jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2303854 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP CARIOU LEVEQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 septembre 2023, M. E A, représenté par Me Cariou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement et lui a fait obligation de se présenter aux services de la gendarmerie une fois par semaine ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de français dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et dans cette attente, de lui délivrer un récépissé lui conférant le droit d'exercer une activité professionnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il été pris en méconnaissance de son droit à être étendu consacré à l'article 41 de la charte des droit fondamentaux de l'Union européenne ;
- le préfet ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, proroger l'instruction de sa demande de titre de séjour en attendant sa majorité ;
- il méconnait les stipulations des articles 5, 6 et 7 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- il méconnait les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-56 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire enregistré le 23 janvier 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention entre la République française et le Royaume du Maroc signée à Rabat le 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Gasnier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 6 février 2005, est entré en France le 22 novembre 2021 muni d'un visa D en qualité de mineur, délivré par les autorités consulaires le 29 juin 2021 afin de rejoindre sa mère, Mme C épouse B entrée en France le 12 juillet 2021. Le 21 septembre 2022, M. A a demandé son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 2 juin 2023, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de faire droit à sa demande, et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par arrêté du 25 janvier 2021, régulièrement affiché et publié au recueil des administratifs, M. Nicolas Hauptmann, secrétaire général de préfecture de Loir-et-Cher, a reçu délégation du préfet de Loir-et-Cher pour signer les actes relatifs à la police et au séjour des étrangers. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, y compris s'agissant de l'obligation de pointage, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment les textes applicables et les conditions d'entrée et de séjour de M. A en France, qui en constituent le fondement. Il est, par suite, motivé conformément aux exigences des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union () ".
5. Le droit d'être entendu, notamment énoncé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne et affirmé par un principe général du droit de l'union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement de cette décision de refus. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande de titre de séjour.
6. En l'espèce, M. A a présenté une demande de titre de séjour et a été invité à compléter cette demande par courriers du préfet de Loir-et-Cher en date du 6 février 2023 et du 16 mars 2023. Il a, par suite, été à même de présenter l'ensemble des éléments et motifs justifiant sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En quatrième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, aucune disposition législative ou réglementaire ne faisait obstacle à ce que le préfet de Loir-et-Cher proroge l'instruction de la demande de titre de séjour adressée par M. A le 21 novembre 2022, jusqu'au 23 février 2023, date de sa majorité et le place, durant cette période, sous récépissé.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Quelle que soit la date à laquelle ils ont été admis au titre du regroupement familial sur le territoire de l'un ou de l'autre Etat, le conjoint des personnes titulaires des titres de séjour et des autorisations de travail mentionnés aux articles précédents ainsi que leurs enfants n'ayant pas atteint l'âge de la majorité dans le pays d'accueil sont autorisés à y résider dans les mêmes conditions que lesdites personnes ". Aux termes de l'article 6 de cet accord : " Les membres de famille mentionnés à l'article 5 ci-dessus et qui ont rejoint ou rejoignent une personne mentionnée soit à l'article 1er, soit à l'article 2 du présent Accord accèdent à l'emploi dans les mêmes conditions que celles mentionnées aux articles précités ". Aux termes des stipulations de l'article 7 de ce même accord : " Les membres de famille mentionnés à l'article 5 qui rejoignent une personne mentionnée aux articles 3 ou 4 du présent Accord sont autorisés à accéder à une activité professionnelle salariée sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente, sans que la situation de l'emploi puisse leur être opposée ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ".
9. M. A fait valoir qu'en entrant en France au titre du regroupement familial, il devait se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des stipulations précitées de l'accord franco-marocain. Toutefois, ces stipulations régissent les conditions d'entrée et de séjour en France des étrangers pour motif professionnel. Il est constant que M. A n'a pas demandé de titre de séjour en vue de l'exercice d'une activité professionnelle. Il est tout aussi constant que le préfet n'a pas examiné d'office ce fondement lors de l'instruction de sa demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté comme inopérant.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
11. M. A soutient qu'il a quitté le domicile familial avec sa mère, Mme C épouse B, en raison des violences familiales qu'ils ont subi de la part de M. B, époux de Mme B. Il fait valoir que son droit au séjour est conditionné à celui de sa mère qui devait, en application de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se voir, délivrer un titre de séjour. Il soutient en outre que ses efforts d'intégration justifiaient de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. Toutefois, d'une part il ressort des pièces du dossier que Mme B a reconnu ne pas avoir fait l'objet de violences physiques de la part de son époux. En outre, les attestations des organismes sociaux dont se prévaut le requérant, bien que révélant que sa mère souffre d'un syndrome post-traumatique, ne font que rapporter ses propos mais n'établissent ni la matérialité des insultes alléguées ni la réalité des projections d'objets, faits qui sont contestés par M. B. Par ailleurs, si certaines pièces produites par le requérant et notamment les témoignages des époux D, l'audition de son beau-père auprès de la gendarmerie et la note sociale d'une éducatrice spécialisée établissent l'existence d'une situation de tension dans la famille, en raison des propos tenus par M. B en des termes parfois dénigrants, ces éléments ne revêtent pas un degré de gravité tel qu'ils permettent, à eux seuls, de caractériser que Mme B ou son fils auraient fait l'objet de violences familiales ou conjugales de nature psychologiques. Il ressort enfin des pièces du dossier que la plainte de Mme B n'a donné lieu à aucune poursuites pénales. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, les violences conjugales et familiale alléguées ne sont pas établies de sorte que Mme B ne bénéficiait pas d'un droit au séjour sur le fondement de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A n'est, par suite, pas fondé à se prévaloir de la situation de sa mère au soutien de sa demande de titre de séjour.
13. D'autre part, si M. A fait valoir qu'il est scolarisé, qu'il a entrepris des démarches d'insertion et qu'il est engagé dans des activités de bénévolat, ces éléments ne suffisent pas, eu égard à la durée de son séjour de moins d'un an, à caractériser l'existence de liens suffisamment stables et intenses en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Doit également être écarté, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. Il en est de même de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de Loir-et-Cher.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Pajot, conseillère,
M. Gasnier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le rapporteur,
Paul GASNIER
Le président,
Denis LACASSAGNE
La greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026