Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304794

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantTOUBALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2023, M. C B, représenté par Me Toubale, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans un délai de douze mois.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence en l'absence de délégation de pouvoir consentie à son signataire ;

- alors que le service de la main d'œuvre étrangère a émis un avis favorable sur son dossier, l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation professionnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de Loir-et-Cher qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier :

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant angolais né le 5 avril 1993, s'est vu octroyer un visa C Schengen de dix jours par les autorités italiennes et est entré irrégulièrement en France, selon ses dires, le 25 août 2019. Il a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée en procédure Dublin du fait de la compétence des autorités italiennes et de leur accord explicite du 26 février 2020. Un arrêté portant transfert a été notifié à l'intéressé le 7 juillet 2020, qui n'a pas été exécuté. M. B a présenté une nouvelle demande d'asile qui a été enregistrée en procédure accélérée et a donné lieu à une décision de rejet de la part de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 7 janvier 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 15 juillet suivant. Le 20 mars 2023, M. B a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 novembre 2023, le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la requête ci-dessus analysée, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Faustin Gaden, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 21 août 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de Loir-et-Cher, et au demeurant visé dans l'arrêté pris à l'encontre de M. B, M. D, préfet de Loir-et-Cher, a donné délégation à M. A à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Loir-et-Cher ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 7 novembre 2023 manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni de l'ensemble des pièces du dossier que le préfet de Loir-et-Cher n'aurait pas procédé à un examen sérieux et global de la situation de M. B. A cet égard, s'il est loisible au requérant de contester l'appréciation portée par l'autorité préfectorale sur son insertion professionnelle, dont il considère qu'elle est incohérente dès lors que son dossier a reçu un avis favorable du service de la main d'œuvre étrangère, cette divergence d'analyse ne suffit pas à établir l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation ni le défaut d'examen allégué. Le moyen doit, par suite, être écarté dans toutes ses branches.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. M. B se prévaut de sa présence en France depuis 2019 ainsi que de ses efforts d'intégration, en particulier dans les milieux associatifs et religieux. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé, qui est célibataire, n'établit pas avoir noué des liens personnels stables et d'une particulière intensité sur le territoire français, alors qu'il ne conteste pas ne pas être dépourvu d'attaches familiales en Angola où réside son enfant et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Si le requérant produit une attestation établie par le gérant de la société HMA qui indique qu'il a " fait une promesse d'embauche pour M. B ", ce document, au demeurant postérieur à l'arrêté attaqué et qui ne comporte aucune précision quant à la nature et aux conditions de l'emploi proposé, ne suffit pas à justifier d'une insertion professionnelle du requérant en France. De même, les circonstances qu'en 2021, il a suivi régulièrement des cours de français et qu'entre novembre 2019 et mai 2020, il est intervenu comme bénévole au sein de l'association " Relais orléanais " ne permettent pas d'attester d'une particulière intégration de l'intéressé au sein de la société française. Par suite, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 novembre 2023 du préfet de Loir-et-Cher portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par le requérant au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être également rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Patricia Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

Patricia E

L'assesseure la plus ancienne,

Mélanie PALIS DE KONINCK

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.