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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304297

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304297

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304297
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantVIEILLEMARINGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 octobre 2023 et le 1er mars 2024, Mme B..., représentée par Me Vieillemaringe, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 28 septembre 2023 par lequel le préfet d’Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d’enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans l’un ou l’autre des cas, dans un délai de 72 heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par heure de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

4°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Elle soutient que :
- l’arrêté est insuffisamment motivé ;
- la décision portant refus de séjour est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales
- elle méconnait les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- les décisions portant refus d’accorder un délai de départ volontaire et fixation du pays de renvoi doivent être annulées par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2024, le préfet d’Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Gasnier a été entendu au cours de l’audience.

Considérant ce qui suit :

Mme A... B..., ressortissante ivoirienne née le 1er janvier 2002, est entrée en France le 9 juillet 2019. Elle a fait l’objet d’une première mesure d’éloignement le 10 janvier 2020. Mme B... a demandé son admission au séjour le 26 janvier 2023 sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 28 septembre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande et a assorti cette décision d’une obligation de quitter le territoire français. Mme B... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur l’aide juridictionnelle à titre provisoire :

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du bureau d’aide juridictionnelle du 24 novembre 2023. Les conclusions tendant à l’admettre provisoirement à l’aide juridictionnelle sont, dès lors, sans objet. Il n’y a, par suite, pas lieu d’y statuer.

Sur les conclusions d’annulation :

En premier lieu, l’arrêté comporte l’énoncé des circonstances de fait et de droit, en particulier les conditions d’entrée et de séjour en France de Mme B..., qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé conformément aux dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (…) ».

Mme B... fait valoir qu’elle est mère d’un enfant né le 23 décembre 2021 à Tours et reconnu par M. D... E..., ressortissant malien avec lequel elle vivrait en situation de concubinage. Cependant, ces circonstances ne constituent pas des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires. Le préfet n’a, dès lors, pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Il ressort des pièces du dossier que Mme B... est entrée en France récemment et qu’elle a déjà fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement à laquelle elle n’a pas déféré. Elle ne justifie, par les pièces qu’elle produit, d’aucune insertion particulière en France, le préfet établissant au contraire qu’elle a été condamnée pour acquisition, détention et transport non autorisé de stupéfiants à une peine de 8 mois d’emprisonnement avec sursis. Par ailleurs si Mme B... partage sa communauté de vie avec M. E..., ressortissant malien, ce dernier n’était titulaire, à la date de la décision attaquée, que d’un titre de séjour en qualité d’étudiant et d’une autorisation provisoire de séjour dans l’attente de l’examen de la nouvelle demande qu’il a formulée, ne lui conférant pas vocation à résider durablement sur le territoire français. Les éléments invoqués par Mme B... n’établissent pas davantage que M. E... entretiendrait des liens avec son enfant ou qu’il contribuerait à son entretien et à son éducation. Enfin, bien que M. E... soit ressortissant malien, il n’est pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français ferait obstacle à la poursuite de la vie familiale en Italie où Mme B... a été admise au séjour au titre de l’asile ou en Côte d’Ivoire, pays dont elle a la nationalité. Dans ses conditions, le moyen doit être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ».

Ainsi qu’il a été dit au point 7 du présent jugement, il n’est pas établi que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Italie ou en Côte d’Ivoire. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant, invoqué à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que l’ensemble des conclusions aux fins d’annulation présentées par Mme B... doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte doivent également être rejetées. Il en est de même de celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l’admission de Mme B... à l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l’audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guével, président,
M. Jaosidy, premier conseiller,
M. Gasnier, conseiller.




Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.


Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Benoist GUEVEL


La greffière,





Aurore MARTIN


La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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