vendredi 8 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2304778 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LARMANJAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 24 novembre 2023, le 21 décembre 2023 et le 1er octobre 2024, M. A H E D, représenté par Me Larmanjat, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel la préfète du Loiret a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer, dans un délai de deux mois et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, un titre de séjour l'autorisant à travailler et dans l'attente de lui délivrer sous huit jours une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ; subsidiairement, d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois et, dans l'attente de ce réexamen, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour sous huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil.
M. E D soutient que :
S'agissant du refus de titre de séjour :
- cette décision est entachée d'incompétence, en l'absence de communication de la délégation dont aurait bénéficié son signataire ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'en cas de retour au Cameroun il ne pourrait poursuivre son suivi médical tel qu'en France et ne pourrait probablement pas bénéficier d'antiviraux ;
- le refus de titre de séjour méconnaît également l'article L. 233-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est le père d'une enfant de nationalité italienne, membre de l'Union européenne, qu'il vit avec cette enfant et contribue à son entretien et à son éducation ;
- la préfète a entaché sa décision d'erreur de fait et d'absence d'examen de sa situation en ce qui concerne sa présence habituelle et continue sur le territoire français, l'existence d'une vie privée et familiale stable et ancienne, sa situation professionnelle ainsi que son état de santé ;
- la préfète a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision litigieuse sur sa situation personnelle ;
- la préfète a également méconnu l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité du refus de titre de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
M. E D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dorlencourt,
- et les observations de Me Larmanjat, représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. E D, ressortissant camerounais né le 8 février 1984, est entré en France le 5 mars 2016 sous couvert d'un visa de court séjour. S'étant maintenu irrégulièrement sur le territoire français après la fin de validité de ce visa, il a sollicité le 6 mars 2018 son admission au séjour en raison de son état de santé et a été muni pour ce motif d'une carte de séjour temporaire valable du 5 septembre 2018 au 4 septembre 2019 puis d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 22 octobre 2019 au 21 janvier 2021, renouvelée jusqu'au 5 mai 2023. Toutefois, par l'arrêté du 15 septembre 2023 attaqué, la préfète du Loiret a refusé de renouveler ce titre de séjour et a fait obligation à M. E D de quitter le territoire français.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. M. E D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 novembre 2023. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions de la requête :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général de la préfecture du Loiret. Par un arrêté du 11 septembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, Mme C B, préfète du Loiret, a donné délégation à M. F à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". En application de l'article L. 433-4 du même code, l'étranger qui a séjourné régulièrement pendant une année en France sous couvert notamment d'une carte de séjour temporaire peut bénéficier, sous réserve des conditions prévues par ces dispositions, d'une carte de séjour pluriannuelle qui porte la même mention que la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. Cette carte est renouvelée si l'étranger " continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il a été précédemment titulaire ".
5. Pour refuser de renouveler la carte de séjour pluriannuelle qui avait été délivrée à M. E D en qualité d'étranger malade, la préfète du Loiret s'est fondée sur l'avis émis le 21 août 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui a estimé que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut cependant bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et peut voyager sans risque vers ce dernier.
6. Il ressort des éléments produits à l'appui de la requête que M. E D est atteint d'une hépatite B pour laquelle il prend un traitement antiviral et bénéficie depuis 2018 d'un suivi régulier dans le service des maladies infectieuses de l'hôpital Saint-Louis à Paris. Ce suivi comporte, deux fois par an, la réalisation d'analyses de sang, d'une élastographie ultrasonore et d'un écho-doppler aorto-iliaque, ainsi qu'un rendez-vous de contrôle. En se bornant à citer un extrait d'un article de la société française de médecine d'urgence faisant état du faible taux de prise en charge par antiviraux des patients infectés par les virus de l'hépatite C et B au Cameroun, et à soutenir qu'en cas de retour dans ce pays " il ne pourrait poursuivre son suivi médical tel qu'en France et il est peu probable qu'il puisse bénéficier d'antiviraux ", le requérant n'apporte pas d'éléments suffisamment précis pour permettre d'infirmer l'avis du collège de médecins de l'OFII quant à la disponibilité dans son pays d'origine du traitement que nécessite son état de santé.
7. En troisième lieu, dès lors que M. E D n'a pas présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 233-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la préfète du Loiret n'a pas examiné d'office la possibilité de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, le requérant ne peut utilement se prévaloir de leur méconnaissance à l'appui des conclusions dirigées contre la décision attaquée.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. E D se prévaut, outre de sa durée de séjour sur le territoire français et du fait qu'il y exerce une activité professionnelle, de ses liens familiaux avec Mme G, ressortissante italienne résidant régulièrement en France, et avec l'enfant née le 9 avril 2023 de leur relation.
10. Toutefois, à supposer même que la production d'un bail conclu au nom de M. E D et de Mme G pour un appartement à Vigneux-sur-Seine (Essonne) à compter du 29 août 2023 et de factures relatives à cet appartement permette d'établir la réalité de la vie commune à compter de cette date, alors que Mme G résidait auparavant à Arpajon (Essonne), où est née l'enfant Nora D, et que tous les documents produits concernant la situation de M. E D - tant avant qu'après le 29 août 2023 - indiquent une adresse personnelle du requérant à Ingré (Loiret), cette vie commune serait ainsi récente à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, les quelques photographies produites par le requérant, ainsi que les captures d'écran de téléphone portable faisant état de virements au profit de Mme G ou retraçant des dépenses effectuées - d'ailleurs après l'intervention de l'arrêté attaqué - dans un supermarché proche de Vigneux-sur-Seine ne suffisent pas à établir la réalité des relations que le requérant entretiendrait avec sa fille. Enfin, si M. E D réside en France depuis 2016 et y exerce une activité professionnelle, d'une part il n'a résidé régulièrement sur le territoire français que sous couvert de titre de séjour en qualité d'étranger malade qui ne lui donnaient pas vocation à s'installer durablement sur ce territoire, d'autre part son activité non sédentaire de vendeur d'objets artisanaux décoratifs d'Afrique et d'autres produits non alimentaires et non réglementés ne lui procure que de faibles revenus. Par suite et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en tant qu'il est dirigé contre la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour de M. E D, doit être écarté. Eu égard aux mêmes éléments, la préfète du Loiret, qui a procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé et qui ne s'est pas fondée sur des faits matériellement erronés, n'a pas entaché d'erreur manifeste l'appréciation qu'elle a faite des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. E D.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Dès lors qu'ainsi qu'il a été dit ci-dessus la réalité des relations entretenues par M. E D avec sa fille n'est pas établie, et alors au surplus qu'il n'est fait état d'aucune circonstance qui ferait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale au Cameroun, pays d'origine du requérant, ou en Italie, pays dont Mme G et l'enfant ont la nationalité, la décision attaquée ne peut être regardée comme méconnaissant ces stipulations.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
12. D'une part, dès lors qu'il résulte de ce qui est dit aux points 3 à 11 ci-dessus que la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour de M. E D n'est pas entachée des illégalités alléguées, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale doit être écarté.
13. D'autre part, les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. E D méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. E D tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2023 attaqué doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée au profit du conseil de M. E D en application de ces dispositions et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. E D.
Article 2 : La requête de M. E D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A H E D et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
M. Lardennois, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
Hélène LE TOULLEC
Le président-rapporteur,
Frédéric DORLENCOURT
Le greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026