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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303633

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303633

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303633
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés le 5 septembre 2023, le 6 novembre 2023 et le 23 septembre 2024, M. D E C, représenté par Me Madrid, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande de titre de séjour ainsi que l'arrêté du 16 octobre 2023 par lesquels la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre principal de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour

- la décision contestée est entachée d'erreur de droit car le préfet n'a pas examiné sa demande sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il a expressément demandé un titre de séjour " vie privée et familiale " ;

- cette erreur de droit traduit un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- le refus de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entaché d'erreur manifeste d'appréciation des éléments de sa situation personnelle ;

- la préfète ne peut se prévaloir de ce qu'il aurait porté atteinte à l'ordre public pour fonder son refus car il n'a jamais été condamné pour les faits reprochés dont il conteste la matérialité ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Defranc-Dousset a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E C, ressortissant ivoirien né le 15 septembre 1989, est selon ses déclarations entré en France le 14 mai 2017 avec sa compagne Mme B, Bintou, Zahra A. Le 8 juin 2017, il a présenté une demande d'admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français pour la protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 11 décembre 2017, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 février 2019. Par un arrêté du 24 février 2020, le préfet du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. C, devenu père d'une fille née le 13 décembre 2017 de sa relation avec Mme A s'est maintenu sur le territoire. Le 20 octobre 2022, il a adressé aux services de la préfecture du Loiret une demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'absence de réponse sur sa demande à l'issue d'un délai de 4 mois a fait naître une décision implicite de rejet de sa demande dont, par lettre enregistrée le 12 avril 2023, il a demandé les motifs. La préfète du Loiret l'a informé par lettre du 19 avril 2023 de ce que sa demande était toujours en cours d'instruction puis, par un arrêté du 16 octobre 2023, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande, ainsi que l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel la préfète du Loiret a expressément rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'astreinte :

2. En premier lieu, si le silence gardé par l'administration fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. En l'espèce, postérieurement à la naissance, le 4 mars 2023, de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur la demande de titre de séjour présentée par M. C, la préfète du Loiret lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour par son arrêté du 16 octobre 2023. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour doivent être regardées comme dirigées contre cette seule décision expresse.

3. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), accompagnée d'une lettre de son conseil dans laquelle il indique demander la régularisation de sa situation par la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du CESEDA en insistant

sur sa durée de présence sur le territoire, la présence de sa fille atteinte de troubles nécessitant un suivi pluridisciplinaire, à l'entretien et à l'éducation de laquelle il établit contribuer de manière régulière mais également sur le fait qu'il travaille de manière régulière et dispose d'un logement autonome, ou, " à tout le moins " de procéder à son admission au séjour en lui délivrant un titre " vie privée et familiale " ou " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 de ce même code, compte tenu des circonstances particulières qu'il invoque. Toutefois, dans sa décision du 16 octobre 2023, la préfète du Loiret n'a pas visé l'article L. 423-23 du CESEDA ni examiné la demande de M. C sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 16 octobre 2023 refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. C doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision du même jour lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement, compte tenu du motif d'annulation retenu et alors qu'en l'état du dossier, aucun autre moyen plus efficient n'est susceptible d'être accueilli, que la préfète du Loiret délivre à M. C un titre de séjour. En revanche, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer la situation de M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté préfectoral du 16 octobre 2023 relatif à la situation de M. C est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois et, dans cette attente, de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Defranc-Dousset, première conseillère,

M. Garros, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

La rapporteure,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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