jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303603 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ROBILIARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 août 2023 et le 6 mars 2024, Mme B C, épouse A, représentée par Me Robiliard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de destination de la mesure d'éloignement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a assignée à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- cette décision doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle se base ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
- il sera annulé en conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public, autorisé par Mme Rouault-Chalier, présidente de la formation de jugement, a été dispensé, sur sa proposition, d'avoir à prononcer des conclusions.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rouault-Chalier,
- et les observations de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, épouse A, ressortissante algérienne née le 23 juin 1993, est entrée régulièrement en France le 14 décembre 2016, munie d'un visa C de court séjour. Elle a sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour qui a fait l'objet d'un refus assorti d'une obligation de quitter le territoire français le 28 juin 2021. Le 17 mai 2023, elle a présenté une nouvelle demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 28 juillet 2023, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de faire droit à cette demande, a obligé Mme A à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par un arrêté du 15 janvier 2024, notifié le 16 février 2024, le préfet de Loir-et-Cher l'a assignée à résidence dans le département pour une durée de quarante-cinq jours. Mme A demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'étendue du litige :
2. Par un jugement du 7 mars 2024, la magistrate désignée du tribunal d'Orléans a, d'une part, annulé les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et, d'autre part, rejeté comme irrecevables les conclusions dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence. Il n'y a, dès lors, plus lieu pour le tribunal que de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :
3. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
5. Mme A, entrée régulièrement sur le territoire français en décembre 2016, est mariée depuis le 13 juin 2020 avec M. A, un compatriote arrivé en France en 2007 dans le cadre d'une procédure de regroupement familial et titulaire d'un certificat de résidence de dix ans, valable jusqu'en 2030. Elle a présenté une demande de titre de séjour en se prévalant de la présence de son mari et de ses deux enfants nés en France respectivement le 24 novembre 2020 et le 30 mai 2022. Si le préfet de Loir-et-Cher fait valoir que sa situation relève du regroupement familial, il ressort des pièces du dossier que, depuis l'année 2019, la requérante entretient une vie commune avec son époux, lequel exerce le métier de plaquiste dans le cadre d'une auto-entreprise et est parfaitement intégré depuis de nombreuses années au sein de la société française. La réalité et la stabilité de leur vie familiale ne sont d'ailleurs pas contestées par le préfet dans l'arrêté comme dans ses écritures en défense. En outre, la requérante fait valoir que ses deux frères ont la nationalité française, qu'ils résident en France et qu'ils l'ont successivement hébergée pendant un peu plus de deux ans, entre son arrivée en France et le commencement de sa vie maritale avec M. A. Elle ajoute que les parents et trois des sœurs de M. A sont de nationalité française, tandis qu'une quatrième bénéficie d'une carte de résident valable dix ans. Compte tenu de la durée de la présence en France de Mme A, de l'intensité de ses liens familiaux ainsi que de la situation de son époux, et alors qu'un retour en Algérie de l'intéressée pour solliciter le bénéfice d'un regroupement familial aurait pour effet de rompre, pour une durée indéterminée, l'équilibre d'une cellule familiale stable composée de deux enfants en bas âge, le refus de titre de séjour attaqué a porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel il a été pris, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision ne tient pas davantage compte de l'intérêt supérieur des deux enfants de Mme A, qui est dès lors fondée à soutenir qu'elle méconnaît les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre la décision du 28 juillet 2023 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par Mme A, que ce refus doit être annulé.
Sur l'injonction d'office :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
8. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré à Mme A. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de délivrer ce titre à la requérante dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 28 juillet 2023 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a refusé de délivrer un certificat de résidence algérien à Mme A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher de délivrer à Mme A un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Patricia Rouault-Chalier, présidente,
Mme Bernard, première conseillère,
M. Nehring, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
La présidente-rapporteure,
Patricia ROUAULT-CHALIER
L'assesseure la plus ancienne,
Pauline BERNARD
La greffière,
Emilie DEPARDIEU
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026