelle la préfète du Loiret a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé, de même que la décision portant rétention de son passeport et celles portant obligation de pointage.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour implique nécessairement qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " soit délivrée à M. A. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la péfète du Loiret de délivrer ce titre de séjour à M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Vieillemaringe renonce à percevoir le bénéfice de la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Vieillemaringe de la somme demandée de 1.500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 31 juillet 2023 de la préfète du Loiret est annulée.

Article 3 : L'Etat versera à Me Vieillemaringe, avocat de M. A, la somme de 1.500 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Samuel Deliancourt, président,

M. Jean-Luc Jaosidy, premier conseiller,

Mme Aurore Bardet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.

La rapporteure,

Aurore C

Le président,

Samuel DELIANCOURT

La greffière,

Aurore MARTIN

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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