mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303661 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | HERVOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Megherbi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 août 2023 par laquelle la préfète du Loiret a rejeté sa demande de renouvellement du certificat de résidence algérien mention " commerçant " et l'a invitée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois à compter de la notification de ladite décision ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer son dossier afin de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " commerçant ", dans un délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant du refus de renouvellement d'un certificat de résidence algérien mention " commerçant "
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il est fondé sur une condition de " moyens d'existence suffisants " qui n'est pas exigée par les articles 5 dans sa rédaction actuelle et 7 c) de l'accord franco-algérien et que l'article R. 313-36-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant pas applicable aux ressortissants algériens ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation car elle remplit les conditions posées par l'article 5 de l'accord franco-algérien ;
- il porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'entreprendre protégée par l'article 16 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne et l'article 4 de la Déclaration de droits de l'homme et du citoyen ;
S'agissant de l'invitation à quitter le territoire français dans un délai d'un mois
- l'illégalité de la décision de refus de séjour entraîne nécessairement celle de l'invitation qui lui est faite de " prendre toutes les dispositions utiles pour quitter la France dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision " comme dépourvue de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, la préfète du Loiret conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les conclusions dirigées contre l'invitation à quitter le territoire sont irrecevables ;
- le tribunal peut procéder à une substitution de motif en substituant la condition de moyens d'existence suffisants à celle du caractère effectif de l'activité commerciale pour l'exercice de laquelle la requérante demande la délivrance d'une autorisation de séjour ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 6 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Keiflin,
- et les observations de Me Megherbi, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante algérienne, née le 12 juin 1998, est entrée régulièrement sur le territoire français le 21 septembre 2018 munie d'un visa portant la mention " élève-étudiant ". Elle a été inscrite dans une licence de langues, littératures et civilisations étrangères et régionales à l'université d'Orléans de 2018 à 2020 et a créé, le 22 septembre 2020, sa structure commerçante qui a pour activités principales le nettoyage courant de tous types de locaux, prestations de services auprès des particuliers et des professionnels, garde d'enfants de plus de trois ans, livraison de repas et courses à vélo. Elle s'est vue délivrer par la préfecture de police de Paris, le 10 mai 2022, un certificat de résidence algérien mention " commerçant " pour une durée d'un an valable jusqu'au 9 mai 2023. Elle a déménagé à Orléans et a demandé à la préfète du Loiret, le 24 avril 2023, le renouvellement de ce titre. Par une décision du 4 août 2023, dont Mme B demande l'annulation, la préfète du Loiret a rejeté sa demande de renouvellement et l'a invitée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois à compter de la notification de ladite décision.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Par sa décision du 4 août 2023, la préfète du Loiret a rejeté la demande de titre de séjour de Mme B et l'a invitée à prendre toutes dispositions utiles pour quitter le territoire français dans le délai d'un mois. Cette invitation, qui est la conséquence nécessaire de la décision de refus de titre de séjour, ne constitue pas, ainsi qu'il est opposé en défense, une décision susceptible de faire l'objet d'une demande d'annulation devant le juge de l'excès de pouvoir. Par suite, les conclusions de la requête tendant à son annulation sont irrecevables.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien modifié : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis. ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ; (). ".
4. Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que soient appliqués aux ressortissants algériens les textes de portée générale relatifs à l'exercice, par toute personne, de l'activité professionnelle envisagée. En revanche, cette circonstance fait obstacle à ce que la condition de la viabilité économique, celle des moyens d'existence suffisants, et celle de l'adéquation des compétences, qui ne sont pas prévues pour la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " commerçant " et qui ne relèvent pas de textes de portée générale relatifs à l'exercice par toute personne d'une activité professionnelle, leur soient opposées. L'autorité administrative saisie par un ressortissant algérien d'une demande de renouvellement d'un certificat de résidence en qualité de commerçant, peut cependant, dans tous les cas, vérifier le caractère effectif de l'activité commerciale du demandeur et, dans le cas où ce caractère n'apparaît pas établi, refuser de l'admettre au séjour.
5. D'autre part, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. En l'espèce, la préfète du Loiret a rejeté la demande de renouvellement de certificat de résidence algérien mention " commerçant " présentée par Mme B au motif qu'elle ne remplit pas les conditions fixées par l'article 5 dans la mesure où elle n'a " déclaré percevoir que 14 921 euros de revenus au cours des deux dernières années fiscales " et qu'elle ne justifie " ainsi ni tirer des ressources suffisantes de [son] activité, ni disposer de moyens d'existence suffisants " ce qui constitue, ainsi que le soutient la requérante, une erreur de droit, une telle condition n'étant pas exigée par les articles 5 et 7 c) de l'accord franco-algérien. La préfète demande, aux termes de ses écritures en défense au tribunal, de substituer à ce motif erroné celui tiré de ce que la requérante ne démontre pas le caractère effectif de l'activité commerciale pour l'exercice de laquelle elle demande qu'un titre de séjour lui soit délivré.
7. Il résulte de l'instruction que la préfète du Loiret aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur la condition de l'effectivité de l'activité commerciale de la requérante. En outre, cette substitution de motifs n'a pas pour effet de priver la requérante de garanties et la préfète du Loiret dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux motifs.
8. Toutefois, Mme B se prévaut de l'inscription de sa micro-entreprise, le 19 octobre 2020, au répertoire des métiers, des différentes factures adressées à ses clients de février 2022 à janvier 2023, des attestations fiscales de l'URSSAF révélant l'évolution du montant de ses bénéfices industriels et commerciaux (BIC), de 6 635 euros en 2021 à 8 952 euros en 2022, et à un montant déclaré de 4 000 euros pour le premier trimestre 2023. En outre, elle se prévaut de l'évolution de son revenu fiscal de référence au titre de l'avis d'impôt établi en 2022, de 5 439 euros sur les revenus 2020 à 7 990 euros sur les revenus 2021. La circonstance que la requérante ne produit que trente factures sur la période allant du 1er février 2022 au 1er janvier 2023, à l'ordre de trois clients particuliers, pour un montant total de 8 102 euros, qui ne précisent pas le prix unitaire et ne respectent pas l'exigence de numérotation continue, n'est pas de nature à regarder ces éléments comme étant dépourvus de valeur probante suffisante. Dans ces conditions, la préfète du Loiret, en refusant de renouveler le certificat de résidence mention " commerçant " de la requérante au motif qu'elle ne justifie pas de l'effectivité de son activité commerciale, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 4 août 2023 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10. Eu égard au motif d'annulation retenu tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à Mme B un certificat de résidence algérien mention " commerçant ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la préfète du Loiret du 4 août 2023 prise à l'encontre de Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer un certificat de résidence algérien mention " commerçant " à Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Defranc-Dousset, première conseillère,
Mme Keiflin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
La rapporteure,
Laura KEIFLIN
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026