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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2305180

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2305180

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2305180
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Orléans a rejeté les requêtes de M. A, ressortissant malien, qui contestait les décisions de la préfète du Loiret refusant de lui délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » tout en lui renouvelant un titre « travailleur temporaire ». Le tribunal a jugé que les signataires des décisions disposaient d’une délégation de signature régulière, écartant ainsi le moyen d’incompétence. La solution retenue s’appuie sur l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 13 juillet 2023 sous le n° 2302873, M. C A, représenté par Me Greffard-Poisson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 janvier 2023 de la préfète du Loiret en tant qu'elle lui refuse la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer le titre de séjour sollicité, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, à verser à son conseil, une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 23 juillet 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mai 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2023 sous le n° 2305180, M. C A, représenté par Me Greffard-Poisson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 juillet 2023 de la préfète du Loiret en tant qu'elle lui refuse la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer le titre de séjour sollicité, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, à verser à son conseil, une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 23 juillet 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant malien né le 18 février 1998, est entré en France en décembre 2014 selon ses déclarations, quelques mois après son seizième anniversaire. Il a alors été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité. Il s'est ensuite vu délivrer un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " valable jusqu'au 30 juin 2022. Le 10 juin 2022, il a sollicité un changement de statut afin d'obtenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article

L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux décisions des 30 janvier 2023 et 12 juillet 2023, la préfète du Loiret a rejeté sa demande mais lui a renouvelé son titre de séjour en qualité de " travailleur temporaire ". M. A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions en tant qu'elle lui refuse la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2305180 et n° 2302873, présentées par M. A, présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la légalité des décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté en date du 27 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Loiret du même jour, la préfète du Loiret a, d'une part, donné délégation à M. Benoît Lemaire, secrétaire général, aux fins de signer " tous arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour et d'autre part, donné délégation à M. Christophe Carol, secrétaire général adjoint, aux fins de signer les mêmes actes en cas d'absence ou d'empêchement de M. Benoît Lemaire. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence des signataires respectifs des décisions des 30 janvier 2023 et 12 juillet 2023, et ce alors qu'il n'est pas établi, ni même allégué, que M. B n'aurait pas été absent ou empêché à cette dernière date, manquent en fait et doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Pour justifier qu'il remplit les conditions d'octroi d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", M. A fait valoir la durée de sa présence en France, son intégration malgré ses difficultés cognitives, et en particulier ses efforts de formation et la conclusion, le 4 octobre 2019, d'un contrat de soutien et d'aide par le travail avec l'ESAT

Paul-LEBRETON à Saint-Jean de Braye, ainsi que la précarisation qu'implique l'octroi d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". Toutefois, si le requérant justifie d'une intégration professionnelle depuis le 1er octobre 2019, ce qui lui a valu la délivrance successive d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ", il n'apporte aucun élément, autre que deux attestations de ses " parrains ", permettant d'établir son intégration sociale. Âgé de vingt-cinq ans, à la date des décisions attaquées, il est célibataire et ne justifie d'aucune autre attache familiale en France. Par ailleurs, la seule circonstance que la délivrance d'un titre de séjour d'un an en qualité de travailleur temporaire le contraint à renouveler les démarches chaque année ne permet pas d'établir qu'une atteinte a été portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par le refus du titre demandé. Dès lors, la préfète du Loiret n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations et dispositions citées au point précédent. Pour les mêmes motifs, elle n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du 30 janvier 2023 et du 12 juillet 2023 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sophie Lesieux, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

Mme Fatoumata Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

La présidente,

Fatoumata D

Sophie LESIEUX

La greffière,

Nadine REUBRECHT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2302873, 2305180

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