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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303601

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303601

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303601
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLEGRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 août 2023, M. G A, représenté par Me Legrand, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, Me Legrand.

M. A soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble : à la date de l'arrêté attaqué, son signataire, M. E, n'était plus en fonction et par suite n'était pas compétent ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la motivation stéréotypée de cette décision est insuffisante au regard des exigences de la loi du 11 juillet 1979 ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande ;

- le refus de titre de séjour ne correspond à aucune réalité de fait ou de droit ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et les décisions fixant les obligations dont cette mesure est assortie :

- les fondements juridiques de l'obligation de quitter le territoire français sont cités pêle-mêle dans les visas, sans qu'il ne soit distingué ceux mis en œuvre par le préfet en l'espèce ;

- l'obligation de pointage, dans son principe, ne pouvait être imposée que par l'autorité judiciaire et constitue ainsi une voie de fait ; en outre cette mesure était inutile, dès lors que l'autorité préfectorale sait pertinemment où le trouver et peut le joindre à tout moment ;

- la mesure de confiscation de son passeport n'est pas justifiée par la situation et n'est d'ailleurs pas motivée ;

- la mesure d'éloignement prise à son encontre porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le tribunal a été informé, le 19 octobre 2023, que M. A, par un arrêté notifié le même jour, a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un mémoire enregistré le 23 octobre 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- et les observations de M. A, qui persiste dans les conclusions de sa requête, par les mêmes moyens, et produit des pièces complémentaires relatives à son insertion dans la société française.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de la République du Congo, né le 30 août 1962, est entré en France le 26 juillet 2015, sous couvert d'un visa de court séjour. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 décembre 2015, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 31 janvier 2018. Le requérant a ensuite présenté deux demandes de réexamen qui ont été successivement rejetées. M. A a également déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade qui a fait l'objet d'un rejet, assorti d'une obligation de quitter le territoire français, par un arrêté du 2 décembre 2019 du préfet de police de Paris. Le 28 novembre 2022, M. A a saisi le préfet de Loir-et-Cher d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Cette demande a fait l'objet d'un rejet, assorti d'une obligation de quitter le territoire français, par un arrêté du 13 juillet 2023 dont M. A demande l'annulation par la requête susvisée.

Sur la compétence du magistrat désigné :

2. Par un arrêté du 9 octobre 2023, notifié au requérant et communiqué au greffe du tribunal le 19 octobre 2023, le préfet de Loir-et-Cher a prononcé l'assignation à résidence de M. A sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il appartient dès lors au magistrat désigné par le président du tribunal administratif, en application des dispositions des articles L. 614-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que sur les décisions fixant les obligations dont cette mesure d'éloignement est assortie. La formation collégiale du tribunal - qui statuera sur l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 - reste saisie des conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et des décisions fixant les obligations dont elle est assortie :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B E qui, alors même qu'il a été nommé en qualité de directeur de cabinet du préfet de la Région Provence-Alpes Côte d'Azur par un décret du 21 juin 2023, n'avait pas été installé dans ses nouvelles fonctions à la date de l'arrêté attaqué et exerçait toujours les fonctions de secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher. Par un arrêté du 25 janvier 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. D C, préfet de Loir-et-Cher, a donné délégation à M. E à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () correspondances () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher ", cette délégation comprenant " notamment, la signature de tous les actes administratifs et correspondances relatifs au séjour et à la police des étrangers ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".

5. L'arrêté attaqué, après avoir relevé que rien ne justifiait qu'un droit au séjour pérenne sur le territoire français soit accordé à M. A, en déduit que " aussi, en application du 3° de l'article L. 611-1, l'autorité administrative peut-elle obliger Monsieur A G à quitter le territoire français ". L'obligation de quitter le territoire français, qui contrairement à ce que soutient le requérant indique précisément le fondement de cette mesure d'éloignement, est ainsi suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, si M. A vivait en France depuis près de huit ans à la date de l'arrêté, il ne s'est maintenu sur le territoire français qu'à la faveur de demandes d'asile successives qui n'ont pas été jugées fondées par l'OFPRA et par la CNDA, et en méconnaissance de la mesure d'éloignement prise à son encontre au mois de décembre 2019. Les pièces qu'il produit - notamment la promesse d'embauche du 2 septembre 2023, désormais caduque, produite à l'audience - ne permettent pas de justifier de perspectives sérieuses d'insertion professionnelle. Par ailleurs, M. A est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français, où il est entré à l'âge de cinquante-deux ans. Il ne conteste pas les mentions de l'arrêté attaqué selon lesquelles, d'une part, il est le père de sept enfants, dont deux mineurs, d'autre part, seule sa fille aînée réside en France. Si le requérant affirme que, contrairement à ce qu'a retenu le préfet, il entretient des relations avec les membres de sa famille vivant en France, notamment sa fille, sa sœur - de nationalité française - ainsi que les enfants de son frère aîné, il n'apporte aucun élément à l'appui de cette affirmation qui, contrairement à ce qu'il soutient, ne saurait se déduire " évidemment " des seuls liens du sang. Dans ces conditions, et nonobstant les efforts d'insertion sociale dont le requérant se prévaut, la mesure d'éloignement prise à son encontre ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquelles cette mesure est intervenue. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ". Aux termes de l'article L. 721-8 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ". Enfin aux termes de l'article L. 814-1 de ce code : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ".

8. Il résulte des termes mêmes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut astreindre un étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé à des obligations de présentation. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de Loir-et-Cher aurait commis une voie de fait en obligeant M. A à se présenter deux fois par semaine au commissariat de police de Blois doit être écarté. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient M. A, la circonstance que son domicile est connu de l'administration ne prive pas l'obligation de présentation de son utilité. Enfin, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir que l'obligation de remise de l'original de son passeport et de tout autre document d'identité ou de voyage en sa possession - qui est suffisamment motivée par l'arrêté attaqué - ne serait pas justifiée.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et des décisions fixant les obligations dont cette mesure est assortie, contenues dans l'arrêté du 13 juillet 2023 du préfet de Loir-et-Cher.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête n° 2303601 tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et des décisions fixant les obligations dont cette mesure est assortie, contenues dans l'arrêté du 13 juillet 2023 du préfet de Loir-et-Cher, sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Frédéric F

Le greffier,

Roger MBELANI

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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