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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2305037

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2305037

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2305037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARLU HAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Hagege, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2023 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir ou à tout préfet territorialement compétent, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui délivrer, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elles sont entachées d'erreurs de fait ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 14 décembre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un jugement du 18 décembre 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif d'Orléans a statué sur les conclusions de la requête dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lardennois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 30 avril 1976, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français pour la dernière fois en août 2016 sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " résident longue durée - UE " d'une validité illimitée, délivré par les autorités italiennes le 22 août 2016. Le 26 juin 2019, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " auprès des services de la préfecture de police de Paris. Par un arrêté du 23 octobre suivant, le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. N'ayant pas déféré à la mesure d'éloignement prise à son encontre, il a présenté, le 5 septembre 2022, auprès des services de la préfecture d'Eure-et-Loir une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par l'arrêté attaqué du 11 décembre 2023, le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par deux requêtes enregistrées le 12 décembre 2023, M. B a sollicité du tribunal administratif l'annulation de ces arrêtés. Par un jugement du 18 décembre 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif d'Orléans a rejeté les conclusions de la requête enregistrée sous le numéro 2305038 dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour pour une durée d'un an et a rejeté la requête tendant à l'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence. La formation collégiale est saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 11 décembre 2023 portant refus de titre de séjour, des conclusions à fin d'injonction s'y rattachant et des conclusions présentées au titre des frais de l'instance.

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 435-1, ainsi que l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet d'Eure-et-Loir a fait application. Il expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, notamment s'agissant de ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français et de sa situation au regard de l'emploi, sur lesquelles le préfet, qui n'était pas tenu d'indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait invoqués, s'est fondé pour refuser à l'intéressé le titre de séjour sollicité. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3 En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des mentions de la décision contestée que le préfet d'Eure-et-Loir, qui a examiné la demande de M. B non seulement au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de son pouvoir discrétionnaire mais aussi au regard des stipulations de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et au vu de l'avis favorable émis le 24 octobre 2022 par la plateforme de la main d'œuvre étrangère sur la demande d'autorisation de travail présenté par le gérant de la société employant l'intéressé, n'aurait pas procédé, comme il y était tenu, à un examen particulier de la situation de M. B. Si le requérant fait valoir que le défaut d'examen particulier de sa situation est notamment révélé par le fait que le préfet d'Eure-et-Loir a mentionné à tort dans sa décision que son épouse se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français, cette erreur de fait, admise par le préfet dans son mémoire en défense, n'est pas de nature à caractériser un défaut d'examen sérieux de la situation de M. B et est, en tout état de cause, sans influence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il avait considéré que l'épouse du requérant résidait en Tunisie. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. B doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

5. D'une part, concernant la situation professionnelle de M. B, il ressort des pièces du dossier que le requérant justifie de plusieurs périodes de travail en qualité de technicien qualifié dans le domaine des machines à coudre et de repassage et de deux contrats de travail à durée indéterminée conclus en 2017 et 2022. Il présente, par ailleurs, des documents attestant qu'il a suivi diverses formations. Toutefois, il ne démontre pas être titulaire de diplômes ou d'une qualification dans un métier caractérisé par des difficultés de recrutement. Dès lors, quand bien même le service de la main-d'œuvre étrangère a rendu un avis favorable sur la demande d'autorisation de travail présentée par le gérant de la société " Glasman et cie " pour M. B, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, une erreur de fait ou une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié.

6. D'autre part, concernant la situation personnelle de M. B, il est constant que le requérant est marié depuis 2021 à une ressortissante tunisienne qui réside en Tunisie, de même que ses parents et ses cinq frères et sœurs. Par suite, alors que M. B n'apporte pas d'éléments pour démontrer l'intensité des liens qu'il aurait noués sur le territoire français et qu'il reconnaît lui-même n'être entré pour la première fois sur le territoire français qu'en 2013 alors qu'il était âgé de trente-sept ans, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet d'Eure-et-Loir aurait entaché sa décision d'une erreur de fait ou commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point précédent, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet d'Eure-et-Loir aurait porté une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête présentée par M. B à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision du 11 décembre 2023 du préfet d'Eure-et-Loir portant refus de titre de séjour ainsi que les conclusions à fin d'injonction s'y rattachant et ses conclusions relatives aux frais de l'instance sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

Stéphane LARDENNOIS

Le président,

Frédéric DORLENCOURT

Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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