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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304793

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304793

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304793
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantDEZALLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 novembre 2023 et le 10 juillet 2024, M. B E A, représenté par Me Dézallé, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet d'Eure-et-Loir à sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, à verser à son conseil, une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative, 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet d'Eure-et-Loir qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Duplantier, substituant Me Dézallée, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 3 mars 2004, est entré en France le 17 février 2021 selon ses déclarations. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance et à sa majorité, il s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ", valable jusqu'au 19 mai 2023. Le 21 mars 2023, il sollicité le renouvellement de ce titre de séjour ainsi qu'un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé ayant obtenu le renouvellement de son titre de séjour en qualité de " travailleur temporaire ", il demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet d'Eure-et-Loir a implicitement rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

2. En premier lieu, le refus implicite opposé à la demande de M. A est réputé avoir été pris par le préfet d'Eure-et-Loir auquel il avait adressé sa demande. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice d'incompétence manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A a sollicité la communication des motifs de la décision attaquée en application des dispositions précitées. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit dès lors être écarté.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

6. M. A fait valoir qu'il est arrivé en France en 2021, qu'il est orphelin et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Il fait valoir également qu'il suit une formation en apprentissage en qualité de maçon et que sa scolarité est exemplaire. Toutefois, son intégration professionnelle, qui lui a d'ailleurs valu la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " est récente et il n'apporte aucun élément permettant d'établir son intégration sociale. En outre, sa vie privée et familiale ne peut être regardée comme ancrée en France compte tenu de son arrivée récente sur le territoire. Dès lors, le préfet d'Eure-et-Loir n'a pas, par la décision attaquée, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise, et n'a, par suite, pas méconnu les dispositions citées au point précédent. Pour les mêmes motifs, il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction. Il doit en être de même de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sophie Lesieux, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

Mme Fatoumata Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

La rapporteure,

Fatoumata CLa présidente,

Sophie LESIEUX

La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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