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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304442

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304442

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304442
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLUJIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er novembre 2023, M. A, représenté par Me Lujien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, à intervenir et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 5 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant fixation du pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 16 février 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gasnier,

- et les observations de Me Lujien, avocate de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant vietnamien né le 15 juin 1995, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en France le 4 janvier 2017. Il a déposé une demande d'asile le 28 février 2017 qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 29 novembre 2017, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 novembre 2019. Le 22 septembre 2022, M. A a demandé son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 10 octobre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 11-11 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département est compétent en matière d'entrée et de séjour des étrangers ainsi qu'en matière de droit d'asile () ". Aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police ". Aux termes de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ".

3. En l'espèce, l'arrêté est signé par M. C B, préfet d'Indre-et-Loire nommé par décret en Conseil des ministres du 7 décembre 2022, et autorité compétente en matière de séjour et d'éloignement des étrangers au titre des dispositions précitées, de sorte qu'aucune délégation de signature n'était nécessaire. Le moyen tiré de l'incompétence doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucune pièce du dossier que le préfet d'Indre-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. A. En outre si M. A soutient qu'il n'a pas pu déposer en intégralité son dossier de demande, il n'en apporte pas la preuve. Enfin, le requérant ne saurait se prévaloir de ce que le préfet ne lui a pas demandé de documents complémentaires alors qui lui appartient, en application de l'article R. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de fournir lui-même de telles pièces. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A exerce depuis le mois de février 2020 l'emploi de cuisinier dans la restauration et justifie de 37 mois d'exercice professionnel en cette qualité à la date de la décision attaquée dont 11 mois consécutifs. Toutefois, il est constant que M. A ne justifie pas de qualification particulière pour l'exercice de cette activité professionnelle qu'il a par ailleurs exercé à temps partiel pendant 22 mois pour un revenu mensuel compris entre 300 et 700 euros. En outre, le requérant ne produit aucun autre élément de nature à révéler une insertion particulière en France. Dès lors, bien que l'intéressé justifie d'efforts d'insertion par le travail non-négligeables, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que son admission au séjour ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. D'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que, si M. A justifie d'efforts d'intégration non-négligeables par son activité professionnelle durant 37 mois entre 2020 et 2023, cette circonstance ne permet pas, à elle seule, de caractériser l'existence de liens personnels intenses en France. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après le rejet de sa demande d'asile confirmé en dernier lieu par la CNDA le 4 novembre 2019. Par ailleurs, si le requérant se prévaut d'attaches familiales en France avec son frère, il ne produit au soutien de cette allégation qu'une attestation d'hébergement de son demi-frère à Tours et un contrat de location attestant de sa résidence à Vitry-sur-Seine avec une ressortissante cambodgienne, éléments qui ne démontrent pas qu'il dispose de liens familiaux intenses en France. Enfin, M. A est célibataire, sans enfant et a vécu dans son pays d'origine la majeure partie de sa vie. Par suite, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a été édicté.

9. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation s'agissant des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. M. A, de nationalité vietnamienne et né au Vietnam, soutient qu'il craint, en cas de retour dans son pays d'origine, d'être exposé à des persécutions par les autorités vietnamiennes en raison des opinions politiques qui lui sont imputées du fait de son appartenance à l'ethnie Khmère Krom, de sa qualité de moine et de son statut de défenseur des droits. Ce moyen n'est toutefois opérant qu'à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination.

12. Il ressort des pièces du dossier et notamment des énonciations de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 4 novembre 2019 que s'il peut être tenu pour établi que le requérant appartient à la minorité khmère du Vietnam et que son récit s'inscrit dans un contexte politique avéré, il n'est cependant pas établi qu'il serait, en raison de son appartenance ethnique ou de ses opinions politiques, personnellement exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. En particulier, la Cour nationale du droit d'asile a relevé que l'intéressé n'avait pas développé un discours précis, cohérent et suffisamment étayé sur son parcours et son engagement militant qui pourrait laisser penser que les risques de traitements inhumains ou dégradants allégués seraient réels et sérieux en cas de retour au Vietnam. Or, le requérant n'apporte pas d'éléments nouveaux depuis lors, qui remettraient en cause cette appréciation, hormis des rapports d'organisations non-gouvernementales et des Nations-Unies ne faisant que retracer de manière générale le contexte politique et les atteintes aux droits de l'Homme que sont susceptibles de subir les membres de la communauté Khmer Krom. Par suite, le requérant n'établit pas qu'il serait exposé personnellement à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination, doit donc être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. Il en est de même de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,

M. Gasnier, conseiller,

Mme Ploteau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le rapporteur,

Paul GASNIER

Le président,

Denis LACASSAGNE

La greffière,

Marie-Josée PRECOPE

La République mande et ordonne au le préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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