lundi 4 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2304381 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | FROUJY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 octobre 2023 et le 28 novembre 2023, M. A C, représenté par Me Froujy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a obligé à se présenter deux fois par semaine au commissariat de police de Blois pour justifier des démarches engagées dans le cadre de préparation de son départ, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, ensemble l'arrêté du 14 septembre 2023 notifié le 20 octobre 2023 par lequel cette même autorité l'a assigné à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la date de notification du jugement et sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours suivant la date de notification du jugement à intervenir et, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heure et sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de destination et l'obligation de présentation :
- elles sont illégales du fait de l'illégalité du refus de séjour ;
- elles sont entachées d'erreur de fait ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;
- elle est disproportionnée au regard du but poursuivi.
Par un mémoire enregistré le 28 novembre 2023, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant algérien né le 3 novembre 1984, est entré irrégulièrement en France le 3 août 2018, selon ses déclarations, muni d'un passeport revêtu d'un visa touristique périmé délivré par les autorités turques. Le 28 novembre 2019, il a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 9 juin 2020, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le recours formé par l'intéressé à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement n° 2003455 rendu par le présent tribunal le 12 avril 2021. M. C s'étant maintenu sur le territoire français, il a sollicité, à nouveau, le 15 septembre 2021 son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 4 juillet 2023, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Puis, par un arrêté du 14 septembre 2023, cette même autorité l'a assigné à résidence dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de quarante-cinq jours. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'étendue du litige :
2. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. C a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions accessoires à celles-ci ainsi que de celles relatives au frais de l'instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'Obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté du 4 juillet 2023, de l'arrêté portant assignation à résidence et d'injonction :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. C, dont la présence en France remonte à près de cinq ans à la date de la décision attaquée, est marié depuis le 28 mars 2017 avec une compatriote algérienne, demeurant sur ce même territoire depuis 2007 et titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 3 juin 2027 et que le couple a donné naissance en France à quatre enfants le 21 juin 2015, le 1er avril 2019, le 7 décembre 2021 et le 20 mai 2023. Son épouse est également mère de trois enfants de nationalité française, nés d'une précédente union. Ces trois enfants, respectivement nés le 28 avril 2007, le 4 octobre 2008 et le 9 novembre 2010, vivent également avec leur mère et que leur père dispose d'un droit de visite et d'hébergement et verse une contribution pour leur entretien et leur éducation. Ainsi, la cellule familiale que le requérant constitue avec son épouse et ses quatre enfants ne peut se reconstituer dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu de l'ancienneté de son mariage avec une compatriote en situation régulière, mère de trois enfants mineurs de nationalité française, M. C est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre sollicité et alors même qu'il peut bénéficier de la procédure du regroupement familial, le préfet de Loir-et-Cher a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris cette décision et a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation, par la voie de l'exception, de la décision contenue dans l'arrêté du 4 juillet 2023, par laquelle le préfet de Loir-et-Cher l'a obligé à quitter le territoire français. Par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'obligation de présentation contenues dans le même acte, ainsi que l'arrêté du 14 septembre 2023 l'assignant à résidence, qui se trouvent privées de base légale, doivent également être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
7. L'exécution du présent jugement, compte tenu des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de Loir-et-Cher de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C à l'encontre de la décision lui refusant un titre de séjour contenue dans l'arrêté du préfet de Loir-et-Cher du 4 juillet 2023, les conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.
Article 2 : L'arrêté du préfet de Loir-et-Cher du 4 juillet 2023 est annulé en tant qu'il fait obligation à M. C de quitter le territoire français, l'oblige à se présenter au commissariat de police de Blois et fixe le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
Article 3 : L'arrêté du préfet de Loir-et-Cher du 14 septembre 2023 portant assignation à résidence est annulé.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Loir-et-Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
Emmanuel B
La greffière,
Florence PINGUET
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026