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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304792

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304792

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304792
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantFENZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Fenze, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le temps nécessaire au réexamen de sa situation administrative, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des frais engagés dans le cadre de cette procédure.

La requérante soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnait son droit à la santé ;

- il est entaché d'une erreur dans l'appréciation de son état de santé, dès lors que sa pathologie nécessite un traitement et une prise en charge médicale qu'elle ne pourrait obtenir dans son pays d'origine ;

- le préfet n'était pas tenu par l'avis défavorable du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante camerounaise née le 7 juillet 1952, a déclaré être entrée irrégulièrement en France le 10 mars 2020. Elle a sollicité, le 14 avril 2023, la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étrangère malade sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après avoir recueilli l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui s'est prononcé le 21 août 2023, le préfet d'Indre-et-Loire a pris à l'encontre de Mme A, le 20 octobre 2023, un arrêté portant refus de délivrance d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête ci-dessus analysée, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, pas plus que des mentions figurant dans l'arrêté attaqué, qu'en rappelant les termes de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le préfet se serait cru en situation de compétence liée pour refuser de délivrer à la requérante un titre de séjour, dès lors que cette décision mentionne qu'elle a été prise après un examen approfondi de sa situation. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. Pour refuser de délivrer à Mme A un titre de séjour en qualité d'étrangère malade, le préfet d'Indre-et-Loire s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 21 août 2023 qui a estimé que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel elle peut voyager sans risque. En l'espèce, Mme A, qui a levé le secret médical, fait valoir qu'elle est suivie par des médecins spécialistes pour un carcinome infiltrant mammaire gauche RH+, HER2, pT2pN1 traité par chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie et hormonothérapie et qu'elle bénéficie de traitements médicamenteux auxquels elle ne pourrait pas avoir accès au Cameroun ainsi que de soins planifiés nécessitant sa présence continue en France. Pour justifier ses allégations, et contredire l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, la requérante produit un compte-rendu détaillé de consultation établi le 6 septembre 2023 par un médecin de la clinique d'oncologie et radiothérapie du pôle cancérologie-urologie du centre hospitalier régional universitaire de Tours qui fait état de ses pathologies et souligne l'absence d'évènements intercurrents depuis la précédente consultation, rappelant que Mme A est également diabétique et qu'elle souffre d'hypertension artérielle. La requérante verse également au dossier un calendrier de ses rendez-vous médicaux à venir pour le suivi de son traitement en oncologie et radiothérapie, à raison d'un rendez-vous en janvier 2024, un en septembre 2024 et un en mars 2025. Toutefois, ces documents, qui ne comportent aucune indication sur la disponibilité du traitement médicamenteux et l'effectivité de l'accès aux soins de Mme A au Cameroun, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon laquelle un traitement approprié à son état de santé est disponible et accessible dans son pays d'origine. Par suite, en refusant de délivrer à la requérante un titre de séjour pour raisons de santé, le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur dans l'appréciation de l'état de santé de l'intéressée.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. [] ".

7. Mme A, qui est célibataire, est entrée récemment sur le territoire français en mars 2020 et s'y est maintenue pendant trois ans sans solliciter la régularisation de sa situation au regard du séjour. La requérante, qui a déclaré une adresse postale à la Croix Rouge et ne fait état d'aucune ressource, ne justifie pas d'une particulière insertion dans la société française et ne démontre pas avoir noué des liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire français. En particulier, si elle invoque la présence en France de sa fille de nationalité française, elle n'établit pas, et ne soutient même pas d'ailleurs, entretenir une quelconque relation avec cette dernière. En revanche, Mme A ne conteste pas ne pas être dépourvue d'attaches familiales au Cameroun où elle a vécu la plus grande partie de sa vie, soit jusqu'à l'âge de soixante-huit ans. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour contestée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Mme A soutient qu'elle sera soumise à un risque de traitements inhumains et dégradants au sens de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Cependant, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article est inopérant pour contester la décision par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, qui n'a pas, par elle-même, pour effet de renvoyer la requérante dans son pays d'origine. En tout état de cause, et ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, la requérante n'établit pas qu'elle ne pourrait pas poursuivre ses traitements médicaux ni bénéficier d'une prise en charge appropriée à son état de santé en cas de retour au Cameroun. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que de celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Patricia Rouault-Chalier, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

Patricia C

L'assesseure la plus ancienne,

Pauline BERNARD

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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