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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2305099

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2305099

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2305099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBELLAL NORDINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 décembre 2023, M. G F, représenté par Me Bellal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2023 par lequel le préfet d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement, lui a fait interdiction de revenir sur le territoire, ensemble l'arrêté du même jour l'assignant à résidence dans le département d'Indre-et-Loire pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre et Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, dans l'attente de sa régularisation par la délivrance d'une carte de séjour " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que le signataire de la décision aurait reçu délégation à ce titre ;

- la décision est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- elle méconnaît le considérant n° 6 la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen du 16 décembre 2008 ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions des articles 6.4 et 6.5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît la circulaire INTK12291885C du 28 novembre 2012 dite " circulaire Valls " relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;

- elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la compétence du signataire de la décision contestée n'est pas établie ;

- la décision fixant l'Algérie comme pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L.513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il encourt des risques pour sa sécurité en cas de retour en Algérie ;

S'agissant de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 19 décembre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Defranc-Dousset pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Defranc-Dousset

- les observations de Me Bellal, représentant M. F, présent ; Me Bellal a insisté sur le fait que M. F n'a jamais commis les actes de violence reprochés, qui plus est sur les enfants de sa compagne issus de ses précédentes unions. Il a indiqué que le requérant est désormais père d'un enfant français et qu'il envisage de se marier avec sa compagne lorsque le divorce de celle-ci aura été prononcé.

Il a par ailleurs précisé qu'il renonce aux moyens soulevés à l'encontre d'une interdiction de retour sur le territoire qui n'a pas été expressément prononcée à l'encontre du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. G F, ressortissant algérien né le 18 mai 1986 est, selon ses déclarations, entré en France en 2016. Il a été interpellé par les services de gendarmerie d'Indre-et-Loire le 14 décembre 2023 et placé en garde à vue pour des faits de violence sur mineurs. Par un arrêté du 15 décembre 2023, le préfet d'Indre-et-Loire lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit. Par un second arrêté du même jour, il l'a assigné à résidence dans le département pour une durée de 45 jours. M. F demande l'annulation de ces deux arrêtés qui lui ont été notifiés le jour de leur édiction.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

S'agissant de la compétence du signataire des décisions contestées :

2. Les arrêtés contestés, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, d'une part et assignant M. F à résidence, d'autre part, ont été signés par Mme Nadia Seghier, secrétaire générale de la préfecture d'Indre-et-Loire laquelle disposait, aux termes d'un arrêté du 16 janvier 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature accordée par M. D C, préfet d'Indre-et-Loire, à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'État dans le département ou de l'exercice des pouvoirs de police administrative, générale ou spéciale, du préfet, y compris : / - les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision contestée, vise l'ensemble des textes dont il a été fait application et, notamment l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que les articles L.611-1, L.611-3, L.612-1, L.612-2, L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indiquent les motifs pour lesquels il est fait obligation à M. F de quitter le territoire français, lequel s'est maintenu depuis plusieurs années sur le territoire français sans régulariser sa situation et aurait porté atteinte à l'ordre public. La décision mentionne également les éléments relatifs à sa situation familiale et indique l'absence de risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, elle est suffisamment motivée et le moyen doit être écarté.

4. En second lieu, alors qu'il ressort tant de la décision contestée que des écritures en défense du préfet qu'il a été procédé à un examen approfondi de la situation de M. F, le moyen tiré de la méconnaissance des objectifs fixés par la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier et plus spécialement de son considérant 6 doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes des articles 6.4 et 6.5 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : (.) 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. () ".

6. Si le requérant soutient que l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 6.4) de l'accord franco-algérien rappelées au point précédent, il ressort des pièces du dossier qu'entré irrégulièrement sur le territoire français en 2016, M. F ne soutient ni même n'allègue avoir présenté une demande visant à obtenir la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen en tant qu'il est dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français est inopérant et doit être écarté.

7. Par ailleurs, alors ainsi qu'il vient d'être dit au point précédent que l'intéressé n'a jamais présenté de demande de titre de séjour, il ne peut davantage soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaitrait les stipulations de l'article 6.5) de l'accord franco-algérien. Le moyen doit être écarté comme inopérant.

8. En cinquième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des orientations générales de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur, dépourvues de caractère règlementaire, alors au surplus qu'il n'a jamais déposé de demande de titre de séjour.

9. Le requérant soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. A l'appui de sa contestation, il expose qu'il est entré sur le territoire en 2016 et y réside depuis cette date, qu'après avoir vécu à Lille et en région parisienne, il a rencontré il y a deux ans Mme A E, ressortissante française, avec laquelle il entretient une communauté de vie. Mme E a donné naissance à leur enfant, B né le 21 novembre 2023, qu'il a reconnu par anticipation le 29 septembre 2023 et à l'entretien duquel il contribue depuis sa naissance. Toutefois, si le préfet s'est notamment fondé pour prononcer la décision contestée sur la circonstance que M. F a été interpellé pour des faits de violence sur mineurs et doit être regardé à ce titre comme portant atteinte à l'ordre public, il ressort des pièces du dossier qu'il a été auditionné par la gendarmerie de Chinon et qu'à la suite de cette audition, la procédure engagée a été classée sans suite, l'infraction reprochée étant insuffisamment caractérisée.

10. Cependant, le préfet a également retenu pour fonder sa décision que M. F, entré irrégulièrement sur le territoire en 2016, n'a jamais entrepris de démarche pour régulariser sa situation et n'établit pas être inséré socialement. En outre, si l'intéressé déclare vivre en concubinage avec Mme E, les documents produits montrent que ce concubinage est relativement récent. Dans ces conditions, la seule circonstance qu'il est père d'un enfant français, dont la naissance date de moins d'un mois, ne suffit pas à établir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porte atteinte de manière disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale alors qu'il n'établit pas contribuer à l'entretien de son enfant, confirmant être sans ressources, ni être dans l'impossibilité de retourner en Algérie où résident ses parents ainsi que ses frères et sœurs, pour obtenir un visa lui permettant de revenir régulièrement sur le territoire. Par suite, la décision contestée, qui ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation du requérant.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de M. F dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi

12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Si le requérant soutient dans le cadre de la présence instance qu'il encourt des risques pour sa sécurité en cas de retour en Algérie, arguant de ce qu'il a participé à des manifestations démocratiques et s'est engagé contre le régime politique en place, lors de son audition par les services de police il a indiqué ne pas craindre pour sa sécurité en Algérie mais souhaiter rester en France. En tout état de cause, ses allégations concernant les risques encourus en cas de retour dans son pays ne sont pas établies. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point précédent que les conclusions de M. F tendant à l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction

14. Les conclusions à fin d'annulation des décisions contestées par M. F étant rejetées, ses conclusions à fin d'injonction, lesquelles sont au demeurant irrecevables dès lors qu'il n'a pas présenté de demande de titre de séjour, doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G F et au préfet d'Indre-et-Loire.

Copie en sera adressée pour information à Me Bellal

Lu en audience publique le 22 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

Hélène DEFRANC-DOUSSET

Le greffier,

Nathalie ARCHENAULT

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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