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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2304932

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2304932

lundi 11 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2304932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL WALTER & GARANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Dalibard, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté 2023-SPE-0053 du 27 juillet 2023 par lequel l'agence régionale de santé Centre-Val de Loire a refusé la demande de transfert de son officine de pharmacie située 31 avenue Gustave Eiffel à Tours vers de nouveaux locaux situés 15 rue de Thalès Millet ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 27 novembre 2023 par laquelle l'agence régionale de santé a rejeté son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre à l'agence régionale de santé Centre-Val de Loire de lui délivrer l'autorisation de transfert d'officine sollicitée dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir ou, à défaut, de lui enjoindre dans le même délai de procéder à une nouvelle instruction de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'agence régionale de santé Centre-Val de Loire la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'elle a conclu une promesse de bail avec la société propriétaire des locaux au sein desquels elle envisage de transférer son officine de pharmacie, dont le terme a été en dernier lieu fixé, après prolongation, au 31 décembre 2023 ; elle pourrait donc perdre le bénéfice de ces locaux professionnels et être ainsi empêchée de poursuivre durablement le développement de son activité au sein de ce quartier ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées qui sont entachées d'une erreur de droit en ce qu'elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 5125-3-1 du code de la santé publique, en l'absence de définition par l'agence régionale de santé du quartier d'origine et du quartier d'accueil ;

- est également de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de ces décisions, le moyen tiré de ce que l'agence régionale de santé, en s'appuyant sur la seule notion d'IRIS pour considérer que le transfert sollicité s'effectuerait au sein d'un autre quartier et que la desserte en médicaments ne serait pas ce faisant optimale, a commis une erreur dans l'appréciation de la notion de " quartier " ;

- il en va de même du moyen tiré de ce que les décisions attaquées méconnaissent les dispositions combinées des articles L. 5125-3-2 et L. 5125-3-3 du code de la santé publique ; en effet, l'officine étant transférée dans un même quartier, l'agence régionale de santé n'était tenue de se prononcer que sur les deux premiers critères fixés par l'article L. 5125-3-2, à savoir " les besoins de la population résidente " et le caractère optimal de la desserte en médicaments, et n'avait pas à faire référence au troisième critère afférent à l'approvisionnement d'une même population résidente ; par ailleurs, en considérant que le lieu d'implantation de l'officine se situait dans une " zone destinée à accueillir exclusivement des activités économiques ou commerciales, avec une faible densité de population résidente à proximité immédiate ", l'agence régionale de santé a tenu compte d'un critère non prévu.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 6 décembre 2023 sous le numéro 2304931 par laquelle Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2023 et de la décision du 27 novembre 2023 de l'agence régionale de santé Centre-Val de Loire.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rouault-Chalier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, pharmacienne titulaire et représentante de la pharmacie " Gustave Eiffel ", a sollicité le 16 mars 2023 de l'agence régionale de santé Centre-Val de Loire, l'autorisation de transférer son officine de pharmacie située 31 avenue Gustave Eiffel à Tours au sein de nouveaux locaux officinaux situés au 15 rue Thalès de Milet dans la même commune. A cette fin, elle a conclu avec la SCI Copenhague, propriétaire des nouveaux locaux, une promesse de bail conditionnée par l'obtention de cette autorisation. Par un arrêté du

27 juillet 2023, l'agence régionale de santé a refusé de faire droit à la demande de transfert puis, par une décision du 27 novembre 2023, a rejeté le recours gracieux exercé par Mme A. Ce sont les deux décisions dont Mme A demande à la juge des référés du tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour caractériser l'existence d'une situation d'urgence propre à justifier la suspension de l'exécution des décisions attaquées, Mme A fait valoir qu'elle a conclu avec la société propriétaire des locaux au sein desquels elle envisage de transférer son officine, une promesse de bail dont le terme, initialement fixé au 31 août 2023 et prolongé par avenant, est fixé au 31 décembre 2023. La requérante soutient que cette promesse de bail étant conditionnée par l'obtention de l'autorisation de l'agence régionale de santé Centre-Val de Loire, elle pourrait perdre le bénéfice de ces locaux professionnels et, ainsi, être empêchée de poursuivre durablement le développement de son activité au sein de ce quartier. Toutefois, d'une part, il n'est pas établi, ni même allégué d'ailleurs, que cette promesse de bail ne pourrait pas faire l'objet d'une nouvelle prolongation. D'autre part, et surtout, les décisions contestées, qui se bornent à refuser le transfert d'officine sollicité par la requérante, n'emportent par elles-mêmes aucune conséquence ni sur la poursuite de l'activité professionnelle de l'intéressée ni sur le fonctionnement et les résultats de la pharmacie qu'elle exploite actuellement. Dans ces conditions, Mme A ne peut être regardée comme établissant l'existence d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 de ce même code et de rejeter la requête dans toutes ses conclusions, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie de la présente ordonnance sera adressée pour information à l'agence régionale de santé Centre-Val de Loire.

Fait à Orléans, le 11 décembre 2023.

La juge des référés,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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