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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304368

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304368

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantFROUJY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2023, Mme A C épouse B, représentée par Me Froujy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, de remettre son passeport ou tout autre document d'identité ou de voyage en sa possession aux services de police, de se présenter chaque mardi et jeudi auprès des services de gendarmerie de Romorantin-Lanthenay pour indiquer les démarches engagées dans le cadre de la préparation de son départ, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour attaquée est entachée d'une erreur de droit s'agissant de son fondement ;

- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle et quant à ses conséquences sur cette situation ;

- le refus de titre méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et portant obligation de pointage sont illégales par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre ;

- elles reposent sur des erreurs de fait et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de pointage est disproportionnée compte tenu de son état de grossesse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Un mémoire, présenté pour Mme C épouse B a été enregistré le 3 juillet 2024 postérieurement à la clôture automatique de l'instruction.

Mme C épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Bernard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse B, ressortissante marocaine, née le 8 juin 1998 à Dkhissa (Maroc), est entrée en France le 1er avril 2017 sous couvert d'un visa de long séjour en sa qualité de travailleuse saisonnière. Elle s'est ensuite vue octroyer une carte de séjour pluriannuelle valable du 23 mai 2017 au 22 mai 2020, renouvelée le 4 juin 2020, avec une date d'expiration au 8 juin 2023. Le 4 mai 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 30 juin 2023, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, assortie d'une obligation de pointage, et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par sa requête, Mme C épouse B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. / Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. / Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". Selon les dispositions de l'article L. 1242-2 du code du travail : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 1242-3, un contrat de travail à durée déterminée ne peut être conclu que pour l'exécution d'une tâche précise et temporaire, et seulement dans les cas suivants : / () 3° Emplois à caractère saisonnier, dont les tâches sont appelées à se répéter chaque année selon une périodicité à peu près fixe, en fonction du rythme des saisons ou des modes de vie collectifs ou emplois pour lesquels, dans certains secteurs d'activité définis par décret ou par convention ou accord collectif de travail étendu, il est d'usage constant de ne pas recourir au contrat de travail à durée indéterminée en raison de la nature de l'activité exercée et du caractère par nature temporaire de ces emplois. () ".

3. Il ressort des termes du formulaire de demande de titre de séjour produit en défense que Mme C épouse B a sollicité une demande de renouvellement de sa carte pluriannuelle de séjour portant la mention " travailleur saisonnier ". Par suite, en se fondant sur l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur l'article L. 1242-2 du code du travail cités ci-dessus pour rejeter la demande de la requérante, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit.

4. En deuxième lieu, Mme C épouse B ne démontre pas qu'elle exerçait un emploi saisonnier à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de sa situation en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance [] ".

6. Mme C épouse B se prévaut de son mariage avec un ressortissant marocain en situation régulière, le 28 novembre 2022 au Maroc, et de ce qu'elle était enceinte de leur premier enfant à la date de dépôt de sa demande de renouvellement de carte de séjour. Toutefois, elle n'apporte aucun élément pour attester de sa grossesse et de la situation de son mari sur le territoire français. Elle n'atteste pas davantage de l'intensité de sa vie privée et familiale en France. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée au respect de son droit à une vie privée et familiale et commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et portant obligation de pointage :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 que le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et portant obligation de pointage sont illégales en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

8. En deuxième lieu, si la requérante soutient que les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et portant obligation de pointage reposent sur des erreurs de fait, elle n'assortit pas ce moyen de précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé.

9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, Mme C épouse B n'est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant les décisions attaquées et le moyen doit, par suite, être écarté.

10. En dernier lieu, si la requérante soutient que la décision portant obligation de pointage les mardis et jeudis auprès des services de gendarmerie de Romorantin-Lanthenay est disproportionnée au regard de son état de grossesse, elle n'apporte aucun élément pour attester de cet état ni des contraintes de santé qui y sont liées et qui rendraient impossibles pour elle ces déplacements réguliers. Par suite, le moyen tiré du caractère disproportionné de la décision attaquée doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 30 juin 2023, par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme C épouse B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de remettre son passeport ou tout autre document d'identité ou de voyage en sa possession aux services de police, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a instauré une obligation de pointage, doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et de celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure

Pauline BERNARD

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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