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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304623

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304623

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304623
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMARIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 novembre 2023, M. B C, représenté par Me Mariette, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 septembre 2023 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'annuler la décision en date du 19 octobre 2023 du préfet d'Eure-et-Loir portant rétention de son passeport n°U22419996 valable du 3 octobre 2019 au 3 octobre 2029 ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours assortie d'une astreinte fixée à 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir en application des dispositions des articles L. 911-1, L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet d'Eure-et-Loir de procéder à un réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, assortie d'une astreinte fixée à 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour en application des dispositions des articles L. 911-1, L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative.

5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1.100 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

* En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* En ce qui concerne la décision portant refus du titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle en méconnaissance des dispositions l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le refus de titre de séjour qui fonde la décision attaquée est illégal ;

* En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français qui fonde la décision attaquée est illégale.

* En ce qui concerne la rétention du passeport :

- elle est illégale car elle est fondée sur un refus de titre de séjour illégal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc né le 6 novembre 1992 à Mersin (Turquie), est entré en France le 12 novembre 2021 muni d'un visa D long séjour valable du 30 octobre 2021 au 30 octobre 2022 en qualité de conjoint de français délivré sur le fondement de l'article L. 423-4 et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faisant suite à son mariage le 14 juillet 2021 avec Mme A D, ressortissante française née le 31 août 1987. M. C a déposé le 18 juillet 2022 auprès des services de la préfecture d'Eure-et-Loir une demande de renouvellement de titre en sa qualité de conjoint de français sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 29 septembre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination, au motif notamment que la communauté de vie était rompue depuis le 29 mai 2022 et que les conditions prévues par l'article L. 423-3 du code précité n'étaient dès lors plus remplies. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, les premiers vice-présidents des tribunaux et des cours, le vice-président du tribunal administratif de Paris, les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. () ".

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté du 29 septembre 2023 a été édicté par M. Yann Gérard, secrétaire général, pour le préfet et par délégation. Il ressort des informations disponibles et accessibles sur le site internet de la préfecture d'Eure-et-Loir que, par un arrêté en date du 23 septembre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Eure-et-Loir, le préfet a donné délégation à M. Yann Gérard, secrétaire général. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige qui manque en fait est manifestement infondé et doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". L'arrêté contesté du 29 septembre 2023 comporte les considérations de droit pertinentes et de fait qui en constituent le fondement au sens des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait est manifestement infondé et doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. M. C fait valoir qu'il exerce une activité professionnelle en CDI à temps complet au sein de la société Serkam Carrelage depuis le 31 mai 2022 en qualité d'ouvrier et se prévaut également de son intégration sur le territoire français en versant au dossier un contrat d'intégration républicaine du 24 février 2022 ainsi qu'une attestation de formation linguistique du 9 novembre 2023 de niveau A1 du Cadre européen commun de référence pour les langues (CERCRL). Toutefois, l'intéressé qui est entré en France depuis moins de deux ans à la date de l'arrêté querellé en France n'apporte aucune pièce qui justifierait qu'il a noué en France des liens particuliers sur le territoire français, ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Il ne fait valoir à l'appui de sa requête aucun élément susceptible de constituer une considération humanitaire ou un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code précité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de sa situation personnelle en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est manifestement pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peut ainsi qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

7. M. C soutient que la décision fixant le pays de destination serait insuffisamment motivée en fait. Il ressort toutefois de la seule lecture de celle-ci que le préfet d'Eure-et-Loir s'est fondé sur la nationalité de M. C après avoir considéré que ce dernier n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait est manifestement infondé et doit être écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux décrits aux points 3 à 6, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée./ Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour./ Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux décrits aux points 3 à 6, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant rétention du passeport :

11. Pour les mêmes motifs que ceux décrits aux points 3 à 6, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée par application des dispositions précitées de l'article R. 222-1, 7° du code de justice administrative.

Sur les frais du litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au préfet d'Eure-et-Loir.

Fait à Orléans, le 9 janvier 2025.

Le président de la 5e chambre,

Samuel DELIANCOURT

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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