lundi 4 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2304820 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ECHCHAYB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 novembre 2023 et le 30 novembre 2023, M. A C, représenté par Me Echchayb, demande au tribunal :
1°) d'accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 27 novembre 2023 de la préfète du Loiret portant, d'une part, refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et, d'autre part, assignation à résidence dans le département pour une durée de 45 jours et obligations de présentation aux autorités de police ;
3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale ou " salarié " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, l'ensemble sous astreinte de 100 euros à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 500 euros au titre de ses frais de défense.
Il soutient que :
- les arrêtés contestés n'émanent pas d'une autorité bénéficiant d'une délégation de signature régulièrement consentie ;
- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé et procède d'un examen incomplet de sa situation ;
- il est irrégulier dès lors que la commission du titre de séjour avait rendu un avis favorable ;
- il méconnait le principe de confiance légitime compte tenu du sens de l'avis de cette commission et de la composition de celle-ci ;
- faute pour l'intéressé d'avoir été entendu par les services préfectoraux, le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français violent l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé compte tenu de sa triple pathologie et de l'entourage dont il ne peut bénéficier qu'en France ;
- il est entaché d'erreur de fait en l'absence de prise en compte de la promesse d'embauche dont dispose l'intéressé ;
- il méconnaît l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc ;
- les décisions attaquées méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de l'intensité des attaches privées et familiales en France ;
- le refus d'accorder un délai de départ volontaire est illégal du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- la décision portant assignation à résidence est insuffisamment motivée ;
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet ne justifie d'aucun risque de soustraction de l'intéressé à une mesure d'éloignement ;
- l'obligation de pointage est totalement disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, conclut au rejet de la requête.
Elle les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention entre la République française et le Royaume du Maroc signée à Rabat le 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lacassagne, président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1 à L. 777-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lacassagne,
- les observations de Me Echchayb pour M. C,
- les observations de M. C, requérant, en présence de M. B désigné en qualité d'interprète du requérant par le président du tribunal administratif.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain, est entré en France le 25 avril 2003, selon ses déclarations. Il a été mis en possession d'un titre de séjour le 7 juin 2004, en raison de son état de santé. Il a ensuite fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français puis d'un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière le 27 mai 2005. Sa nouvelle demande de titre de séjour en raison de son état de santé a été rejetée le 29 octobre 2013, décision assortie d'une obligation de quitter le territoire français, et le juge administratif a rejeté les recours formés contre ces décisions. Une autre demande de titre de séjour, fondée sur la vie privée et familiale, a été rejetée le 15 décembre 2015, décision également assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Le juge administratif a encore rejeté les recours formés contre ces décisions. Par une demande du 12 juillet 2021, réitérée le 14 septembre 2022, M. C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès de la préfète du Loiret. La préfète a pris, le 27 novembre 2023, un arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Elle a pris, le même jour, un autre arrêté portant assignation à résidence dans le département pour une durée de 45 jours et obligations de présentation aux autorités de police. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
La compétence du magistrat désigné :
2. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. C a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et assignation à résidence. La formation de droit commun du tribunal reste saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, des conclusions accessoires à ces dernières ainsi que de celles relatives au frais de l'instance.
Les conclusions dirigées contre les décisions contestées :
Sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et la fixation du pays d'éloignement :
3. En premier lieu, les arrêtés litigieux ont été signés, pour la préfète du Loiret, par M. Costaglioli, secrétaire général de la préfecture. Celui-ci avait reçu une délégation de signature du préfet, par un arrêté du 23 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet, notamment, " de signer: / 1) tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, et correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret, y compris tous les recours formés devant le juge administratif ou judiciaire et tous les mémoires transmis devant le juge administratif ou judiciaire. / Sont exclus de cette délégation : / les arrêtés portant élévation de conflit, / les réquisitions du comptable public () ". Les décisions relatives à l'administration de l'Etat dans le département pour lesquelles le préfet délègue sa signature comprennent, sauf s'il en est disposé autrement par l'arrêté portant délégation, les décisions préfectorales en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués émaneraient d'une autorité incompétente doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le refus de titre de séjour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment les textes applicables et les conditions d'entrée et de séjour de M. C en France, qui en constituent le fondement. Il est, par suite, motivé conformément aux exigences des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la préfète aurait omis de procéder à un examen approfondi de la situation de l'intéressé au regard du droit au séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de titre de séjour résulterait d'un examen incomplet de sa situation doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Par suite, alors même que la situation de M. C aurait rendu obligatoire la consultation de cette commission, l'avis de celle-ci ne liait pas l'autorité préfectorale. Dès lors, la circonstance que la préfète ne s'est pas conformée à l'avis favorable émis le 8 février 2023 par la commission du titre de séjour est sans incidence sur la légalité du refus de titre de séjour, sans que le requérant ne puisse par ailleurs utilement prétendre que ce refus méconnait le principe de confiance légitime compte tenu du sens de l'avis de cette commission et de la composition de celle-ci.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un État membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.
8. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas allégué que M. C aurait demandé en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Le requérant n'allègue pas davantage qu'il aurait tenté en vain de porter à la connaissance de l'administration des éléments pertinents relatifs à sa situation avant que ne soit prise la mesure d'éloignement, la question lui ayant d'ailleurs été explicitement posée lors de son audition par les forces de police en présence de son conseil, le 27 novembre 2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le requérant a été privé du droit d'être entendu résultant du principe général du droit de l'Union européenne doit être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987, publié par le décret n° 94-203 du 4 mars 1994 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" () ". S'il est constant que le requérant bénéficie d'une promesse d'embauche, il ne justifie d'aucun contrat de travail visé par les autorités compétentes. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision de refus de titre de séjour est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de cette promesse d'embauche et de méconnaissance de ces stipulations doivent être écartés.
10. En septième lieu, M. C se prévaut de son âge, de la durée particulièrement longue de son séjour sur le territoire français, de la circonstance qu'il souffre d'une triple pathologie psychiatrique, cardiaque et pulmonaire, de la présence en France d'un frère et des enfants de celui-ci, dont l'un l'héberge et l'accompagne quotidiennement, tous en situation régulière et de ses tentatives d'insertion par le travail. Toutefois, s'il est constant qu'il réside sur le territoire depuis près de 20 ans, il se trouve en situation irrégulière depuis au moins mai 2005 et a fait échec à plusieurs mesures d'éloignement. Il a résidé au Maroc, où se trouvent encore ses six enfants, pendant plus de quarante ans. S'il soutient n'avoir plus aucun lien avec ses enfants, il ne fournit à l'appui de cette affirmation aucun justificatif et ne l'assortit que d'un discours peu circonstancié. Par ailleurs, à propos de son état de santé, il ne produit aucun justificatif de la gravité des pathologies dont il souffre et les conséquences d'un refus de titre de séjour et d'un éloignement ne sont ni détaillées ni étayées. Enfin, son insertion par le travail est quasi inexistante et il a été constaté, tant par la commission du titre de séjour que lors de l'audience publique, qu'en dépit de la durée de son séjour, le requérant est quasiment dans l'impossibilité de s'exprimer en langue française, même oralement. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le refus de titre de séjour n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni, en tout état de cause faute de demande présentée sur ce fondement ou d'examen spontané par l'autorité préfectorale, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En huitième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, M. C n'est pas fondé à prétendre que le refus de titre de séjour est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle compte tenu de sa pathologie et de la présence de son entourage sur le territoire français.
12. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soulever à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité du refus de titre de séjour.
13. Par ailleurs, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale doit être écarté.
14. Enfin, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ". Il est constant que M. C n'a pas déféré à plusieurs obligations de quitter le territoire français qui lui ont été faites. Par suite, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées en refusant d'assortir l'obligation de quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays d'éloignement doivent être rejetées.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "
17. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment les textes applicables et les conditions de séjour de M. C en France, qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, motivée conformément aux exigences des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le requérant n'est pas fondé à en demander l'annulation.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence dans le département du Loiret pour une durée de 45 jours :
18. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 731-2 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 peut être placé en rétention en application de l'article L. 741-1, lorsqu'il ne présente plus de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement () ".
19. La décision portant assignation à résidence comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment les textes applicables et les conditions de séjour de M. C en France, qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, motivée conformément aux exigences des dispositions de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'elle est insuffisamment motivée.
20. Il résulte de ce qui a été dit au point 15 que le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10, du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
21. Il résulte des dispositions citées au point 18 que l'assignation à résidence n'est nullement soumise à la condition que l'intéressé présente des garanties de représentation propres à prévenir un risque de soustraction de la décision d'éloignement. Par suite, M. C ne peut utilement soutenir que la décision litigieuse serait illégale faute pour la préfète du Loiret de justifier d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement.
22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant assignation à résidence doivent être rejetées.
Sur les conclusions dirigées contre la décision fixant les obligations de présentation aux autorités de police :
23. Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". L'article L. 733-4 du même code dispose : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger assigné à résidence la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. "
24. Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.
25. La décision en litige assigne M. C à résidence dans le département du Loiret, et l'oblige à se présenter au commissariat de police d'Orléans, commune où il réside, chaque mardi et jeudi à 9 heures, à demeurer à son domicile tous les jours de 6 heures à 8 heures et à remettre à l'autorité administrative ses documents d'identité et son passeport. Si le requérant soutient que ces dispositions sont totalement disproportionnées dès lors qu'il n'a pas la volonté de fuir la France, cette circonstance, à la supposer établie, n'est de nature à démontrer ni une disproportion des mesures qu'il conteste ni une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
26. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation des arrêtés du 27 novembre 2023 en tant qu'ils comportent des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination, assignation à résidence et obligations de présentation aux autorités de police ne peut qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation des arrêtés du 27 novembre 2023 en tant qu'ils comportent des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français, assignation à résidence et obligations de présentation aux autorités de police sont rejetées.
Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par M. C est renvoyé à la formation de droit commun.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
Denis LACASSAGNE
La greffière,
Florence PINGUET
La greffière,
Florence PINGUET
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026