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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2305138

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2305138

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2305138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 décembre 2023 et le 2 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays d'origine, la Côte d'Ivoire, ou tout autre pays dans lequel elle est légalement admissible, comme pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant à titre principal la mention " vie privée et familiale " et à titre subsidiaire la mention " salarié " ou, à défaut, de reprendre l'instruction de son dossier et, dans l'intervalle, de l'admettre au séjour, au besoin sous astreinte de 100 euros par jour de retard, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 300 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'a pas été précédée d'un examen personnel et attentif de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'elle réside en France depuis plus de huit ans et justifie d'une très bonne intégration ;

- elle méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle justifie de son parcours scolaire et universitaire en France depuis l'âge de treize ans ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle atteste du caractère réel et sérieux des études qu'elle poursuit ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistrée le 12 avril 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle a été enregistrée après l'expiration du délai de recours contentieux ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Bernard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née le 9 décembre 2001, de nationalité ivoirienne, déclare être entrée en France avec sa mère, le 10 juillet 2015. Le 10 mai 2022, une carte de séjour portant la mention " étudiant ", valable jusqu'au 11 avril 2023, lui a été délivrée. Le 14 février 2023, elle a sollicité une carte de séjour portant la mention " salarié ", sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au titre de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code. Par un arrêté du 15 septembre 2023, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de Mme A avant de prendre la décision contestée. En particulier, elle rappelle les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français de la requérante et, notamment, ses précédentes démarches menées pour régulariser sa situation administrative, son parcours scolaire puis professionnel. Le moyen tiré d'un défaut d'examen personnel et attentif doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

4. Mme A, célibataire et sans charge de famille, déclare être entrée sur le territoire français le 10 juillet 2015, accompagnée de sa mère. Elle se prévaut de son parcours scolaire, ayant été scolarisée en France de la classe de quatrième jusqu'au brevet de technicien supérieur qu'elle a obtenu en septembre 2022. Elle produit, d'une part, un certificat de scolarité et des bulletins de note pour les années 2015-2016, 2016-2017, 2018-2019 et 2020 à 2022, son diplôme du brevet des collèges et de brevet d'études professionnelles et, d'autre part, des bulletins de paye de septembre à décembre 2022. Toutefois, ces éléments ne suffisent pas à attester d'une particulière insertion de la requérante sur le territoire français. Par ailleurs, Mme A ne produit aucun élément de nature à justifier de l'existence de relations familiales et personnelles anciennes et stables en France, se bornant à soutenir qu'elle y réside avec ses deux frères et leur mère, cette dernière étant, au demeurant, également entrée irrégulièrement sur le territoire français. Dans ces circonstances, la préfète du Loiret n'a pas, en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme A, méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De même, au regard des buts en vue desquels elle a été prise, la décision attaquée ne porte pas, en l'espèce, une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, les moyens doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du formulaire de demande de titre de séjour produit par la préfète du Loiret à l'appui de son mémoire en défense, que Mme A n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais uniquement au titre des articles L. 423-23 et L. 421-1 du même code. Par suite, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées. Le moyen doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète du Loiret du 15 septembre 2023 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense. Il y a lieu également de rejeter, ensemble et par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

Mme Palis De Koninck, première conseillère,

Mme Bernard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

Pauline BERNARD

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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