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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304152

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304152

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantESNAULT-BENMOUSSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Esnault-Benmoussa, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible, comme pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ; à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour, cette injonction étant assortie d'une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en refusant de renouveler son autorisation provisoire de séjour, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire enregistré le 14 décembre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dicko-Dogan a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant serbe, est entré en France le 24 septembre 2016. Le 27 octobre 2016, il a sollicité l'obtention du statut de réfugié, demande qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 30 mars 2016, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 12 décembre 2017. Sa demande de réexamen a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA le 19 février 2018, confirmée par la CNDA le 16 mai 2018. Par un arrêté du 16 mai 2018, la préfète d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Le recours formé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 12 juillet 2018 du tribunal administratif d'Orléans. Le 7 avril 2022, M. B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Le 22 novembre 2022, le préfet d'Indre-et-Loire lui a délivré une autorisation provisoire de séjour d'une validité de six mois l'autorisant à exercer une activité professionnelle, afin de lui permettre d'entamer des démarches d'insertion. Par un arrêté du 15 juin 2023, notifié le 17 juin 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. B demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 611-1 (3°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle, avec un degré de précision suffisant, les considérations tirées de la situation administrative, matrimoniale, familiale et personnelle de M. B sur lesquelles le préfet d'Indre-et-Loire s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour et lui faire obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

4. Le requérant fait valoir qu'il réside en France depuis 2016 et qu'il a entamé des démarches d'insertion professionnelle. Il se prévaut de la présence sur le territoire français de ses beaux-parents, de son épouse, de ses six enfants dont deux sont en situation régulière, et deux, mineurs, sont scolarisés. Toutefois, l'intéressé ne justifie pas d'une intégration professionnelle sur le territoire français. En outre, son épouse est également en situation irrégulière et il n'établit pas que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-sept ans. Par suite, le préfet, en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a par suite pas méconnu les stipulations et dispositions citées au point précédent. Le préfet n'a pas plus entaché d'une erreur manifeste l'appréciation qu'il a portée sur les conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de M. B.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Les éléments de la situation personnelle de M. B exposés au point 4 ne caractérisent pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions citées au point précédent. Par suite, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, en se bornant à produire un justificatif d'inscription à Pôle emploi en date du 13 décembre 2022, six courriers relatifs aux rendez-vous qu'il a eus avec son conseiller référent entre les mois de décembre 2022 et mars 2023, ainsi qu'un courrier du 31 mars 2023 l'informant que sa candidature pour le poste d'agent de propreté urbaine a été transmise au service recruteur, sans autres précisions, le requérant n'établit pas que le préfet d'Indre-et-Loire, en ne lui délivrant pas une nouvelle autorisation provisoire de séjour, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

M. Lardennois, premier conseiller,

Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

Fatoumata DICKO-DOGAN

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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