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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304113

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304113

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantDENIZOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 octobre 2023, les 1er, 6 et 16 mars 2024 et les 9 avril et 10 juin 2024, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 19 septembre 2023 par laquelle le président du conseil départemental d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande de remise gracieuse de la somme de 3 123,87 euros de revenu de solidarité active indument perçue au titre de la période de janvier à juin 2018.

Elle soutient que :

- elle reconnaît l'erreur liée au défaut de déclaration des revenus de son entreprise qu'elle entendait déclarer ultérieurement ;

- elle n'a pas fraudé ;

- son entreprise a été radiée en mars 2018 et elle n'a pas perçu d'allocations de chômage ;

- sa situation financière est précaire car elle a perdu son emploi à la suite d'un accident ;

- elle reste redevable d'une dette envers l'URSSAF ;

- elle demande de lui accorder un échéancier de remboursement.

Par un mémoire, enregistré le 24 novembre 2023, le département d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 juin 2024.

Malgré une mise en demeure qui lui a été adressée le 21 octobre 2024, l'avocat de Mme B, désigné par le bâtonnier, n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées ;

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle de la situation de la requérante réalisé en mai 2019, la caisse d'allocations familiales d'Eure-et-Loir l'a informée, le 29 avril 2022, qu'elle avait indument perçue la somme de 3 123,87 euros de revenu de solidarité active au titre de la période de janvier à juin 2018 au motif qu'elle avait omis de déclarer les revenus tirés de son entreprise ainsi que les allocations chômage perçues entre janvier et mai 2018. La requérante demande l'annulation de la décision du 19 septembre 2023 du président du conseil départemental d'Eure-et-Loir rejetant sa demande de remise gracieuse de la somme précitée.

Sur la requête :

2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, relatif au revenu de solidarité active : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Pour l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé aux allocations ou à leur montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

4. Il résulte de l'instruction que Mme B n'a pas déclaré un montant de 2 510 euros de revenu tiré de sa micro-entreprise au titre de la période de janvier à juin 2018, ni les allocations chômage perçues à l'issue de la fin de son contrat de travail. Le département soutient, sans être sérieusement contredit, que les omissions de déclaration de ressources de l'intéressée lui ont permis de percevoir indûment la somme de 3 123,87 euros de revenu de solidarité active. La requérante ne se prévaut d'aucune circonstance justifiant qu'elle pouvait légitimement ignorer devoir déclarer les ressources précitées. Par suite, elle ne peut être regardée comme étant de bonne foi. Il suit de là que la demande de remise gracieuse de la requérante ne peut qu'être rejetée quelle que soit sa situation financière.

Sur les conclusions du département d'Eure-et-Loir tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

5. Si le département d'Eure-et-Loir, qui n'a pas eu recours au ministère d'un avocat, demande qu'une somme soit mise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à la charge de Mme B, il ne fait état d'aucun frais spécifiquement exposé par ses services pour assurer la défense du département. Les conclusions qu'il présente au titre de ces dispositions ne sauraient, par suite, être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du département d'Eure-et-Loir présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département d'Eure-et-Loir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le magistrat désigné,Le greffier,

Jean-Michel DELANDRE Laurent BOUSSIERES

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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