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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304458

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304458

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304458
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOUBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 novembre 2023 à 18H31, Mme A B, représentée par Me Toubale, avocat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2023 notifié le 3 novembre 2023 à 9h15 par lequel la préfète du Loiret a ordonné sa remise aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2023 notifié le 3 novembre 2023 par lequel la préfète du Loiret l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours renouvelable dans le département du Loiret ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de faire droit à sa demande d'admission provisoire et d'accomplir les démarches nécessaires en vue de la saisine de l'OFPRA ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités portugaises :

- il n'est pas établi que les autorités portugaises auraient donné leur accord à sa réadmission ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n°603/2013 ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- la décision est illégale en conséquence de l'illégalité de l'arrêté de transfert aux autorités portugaises.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2023, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 777-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Toubale, en présence de Mme B assisté de M. C interprète. Me Toubale produit des pièces médicales nouvelles qui sont versées au dossier et communiquées. Me Toubale reprend les moyens de sa requête et soulève à l'encontre de l'assignation à résidence les moyens tirés de ce que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'état de santé de sa cliente qui a des difficultés à se mouvoir, de ce que la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

2. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre Mme B à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Mme B, ressortissante angolaise, né le 24 septembre 1989, est entrée sur le territoire français le 9 juin 2023 munie d'un passeport revêtu d'un visa délivré par les autorités consulaires portugaises valable jusqu'au 18 juin 2023. Elle a sollicité son admission au titre de l'asile le 14 juin 2023 et s'est vu remettre une attestation de demande d'asile selon la procédure Dublin. Les autorités portugaises lui ayant délivré un visa moins de six mois avant son entrée sur le territoire français, elles ont été saisies le 9 août 2023 et ont expressément accepté leur responsabilité le 26 septembre 2023. Par les arrêtés attaqués des 28 septembre et 29 septembre 2023 notifiés le 3 novembre 2023, la préfète du Loiret a ordonné le transfert de Mme B aux autorités portugaises et l'a assignée à résidence dans le département du Loiret.

En ce qui concerne l'arrêté portant remise aux autorités portugaises :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 12 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " () / 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, ()/4. Si le demandeur est seulement titulaire d'un ou de plusieurs titres de séjour périmés depuis moins de deux ans ou d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres. ". Aux termes de l'article 7 du même règlement : " () 2. La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre ".

5. D'une part, comme énoncé au considérant 3 du présent jugement, Mme B était titulaire à la date de sa demande d'asile auprès des autorités françaises le 14 juin 2023 d'un visa délivré par les autorités consulaires portugaises en cours de validité. Dès lors, en application des stipulations des articles 7 et 12 du règlement UE n°604/2013, la préfète du Loiret était fondée à regarder les autorités portugaises comme responsables de l'examen de la demande d'asile de la requérante.

6. D'autre part, si la requérante soutient qu'il n'est pas justifié de la saisine des autorités portugaises dans les délais impartis, ni de leur accord, il ressort des pièces du dossier d'une part, que la préfète du Loiret a saisi les autorités portugaises d'une demande de reprise en charge de Mme B le 9 août 2023, soit dans le délai de deux mois ayant couru à partir de la réception du résultat positif Eurodac du 14 juin 2023, d'autre part, que les autorités portugaises ont expressément donné leur accord le 26 septembre 2023. Le moyen doit être écarté.

7. En deuxième lieu, si la requérante soutient que l'arrêté litigieux a été pris sans qu'il ait été procédé à un examen particulier de sa situation, une telle circonstance ne ressort ni de son compte-rendu d'entretien, ni de l'arrêté litigieux, ni des autres pièces du dossier. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit (). ". Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. La faculté laissée à chaque Etat membre, par ces dernières dispositions, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

10. Mme B soutient d'une part, qu'elle serait en danger tant dans son pays qu'au Portugal en raison des menaces proférées à son encontre par son ancien compagnon, d'autre part, que la préfète n'a pas tenu compte de sa maladie. Toutefois, il n'est pas établi qu'elle ne pourrait faire l'objet d'un suivi médical au Portugal. Par ailleurs, il n'est pas démontré que les autorités portugaises ne seraient pas en capacité d'examiner la demande d'asile en tenant compte de sa situation et dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que le Portugal est un État membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, Mme B n'établit pas les mauvais traitements dont elle pourrait faire l'objet en cas de séjour au Portugal. Dès lors, la préfète du Loiret, en ne faisant pas application de la clause prévue par le point 2 de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Comme énoncé au point 10 du présent jugement, les allégations de la requérante concernant les risques qu'elle encourrait en cas de transfert au Portugal ne sont pas établies par les pièces du dossier. En outre, il ne ressort d'aucune pièce versée au dossier que les autorités portugaises n'évalueront pas, le cas échéant, avant de procéder à son éventuel éloignement après examen de sa demande d'asile, les risques auxquels elle serait exposée en cas de retour en Angola. Au demeurant, la requérante n'apporte pas d'éléments précis permettant d'établir qu'elle serait exposée à des risques de traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Angola. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète du Loiret aurait méconnu ces stipulations doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté de transfert du 28 septembre 2023 doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

14. Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ". Selon l'article R. 733-1 : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

15. Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées, à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

16. Il ressort des pièces du dossier et des échanges à l'audience que Mme B souffre d'une ostéonécrose de la tête fémorale, invalidante, qui a pour conséquence de limiter ses déplacements et de l'obliger à s'appuyer sur une béquille pour marcher. Par suite, et ainsi que le soutient Mme B, l'obligation qui lui est faite de se déplacer deux fois par semaine au commissariat d'Orléans pour y confirmer sa présence présente un caractère disproportionné et doit être regardée comme entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, la requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté d'assignation à résidence qu'elle conteste en tant qu'il lui impose de se présenter deux fois par semaine au commissariat d'Orléans.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est uniquement fondée à solliciter l'annulation de l'obligation de pointage mise à sa charge par l'article 3 de l'arrêté du 29 septembre 2023 portant assignation à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

18. Le présent jugement n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction de la requête ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, la somme demandée au profit du conseil de Mme B au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'article 3 de l'arrêté du 29 septembre 2023 assignant à résidence Mme B est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

Armelle D

La greffière,

Florence PINGUET

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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