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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2303882

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2303882

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2303882
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDEZALLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2023, M. A C, représenté par Me Dézallé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir en date du 18 septembre 2023 rejetant sa demande de délivrance de titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de renvoi, ensemble l'arrêté du même jour portant assignation à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir à titre principal de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire de procéder à un nouvel examen de sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour et de travail, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter d'un délai de 48h suivant la notification du jugement à intervenir et à défaut de l'annulation de l'assignation à résidence, de modifier les obligations et interdictions faites à ce titre dès lors qu'il réside dans le Loiret et non en Eure-et-Loir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de titre :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié et un avis favorable du service de la main d'œuvre étrangère a été rendu ; si l'entreprise qui l'employait a été placée en liquidation judiciaire, au regard de sa qualification de plaquiste les offres d'emploi sont nombreuses ;

- il justifie de 5 années de présence et de la scolarité de ses enfants aujourd'hui âgés de16, 15 et 10 ans depuis 3 ans ;

- le refus de titre porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et méconnaît donc l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant (CIDE) ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît donc l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la CEDH ;

- elle méconnaît l'article 3 de la CIDE ;

Sur l'assignation à résidence :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle ne peut être respectée dès lors qu'il réside désormais dans le Loiret ; début septembre 2023, il a quitté avec son épouse et leurs enfants le logement qu'ils occupaient rue Philippe Desportes à Chartres et sont désormais hébergés par son frère sur Orléans avec une domiciliation à la Croix Rouge ; son conseil a pris attache en vain avec la préfecture pour l'informer de cette situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Dézallé, représentant M. C, présent, assisté de Mme B, interprète, qui a conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet d'Eure-et-Loir n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-3 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, qu'en cas d'assignation à résidence du requérant, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, et assignant à résidence, dont il pourrait être saisi. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour.

3. Les conclusions de la requête de M. C aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir en date du 18 septembre 2023 en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction afférentes à cette décision et les conclusions relatives aux frais d'instance.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire

4. Pour demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre, M. C soulève par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

5. En premier lieu, l'arrêté en litige mentionne les éléments de fait et de droit sur lesquels son auteur a entendu de fonder. Il est ainsi suffisamment motivé.

6. En deuxième lieu, il ne résulte ni des termes du refus de titre en litige, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet d'Eure-et-Loir n'a pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. Si le requérant soutient d'une part qu'il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " en faisant valoir qu'il travaillait en qualité de plaquiste , qu'un avis favorable du service de la main d'œuvre étrangère a été rendu et que si l'entreprise qui l'employait a été placée en liquidation judiciaire, au regard de sa qualification de plaquiste les offres d'emploi sont nombreuses, le préfet d'Eure-et-Loir n'a pas entaché sa décision de refus de titre d'erreur manifeste d'appréciation sa seule qualification ne peut être regardée comme un motif de régularisation exceptionnelle.

9. Si le requérant fait par ailleurs valoir au soutien de sa requête qu'il justifie de 5 années de présence et de la scolarisation de ses enfants aujourd'hui âgés de16, 15 et 10 ans depuis 3 ans, il ressort des pièces du dossier que son épouse est également en situation irrégulière, que l'intégralité de la cellule familiale est de nationalité arménienne, que le requérant n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches en Arménie où il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans ni que ses enfants ne pourraient y poursuivre leur scolarité. Par suite les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour n'est pas fondée.

11. Pour les mêmes motifs qu'au point 9, les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français en litige méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur l'assignation à résidence :

13. Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ". Selon l'article R. 733-1 : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

14. Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées, à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

15. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que des certificats de scolarité des enfants de M. C produits lors de l'audience publique attestant de leurs inscriptions dans des établissements scolaires de la commune d'Orléans, que le requérant résidait, à la date de l'arrêté en litige portant assignation à résidence, dans le Loiret.

16. Par suite, et quand bien même M. C n'avait pas indiqué son changement de résidence au préfet d'Eure-et-Loir, le moyen tiré de ce que l'assignation en litige, qui lui fait obligation de se présenter les lundi, mardi, mercredi et jeudi à 9h au commissariat de police de Chartres ne peut qu'être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction de la requête ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dézallé renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dézallé de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions de M. C dirigées contre la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir en date du 18 septembre 2023, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction qui s'y rattachent et les conclusions relatives aux frais de justice, sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.

Article 3 : L'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir en date du 18 septembre 2023 portant assignation à résidence de M. C est annulé.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet d'Eure-et-Loir et à Me Dézallé.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.

La magistrate désignée,

Anne D

La greffière,

Florence PINGUET

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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