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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304201

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304201

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 6 octobre 2023, enregistrée le même jour au greffe du tribunal administratif d'Orléans, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rennes a transmis au tribunal administratif d'Orléans, en application des dispositions des articles R. 351-3 et R. 312-8 du code de justice administrative, la requête présentée par M. D A.

Par une requête et des mémoires enregistrés le 3 octobre 2023 et le 5 octobre 2023, M. E D A, représenté par Me Gourlaouen, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2023 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- son droit à être entendu a été méconnu et il n'est pas établi que la préfète ait, avant d'édicter l'arrêté attaqué, saisi les services compétents de la police nationale ou de la gendarmerie nationale pour complément d'information, ou le procureur de la République compétent, conformément aux dispositions du I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- père d'un enfant français à l'entretien et à l'éducation duquel il participe et sur lequel il exerce l'autorité parentale, il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ; dès lors, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation et méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et de la décision lui refusant un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une insuffisante motivation ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires et que le préfet n'a pas pris en considération la présence sur le territoire français de son fils de nationalité française ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation et méconnaît l'intérêt supérieur de son fils tel que garanti par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 6 octobre 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. D A a été rejetée par une décision du 15 décembre 2023

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant algérien né le 22 octobre 2001, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français en 2018 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Il a fait l'objet de deux précédents arrêtés des 18 mai 2021 et 16 mai 2022 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français auxquels il n'a pas déféré. A la suite de son interpellation le 30 septembre 2023 pour usage de stupéfiants et port d'arme prohibé de catégorie D, il a fait l'objet le 1er octobre suivant de la part de la préfète du Loiret de l'arrêté attaqué lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et prononçant à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général de la préfecture du Loiret. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté n° 45-2023-09-11-00003 du 11 septembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 45-2023-286 et mis en ligne sur le site de la préfecture, Mme C B, préfète du Loiret, a donné délégation de signature à M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et des réquisitions de comptable public. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'arrêté attaqué, et il n'est pas contesté, que M. D A a été mis à même de présenter, de manière utile et effective, ses observations sur les conditions de son séjour et sur la perspective de son éloignement à destination de son pays d'origine à l'occasion de son audition le 30 septembre 2023 par les services de la circonscription de sécurité publique d'Orléans. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, () les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / 1° Les personnels de la police et de la gendarmerie habilités selon les modalités prévues au 1° et au 2° du I de l'article R. 40-28 () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code () ".

6. Si M. D A soutient que la préfète du Loiret, pour caractériser la menace qu'il représenterait pour l'ordre public, s'est nécessairement fondée sur des informations contenues dans le fichier du traitement des antécédents judiciaires, sans justifier avoir préalablement saisi, pour complément d'information, les services de la police nationale ou les unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, le ou les procureurs de la République compétents, il ne ressort pas des mentions de l'arrêté attaqué et il n'est pas établi que la préfète aurait fondé sa décision sur des informations qui seraient seulement issues d'une consultation des données personnelles figurant dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale doit être écarté.

7. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier ses articles 3 et 8, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment ses articles L. 611-1 (5°), L. 611-3, L. 612-2 (1°), L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-12 dont la préfète du Loiret a fait application. En outre, cet arrêté, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise le procès-verbal d'audition de l'intéressé par les services de police et énonce avec suffisamment de précisions les circonstances de fait sur lesquelles la préfète s'est fondée pour, eu égard à la menace qu'il représente pour l'ordre public, lui faire obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.

8. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret n'ait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou un accord international prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.

10. D'une part, le requérant, ressortissant algérien, n'est pas fondé à se prévaloir, pour soutenir qu'il pouvait prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour, des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation au regard de l'entrée et du séjour en France est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

11. D'autre part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 4° au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () ". Il résulte de ces stipulations que lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant antérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit au ressortissant algérien à la condition, alternative, qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Il résulte également de ces stipulations que le respect de la condition qu'elles posent tenant à l'exercice même partiel de l'autorité parentale n'est pas subordonné à la vérification de l'effectivité de l'exercice de cette autorité. Enfin, ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

12. Si M. D A soutient qu'il ne peut pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il peut bénéficier de plein droit d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations précitées en tant que père d'un enfant français, il ressort des pièces du dossier qu'il est non seulement défavorablement connu des services de police pour des faits, commis entre juin 2019 et juin 2022, de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, d'usage illicite de stupéfiants, de vol avec arme et enfin de violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, mais qu'il a aussi été condamné le 24 juin 2022 par le tribunal correctionnel d'Orléans à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Dans ces conditions, alors même qu'il ressort des pièces du dossier que M. D A est le père d'un enfant de nationalité française né le 9 août 2021 qu'il a reconnu le 5 août 2021 et sur lequel il exerce, en application de l'article 372 du code civil, l'autorité parentale malgré le fait qu'il soit séparé de fait de sa mère, eu égard au caractère répété et récent des faits délictueux commis par l'intéressé, la préfète du Loiret était fondée à opposer au requérant la réserve d'ordre public. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il remplissait les conditions pour se voir attribuer de plein droit un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point précédent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Loiret aurait méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegardes droits de l'homme et des libertés fondamentales ou entaché sa décision d'une appréciation manifestement erronée des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, M. D A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

16. Si le requérant entend soutenir que la préfète du Loiret, en lui refusant un délai de départ volontaire, a commis une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne présente aucun risque de fuite, il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué que la préfète du Loiret a fondé sa décision non seulement sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais aussi sur celles du 1° du même article. Il résulte de ce qui a été dit au point 12 que le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, la circonstance que le requérant ne présenterait aucun risque de fuite au sens des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence dès lors que la préfète du Loiret aurait pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, obliger le requérant à quitter le territoire français sans délai sur le seul fondement du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant désignation du pays de destination de la mesure d'éloignement :

17. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement par voie de conséquence de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

18. En second lieu, si le requérant entend soutenir que la décision fixant le pays de destination est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît sa " vie privée et familiale ", il n'apporte pas les précisions suffisantes permettant au juge d'apprécier le bien de ses moyens alors qu'au demeurant, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la préfète du Loiret a fixé comme pays de destination de la mesure d'éloignement dont fait l'objet le requérant le pays dont il a la nationalité, ou à défaut, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Dans ces conditions, le requérant n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que la préfète du Loiret, lorsqu'elle a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

20. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

21. Eu égard au caractère récent et répété des faits reprochés au requérant rappelés au point 12 et au fait qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D A participe effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils, la décision attaquée n'est pas de nature à porter atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant tel que garanti par l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

22. Toutefois, si la seule circonstance que M. D A soit le père d'un enfant français sur lequel il n'est pas contesté qu'il exerce l'autorité parentale ne caractérise pas l'existence de circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant est fondé à soutenir que la préfète du Loiret a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation en fixant à trois ans la durée d'interdiction du territoire français dont il fait l'objet. Dans les circonstances de l'espèce, la décision attaquée doit être annulée en tant qu'elle excède la durée d'un an.

23. Il résulte de tout ce qui précède que M. D A est seulement fondé à solliciter l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français en tant qu'elle excède la durée d'un an. Pour le surplus, ses conclusions à fin d'annulation ainsi que celles présentées à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, la somme demandée au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 1er octobre 2023 de la préfète du Loiret portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulée en tant qu'elle excède la durée d'un an.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

La greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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