vendredi 15 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303694 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | KONATE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 septembre 2023, M. C D A, représenté par Me Konaté, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel la préfète du Loiret a ordonné son transfert aux autorités portugaises et l'arrêté du 8 septembre 2023 par lequel elle a prononcé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile dans un délai de quinze jours sous astreinte de deux cent euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 à verser à Me Konaté en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de l'arrêté de remise aux autorités portugaises :
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que la préfète n'a pas tenu compte des raisons humanitaires qui doivent conduire à ce que sa demande d'asile soit examinée en France.
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
- la décision n'est ni justifiée ni proportionnée et est donc entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant transfert aux autorités portugaises.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges des décisions visées à l'article R. 777-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Konaté, représentant M. A et de M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant angolais, né le 8 juin 1995, est entré en France en février 2023. Le 17 mars 2023, une attestation de demande d'asile " procédure Dublin " lui a été remise. Les autorités portugaises ont été saisies d'une demande de prise en charge du requérant et ont donné leur accord. Par un arrêté du 4 août 2023, la préfète du Loiret a ordonné la remise de M. A aux autorités portugaises. Par un arrêté du 8 septembre 2023, la préfète du Loiret l'a assigné à résidence dans le département du Loiret pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 portant application de la loi du 10 juillet 1991 : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités portugaises :
4. En premier lieu, en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.
5. L'arrêté du 4 août 2023 précise que le requérant est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il ressort de la consultation du fichier VISABIO qu'il était en possession d'un visa pour le Portugal périmé depuis moins de six moi délivré par les autorités angolaises au moment du dépôt de sa demande d'asile, que les autorités portugaises ont accepté de la prendre en charge le 30 juin 2023, que la situation du requérant ne relève pas des articles 3-2 ou 17 du règlement (UE) n° 604/2013, que M. A ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale en France et que l'existence d'un risque personnel constituant une atteinte grave au droit d'asile en cas de retour au Portugal n'est pas établie. Cet arrêté est suffisamment motivé en droit et en fait.
6. En second lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. (). ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
7. Si M. A se prévaut de problèmes de santé suite à une agression subie en Angola, il ne produit aucun document sur les conséquences qu'un transfert au Portugal aurait sur son état de santé, se bornant à faire valoir qu'il se sent en insécurité au Portugal. Par suite, M. A n'établit pas que la préfète du Loiret aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
8. En premier lieu, l'illégalité de la décision du 4 août 2023 ordonnant la remise du requérant aux autorités portugaises n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement doit être écarté.
9. En deuxième lieu, d'une part, aucune disposition n'impose au préfet d'octroyer un délai de départ volontaire dans le cadre du transfert d'un demandeur d'asile vers un autre pays membre de l'Union européenne pour l'examen de sa demande d'asile. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, par l'arrêté du 8 septembre 2023 contesté, la préfète du Loiret a assigné à résidence M. A une durée de quarante-cinq jours dans le département du Loiret, en lui faisant interdiction de quitter le département du Loiret sans autorisation préalable et en lui imposant une présentation deux fois par semaine, les lundis et mercredis à 8 h 30 à la brigade de gendarmerie de Pithiviers. Il ressort des termes de l'arrêté préfectoral, qui ne sont pas contestés sur ce point, que le requérant dispose d'un hébergement chez Imanis sur Pithiviers. Par suite, en assignant M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le périmètre où se situe sa domiciliation et en l'obligeant à se présenter tous les lundis et mercredis à la brigade de gendarmerie de Pithiviers, la préfète du Loiret n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
10. En troisième et dernier lieu, les contraintes imposées par l'arrêté attaqué portant assignation à résidence ne sont pas de nature, eu égard à leur objet et à leur portée, à porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie familiale et personnelle du requérant. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Loiret a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête doivent être rejetées, ainsi que les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.
La magistrate désignée,
Anne-Laure B
La greffière,
Nathalie ARCHENAULT
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026