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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304531

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304531

mercredi 20 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304531
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantPERRAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2023, M. B A demande au tribunal d'annuler le titre exécutoire n° 3612 émis le 26 mai 2023 par le président du conseil départemental du Loiret pour avoir paiement de la somme de 9 629,46 euros de revenu de solidarité active indûment perçu.

Il soutient que :

- il n'a jamais reçu de courrier lui réclamant la somme en cause ;

- il a contesté le courrier de saisie de la paierie départementale du Centre Val de Loire ;

- il conteste la somme qui lui est réclamée et devoir cette somme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 mars, 27 août et 2 octobre 2024, le département du Loiret conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'est pas motivée, qu'elle est tardive et que le requérant ne produit pas les décisions attaquées ;

- la contestation du requérant n'est pas fondée dès lors qu'il a été impossible de contrôler et de reconstituer sa situation ce qui autorise le département à réclamer l'intégralité des sommes versées depuis le 1er avril 2021, date d'ouverture des droits de l'intéressé.

Par des mémoires, enregistrés les 24 juin, 26 septembre et 14 octobre 2024,

M. A, représenté par Me Hélène Perrault, demande au tribunal :

1) d'annuler le titre exécutoire n° 3612 émis le 26 mai 2023 par le président du conseil départemental du Loiret pour avoir paiement de la somme de 9 629,46 euros de revenu de solidarité active indûment perçu et l'acte de saisie administrative à tiers détenteur du 13 septembre 2023 émis par le payeur départemental du Loiret pour avoir paiement de la somme précitée ;

2) de mettre à la charge du département du Loiret la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- le titre exécutoire et l'avis de saisie administrative à tiers détenteur ne précisent pas la période pour laquelle le revenu de solidarité active lui a été retiré.

- il était en droit de bénéficier du revenu de solidarité active dès lors qu'il remplissait les conditions pour l'obtenir.

Les parties ont été informées, le 14 octobre 2024, que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions dirigées contre l'acte de saisie administrative à tiers détenteur du 13 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que M. A a ouvert un droit au revenu de solidarité active à compter du 1er avril 2021 auprès du département du Loiret. En août 2022, le département a engagé un contrôle de la situation de l'intéressé en lui demandant d'adresser diverses pièces. Malgré des relances, le requérant n'a pas répondu aux différents courriers adressés par le département lesquels n'ont pas été retirés et ont été renvoyés au département. Le département a décidé de suspendre puis d'annuler les droits au revenu de solidarité active du requérant dans la mesure où il était impossible de contrôler la situation de l'intéressé, notamment le montant de ses ressources et sa véritable adresse. Par lettre du 5 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Loiret l'a informé que ses droits au revenu de solidarité active, notamment, avaient été recalculés ce qui conduisait à lui réclamer la somme de 9 629,46 euros au titre de la période du 1er avril 2021 au 31 août 2022. Le 26 mai 2023, le président du conseil départemental du Loiret a émis le titre exécutoire n° 3612 à l'encontre du requérant pour récupérer la somme précitée et le 13 septembre 2023, le payeur départemental lui a notifié un avis de saisie administrative à tiers détenteur décerné à son employeur pour avoir le paiement de la somme. Le requérant conteste le titre exécutoire et l'avis de saisie administrative à tiers détenteur.

Sur les conclusions dirigées contre le titre exécutoire du 26 mai 2023 :

En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées par le département du Loiret :

2. En premier lieu, le département du Loiret soutient que les conclusions dirigées contre le titre exécutoire sont tardives. Toutefois, le département ne justifie pas de la date à laquelle ce titre a été notifié au requérant et cette date ne ressort pas des pièces du dossier. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de ces conclusions ne peut être accueillie.

3. En deuxième lieu, le département soutient que le requérant n'a pas produit les décisions attaquées. Toutefois, le requérant a joint à sa requête l'avis des sommes à payer correspondant au titre exécutoire contesté. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de production de la décision attaquée ne peut être accueillie.

4. Enfin, les articles R. 772-5 à R. 772-10 du code de justice administrative comportent des dispositions particulières applicables à la présentation, à l'instruction et au jugement des requêtes relatives aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi. En vertu des articles R. 772-6 et R. 772-7, une requête de première instance, sauf si elle a été introduite par un avocat ou présentée sur un formulaire mis à la disposition des requérants par la juridiction administrative et contenant l'ensemble des informations requises, " ne peut être rejetée pour défaut ou pour insuffisance de motivation , notamment en application du 7° de l'article R. 222-1, qu'après que le requérant a été informé du rôle du juge administratif et de la nécessité de lui soumettre une argumentation propre à établir que la décision attaquée méconnaît ses droits et de lui transmettre, à cet effet, toutes les pièces justificatives utiles. / S'il y a lieu, le requérant est ainsi invité à régulariser sa requête dans le délai qui lui est imparti et dont le terme peut être fixé au-delà de l'expiration du délai de recours. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article

R. 772-8 : " Lorsque la requête lui est notifiée, le défendeur est tenu de communiquer au tribunal administratif l'ensemble du dossier constitué pour l'instruction de la demande tendant à l'attribution de la prestation ou de l'allocation ou à la reconnaissance du droit, objet de la requête ". Enfin, aux termes des deux premiers alinéas de l'article R. 772-9 : " La procédure contradictoire peut être poursuivie à l'audience sur les éléments de fait qui conditionnent l'attribution de la prestation ou de l'allocation ou la reconnaissance du droit, objet de la requête. / L'instruction est close soit après que les parties ou leurs mandataires ont formulé leurs observations orales, soit, si ces parties sont absentes ou ne sont pas représentées, après appel de leur affaire à l'audience. Toutefois, afin de permettre aux parties de verser des pièces complémentaires, le juge peut décider de différer la clôture de l'instruction à une date postérieure dont il les avise par tous moyens ". Il résulte de ces dispositions que le juge ne peut rejeter une requête entrant dans leur champ d'application au motif qu'elle ne comporte l'exposé d'aucun moyen ou qu'elle ne comporte que des moyens qui ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé - ce qui ne nécessite ni instruction contradictoire ni audience publique - sans avoir informé le requérant, sauf s'il est représenté par un avocat ou a utilisé le formulaire comportant ces informations, du rôle du juge administratif et de la nécessité de lui soumettre une argumentation propre à établir que la décision attaquée méconnaît ses droits et de lui transmettre, à cet effet, toutes les pièces justificatives utiles.

5. En l'espèce, à supposer, comme le soutient le département, que la requête de

M. A n'est pas motivée, cette requête a été introduite sans le ministère d'un avocat et l'intéressé n'a pas utilisé le formulaire mis à la disposition des requérants par la juridiction administrative et contenant l'ensemble des informations requises et n'a pas été informé par le juge de la nécessité de lui soumettre une argumentation propre à établir que la décision attaquée méconnaît ses droits et de lui transmettre, à cet effet, toutes les pièces justificatives utiles. Par suite, le requérant était en droit de motiver sa demande à tout moment de la procédure ce qu'il a d'ailleurs fait par l'intermédiaire de son avocat. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de motivation de la requête ne peut être accueillie.

En ce qui concerne le bien-fondé des conclusions :

6. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

7. En l'espèce, le titre exécutoire contesté mentionne qu'il correspond à un indu de revenu de solidarité active dit " socle " sans préciser la période couverte par cet indu. Si la lettre du 5 décembre 2022 de la caisse d'allocations familiales du Loiret précise le montant de l'indu et la période au titre de laquelle il est réclamé, le requérant soutient, sans être contredit, qu'il n'a pas reçu cette lettre. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'il n'a pas été régulièrement informé des bases et éléments de calcul de la dette dont il lui était demandé règlement.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre le titre exécutoire, que M. A est fondé à demander l'annulation du titre exécutoire du 26 mai 2023 émis par le président du conseil départemental du Loiret.

Sur les conclusions dirigées contre l'acte de saisie administrative à tiers détenteur du

13 septembre 2023 :

9. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales :

" () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. / () 7° Le recouvrement par les comptables publics compétents des titres rendus exécutoires dans les conditions prévues au présent article peut être assuré par voie de saisie administrative à tiers détenteur dans les conditions prévues à l'article L. 262 du livre des procédures fiscales. () ".

10. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

11. Il résulte de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

12. Il résulte de ce qui précède que le juge administratif n'est pas compétent pour connaître des conclusions de M. A dirigées contre l'avis de saisie administrative à tiers détenteur émis le 13 septembre 2023 par le payeur départemental du Loiret pour le recouvrement de l'allocation de solidarité active indûment perçue par l'intéressé. S'agissant d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles, il y a lieu de transmettre le dossier de la procédure, en application du premier alinéa de l'article

32 du décret du 27 février 2015 ainsi que des dispositions combinées de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire, du tableau VIII-III annexé à ce code et de l'article R. 142-10 du code de la sécurité sociale, au tribunal judiciaire de Paris, dans le ressort duquel M. A à son domicile.

Sur les frais du litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Loiret la somme de 1 500 euros que demande M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le dossier de la procédure opposant M. A au département du Loiret est transmis au tribunal judiciaire de Paris en tant qu'il porte sur la contestation de l'avis de saisie administrative à tiers détenteur émis le 13 septembre 2023 par le payeur départemental du Loiret.

Article 2 : Le titre exécutoire n° 3612 émis le 26 mai 2023 à l'encontre de M. A par le président du conseil départemental du Loiret pour avoir paiement de la somme de 9 629,46 euros de revenu de solidarité active indûment perçu est annulé.

Article 3 : Les conclusions de M. A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au président du tribunal judiciaire de Paris, à

M. B A et au département du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.

Le magistrat désigné,La greffière,

Jean-Michel DELANDRENathalie ARCHENAULT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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