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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304310

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304310

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP CARIOU LEVEQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 octobre 2023, M. A, représenté par Me Cariou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement et déterminé les obligations de présentation aux autorités de police ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour mention portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il a été pris à la suite d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de la situation.

Par un mémoire enregistré le 18 janvier 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gasnier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant égyptien, né le 15 mars 1984 déclare être entré en France en 2011 sans toutefois en justifier. Il a adressé une première demande de titre de séjour au préfet de Loir-au-Cher, le 27 janvier 2020, laquelle a été rejetée le 1er octobre 2020. Le 12 décembre 2022, M. A a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 24 juillet 2023, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de faire droit à sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. D C, préfet de Loir-et-Cher, qui, contrairement à ce que soutient le requérant, était toujours en fonctions le 23 juillet 2023, à la date de l'arrêté attaqué, la nomination de M. B E, par décret du 13 juillet 2023, n'ayant pris effet qu'à compter du 21 août 2023. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment les textes applicables et les conditions d'entrée et de séjour de M. A en France, qui en constituent le fondement. Il est, par suite, motivé conformément aux exigences des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la situation personnelle et familiale de M. A a bien été prise en compte par le préfet de Loir-et-Cher. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen complet de la situation du requérant doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Le requérant fait valoir, au soutien de sa demande, que son admission au séjour répondrait à des circonstances exceptionnelles au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il se prévaut de sa durée de présence en France depuis 2011, des emplois exercés, d'une promesse d'embauche, des démarches antérieures qu'il avait déjà accomplies pour sa régularisation et de l'avis favorable rendu par le service de la main d'œuvre étrangère à la demande d'autorisation de travail déposée par l'entreprise MH Peintures. Il se prévaut également d'attestation d'amis et de collègues pour démontrer son insertion dans la société française.

7. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la présence en France du requérant est établie, non pas depuis 2011 ou 2012 comme il l'allègue, mais à compter seulement de l'année 2017. Il ressort des pièces du dossier et notamment des bulletins de salaire établis par la SARL Bâti Services et de l'avis d'imposition établi en 2021 que M. A ne justifie de l'exercice d'une activité salariée que sur une période allant du 1er mai 2017 au 31 mars 2018, les diverses démarches réalisées pour sa régularisation depuis lors n'ayant pas abouti. Il s'ensuit que l'intéressé ne justifie pas d'une expérience professionnelle significative, récente et stable en France. En outre, les diverses attestations produites par le requérant, qui font état de sa sympathie, de son sérieux et de son lieu d'hébergement, ne suffisent pas à établir l'existence de liens suffisamment stables et intenses en France, alors qu'il est célibataire et sans charge de famille, qu'il a déjà fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 1er octobre 2020 à laquelle il n'a pas déféré et qu'il n'est pas dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, dans lequel il a résidé la majeure partie de sa vie. Le requérant ne peut, par ailleurs, utilement se prévaloir de la circulaire NOR INTK1229185C du 28 novembre 2012 laquelle ne prévoit que des orientations générales constituant des mesures de faveur non opposables au préfet. Enfin, l'avis favorable du service de la main d'œuvre étrangère, qui se borne à vérifier la conformité de la demande d'autorisation de travail aux dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail, ne lie pas le préfet qui conserve un large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'une mesure de régularisation. Eu égard aux éléments ainsi exposés, M. A ne peut être regardé comme justifiant de l'existence d'une situation exceptionnelle ou de considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Dès lors le préfet a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, considérer que la situation du requérant ne justifiait pas la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement.

8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que M. A n'entrait pas effectivement dans le champ de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 432-13 du même code doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. En l'espèce, eu égard à la situation personnelle de M. A, telle qu'exposée au point 7 du présent jugement, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a été édicté. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent donc être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. Il en est de même de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

M. Gasnier, conseiller,

Mme Ploteau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNE

La greffière,

Marie-Josée PRECOPE

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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