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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304299

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304299

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantVIEILLEMARINGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 20 octobre 2023 et le 20 février 2024, M. A, représenté par Me Vieillemaringe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 2 ans

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de 72 heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté pris dans son ensemble est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'a pas examiné sa situation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- cette décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions refusant d'accorder un délai de départ volontaire et fixant le pays d'éloignement sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation en ce que, d'une part, le préfet n'a pas pris en compte tous les critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, il ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire enregistré le 16 février 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gasnier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 20 octobre 2002 est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en France en septembre 2019. Il a été placé auprès du service de l'aide sociale à l'enfance par décision du juge des enfants de C du 11 juin 2020. A sa demande présentée le 15 octobre 2021, M. A a bénéficié d'un titre de séjour délivré sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile valable du 9 mars 2021 au 8 mars 2022. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 10 mars 2022. Il a été interpellé par les services de police le 1er juin 2022 et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français notifiée le même jour. Le 12 mai 2023, M. A a présenté une nouvelle demande de titre de séjour en qualité de salarié ou de travailleur temporaire. Par arrêté du 6 octobre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

2. En premier lieu, l'arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment les textes applicables et les conditions d'entrée et de séjour de M. A en France, qui en constituent le fondement. Il est, par suite, motivé conformément aux exigences des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, l'engagement associatif du requérant depuis le 1er septembre 2022 et les deux emplois en intérim qu'il a exercés pendant une durée d'un mois ne suffisent pas à révéler que la situation de M. A répondrait à des exigences humanitaires ou à des motifs exceptionnels. Dès lors, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation ou en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen dirigé contre la décision de refus de séjour doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. " Le requérant fait valoir qu'il a présenté une demande de titre de séjour en qualité de " travailleur temporaire " sur le fondement de ces dispositions qui n'a pas été examinée par le préfet.

5. Toutefois, d'une part, le requérant, qui a déjà bénéficié de la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement, dont la validité a expiré le 8 mars 2022, ne se trouvait plus dans l'année suivant son dix-huitième anniversaire à la date de sa demande. D'autre part, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-3 précité n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Par suite, c'est à bon droit que le préfet a regardé la demande en cause de M. A comme une " demande de renouvellement d'un titre de séjour portant la mention "travailleur temporaire" " et qu'il l'a instruite sur le fondement de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en opposant à M. A son absence d'autorisation de travail. Il suit de là que les moyens tirés de l'erreur de droit et du défaut d'examen sérieux ne peuvent qu'être écartés.

6. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à prétendre que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.

7. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Pour soutenir que son droit au respect de sa vie privée et familiale serait méconnu, M. A fait valoir qu'il est bénévole auprès de la Croix Rouge depuis une année et qu'il a déjà exercé des emplois en intérim. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A est entré en France irrégulièrement en 2019 et a déjà fait l'objet d'une première mesure d'éloignement en 2022 qu'il n'a pas exécutée. Il est par ailleurs célibataire, sans enfant, ni emploi et ne justifie, par les pièces qu'il produit, d'aucune insertion particulière en France ou de liens personnels et familiaux suffisamment intenses. Enfin, le requérant a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, les moyens tirés de l'exception d'illégalité de ces décisions à l'encontre de celles portant refus de départ volontaire et fixation du pays d'éloignement doivent être écartés.

10. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a pris en compte l'ensemble des critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour édicter l'interdiction de retour en litige. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A ne présente pas une menace à l'ordre public et qu'il a précédemment obtenu un titre de séjour. Par suite, alors même qu'il n'aurait pas déféré à une précédente mesure d'éloignement, la durée d'interdiction de retour sur le territoire français fixée à deux ans apparaît, en l'espèce, disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été édictée.

12. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, M. A est uniquement fondé à demander l'annulation de cette décision contenue dans l'arrêté du 6 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement n'implique ni que l'autorité administrative délivre un titre de séjour déterminé ni qu'elle réexamine le droit au séjour du requérant. Il s'ensuit que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à la mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, la somme demandée par M. A au titre des frais non compris dans les dépens. Les conclusions formulées en ce sens par M. A doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision portant interdiction de retour sur le territoire français contenue dans l'arrêté du 6 octobre 2023 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

M. Gasnier, conseiller

Mme Ploteau conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNE

La greffière,

Marie-Josée PRECOPE

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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