mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2304204 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | KONATE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Konaté, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2023 par lequel la préfète du Loiret a ordonné sa remise aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2023 par lequel la préfète du Loiret l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours dans le département d'Eure-et-Loir ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Loiret d'examiner sa demande d'asile dans un délai de quinze jours à compte de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jours de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités portugaises :
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 17 du règlement UE n°604/2013 et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
- il est disproportionné et entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant transfert.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 777-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 octobre 2023 :
- le rapport de Mme B ;
- et les observations de Me Konaté et de M. A qui ont insisté sur la méconnaissance des stipulations de l'article 17 du règlement UE n° 604/2013 en faisant valoir des raisons culturelles, la présence en France de la fiancée du requérant et le fait qu'il ne se sente pas en sécurité au Portugal où il a tenté de mettre fin à ses jours.
La préfète du Loiret n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".
2. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre M. A à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté portant remise aux autorités portugaises :
3. M. A, ressortissant congolais, est entré irrégulièrement sur le territoire français. Il a sollicité son admission au titre de l'asile et s'est vu remettre une attestation de demande d'asile selon la procédure Dublin le 3 juillet 2023. Toutefois, la consultation du système Eurodac a permis de constater que, préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France, il avait sollicité l'asile auprès des autorités portugaises. Celles-ci ont été saisies le 21 août 2023 et ont accepté leur responsabilité le 4 septembre 2023. Par l'arrêté attaqué du 26 septembre 2023, notifié le 13 octobre 2023, la préfète du Loiret a ordonné le transfert de M. A aux autorités portugaises.
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ".
5. En l'espèce, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise les textes applicables, notamment le règlement UE n° 604/2013 relatif aux mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile. Il mentionne que les autorités portugaises ont été saisies le 21 août 2023 d'une demande de reprise en charge qu'elles ont acceptée le 4 septembre 2023 en application du paragraphe 2 de l'article 12 du règlement UE n° 604-2013 susvisé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ". Il résulte de ces dispositions que si le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 prévoit en principe dans le paragraphe 1 de son article 3 qu'une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre et que cet Etat est déterminé par application des critères fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre. Cette faculté laissée à chaque Etat membre par l'article 17 de ce règlement est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
7. M. A soutient qu'il parle le français et a une connaissance précise du pays, alors qu'il ne comprend pas le portugais et qu'il vit en concubinage avec une jeune femme à laquelle il s'est fiancé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France très récemment, le 26 juin 2023 et qu'il a indiqué lors du dépôt de sa demande d'asile être célibataire et ne pas avoir d'enfant. Il ressort du résume de l'entretien individuel qui a été mené par les services préfectoraux que M. A a indiqué n'avoir aucun membre de sa famille en France. Pour établir la réalité de son concubinage avec une personne qu'il présente comme sa fiancée, il produit une attestation de cette dernière, une déclaration de vie commune faite en mairie du 18ème arrondissement de Paris le 6 octobre 2023 et une attestation de dot du 16 juillet 2022. Ces éléments sont insuffisants pour établir la réalité et l'intensité des liens dont se prévaut M. A. En outre, la circonstance qu'il ne se sentirait pas en sécurité au Portugal révèle un sentiment qui ne permet pas de considérer que la demande d'asile qu'il a présentée auprès des autorités de ce pays ne pourrait pas être traitée dans des conditions similaires à celles d'un examen par les autorités françaises. Ainsi, les circonstances invoquées par M. A ne sauraient être de nature à établir que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire de compétence prévue à l'article 17 précité du règlement (UE) n° 604/2013.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
8. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, pour les motifs exposés aux points précédents, que l'arrêté ordonnant la remise de M. A aux autorités portugaises est entaché d'illégalité. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision distincte l'assignant à résidence dans le département d'Eure-et-Loir, sur le fondement de l'article L. 751-2 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile, est dépourvue de base légale.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants () / 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 () ". Aux termes de l'article L. 731-2 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 peut être placé en rétention en application de l'article L. 741-1, lorsqu'il ne présente plus de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement apprécié selon les mêmes critères que ceux prévus à l'article L. 612-3. Les modalités d'application de la présente section sont fixées par décret en Conseil d'Etat ".
10. Il résulte de ces dispositions que la mesure d'assignation à résidence n'est pas subordonnée à l'absence de garantie de représentation effective mais au contraire qu'une telle mesure peut être prise lorsque l'étranger présente de telles garanties. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'assignation à résidence serait disproportionnée et, se faisant, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7, que M. A est entré très récemment en France le 26 juin 2023 et a alors déclaré être célibataire et n'avoir pas d'attaches familiales en France. S'il se prévaut d'une situation de concubinage avec une jeune femme à laquelle il serait fiancé, les pièces qu'il produit ne sont pas de nature à établir qu'il aurait des attaches familiales et personnelles stables, intenses et pérennes en France. Dans ces conditions, le requérant ne fait état d'aucune circonstance qui serait de nature à établir que l'arrêté attaqué présenterait un caractère disproportionné par rapport au but en vue duquel il a été pris, et méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.
La magistrate désignée,
Mélanie B
La greffière,
Florence PINGUET
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2304204
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026