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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2305254

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2305254

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2305254
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFROUJY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 25 décembre 2023 et le 3 juillet 2024, M. A, représenté par Me Asmaa Froujy, avocate, demande au président du tribunal :

1°/ d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a imposé une obligation de présentation au commissariat de Vendôme les mardis et jeudis à 8h30 ;

2°/ d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a assigné à résidence pendant une durée de 45 jours et lui a imposé une obligation de présentation au commissariat de Vendôme les mardis et jeudis à 8h30 ;

3°/ d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou alors la mention " salarié ", dans un délai de 15 jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en lui attribuant une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 48 heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°/ de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est affectée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et obligation de pointage :

- elles sont illégales du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- elles sont affectées d'erreur de fait ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les décisions portant assignation à résidence pendant 45 jours et obligation de pointage :

- elles doivent être annulées par voie de conséquence de celle de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elles sont disproportionnées au but poursuivi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier :

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

L'instruction a été clôturée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 14 mars 1986, assigné à résidence, demande au président du tribunal d'annuler, d'une part, l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a imposé une obligation de présentation au commissariat de Vendôme les mardis et jeudis à 8h30, et, d'autre part, l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a assigné à résidence pendant une durée de 45 jours et lui a imposé une obligation de présentation au commissariat de Vendôme les mardis et jeudis à 8h30.

Sur les conclusions dirigées à l'encontre du refus de séjour :

2. En application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, si le président du tribunal est compétent pour connaître des conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ volontaire, détermination du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français, assignation à résidence et obligation de présentation ou de pointage, ainsi que des conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent, il ne lui appartient pas, en revanche, de se prononcer sur les conclusions dirigées contre une décision relative au séjour ni sur les conclusions à fin d'injonction y afférentes, qui relèvent, eu égard au fondement de la mesure d'éloignement, de compétence de la formation collégiale du tribunal. En l'espèce, il y a lieu de renvoyer à cette formation collégiale les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision de refus d'admission au séjour, les conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent ainsi que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions dirigées à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et obligation de pointage :

En ce qui concerne l'exception d'illégalité du refus de séjour :

3. La décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée même si elle ne comporte pas l'ensemble des éléments dont M. A entend se prévaloir. La circonstance que la décision contestée contiendrait des faits erronés n'est pas de nature à en altérer la motivation formelle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A fait valoir qu'il est entré en France régulièrement le 15 juin 2019 sous couvert d'un visa de court séjour et qu'il réside en France depuis lors, qu'il a été recruté en mai 2021 par la société eurélienne BECP en qualité d'ouvrier en charpente métallique, soit dans un domaine correspondant à sa formation et à son expérience, et que, contrairement aux mentions de la décision attaquée, il dispose désormais d'un contrat à durée indéterminée et gagne confortablement sa vie, son employeur ayant obtenu un avis favorable du SMOE, qu'il a rencontré en août 2021 une ressortissante française, mère de trois enfants issus d'une précédente union, avec laquelle la vie commune a débuté en octobre 2022, il a contracté un PACS le 30 mai 2024, le couple essayant d'avoir un enfant et souhaitant se marier dès la régularisation de la situation administrative de l'intéressé, que ses frères, qui vivent régulièrement en France et l'ont hébergé un temps, sont mariés et parents d'enfants français, qu'il est parfaitement intégré au sein de sa belle-famille avec qui il passe de bons moments et que son petit frère est marié à la fille de sa compagne, qu'il a également des cousins en France, et enfin qu'il est inconnu des services de police et n'a donc jamais constitué un trouble à l'ordre public. Toutefois, compte tenu du caractère récent des relations personnelles, familiales et professionnelles qu'il a nouées en France à la date de la décision portant refus de séjour du 20 décembre 2023, alors qu'il a vécu 33 ans en Tunisie, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Si M. A soutient que la décision attaquée est affectée d'erreurs de fait concernant en particulier son concubinage et la durée de son contrat de travail, il ressort des pièces du dossier que, si le refus de séjour repose sur quelques faits matériellement inexacts, le préfet de Loir-et-Cher aurait opposé à l'intéressé le même refus à l'aune des autres faits robustes et motifs fondés.

7. Pour les motifs exposés aux points 5 et 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences du refus de séjour sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité du refus de séjour invoquée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens :

9. En l'absence d'illégalité établie de la décision portant refus de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et obligation de présentation à un commissariat de police ne sont pas vouées à l'annulation par voie de conséquence.

10. Pour les motifs exposés aux points 5 et 6, les moyens tirés de l'erreur de fait comme de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a imposé une obligation de présentation au commissariat de Vendôme les mardis et jeudis à 8h30 doivent être rejetées.

Sur les conclusions dirigées à l'encontre de l'arrêté d'assignation à résidence :

12. En l'absence d'illégalité établie et d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision portant assignation à résidence n'est pas vouée à l'annulation par voie de conséquence.

13. En tant qu'il fixe une obligation de présentation au commissariat de Vendôme les mardis et jeudis à 8h30, l'arrêté du 1er juillet 2024 du préfet de Loir-et-Cher ne détermine pas des modalités entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a assigné à résidence pendant une durée de 45 jours en lui imposant une obligation de présentation doivent être rejetées.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. A dirigées contre la décision du 20 décembre 2023 du préfet de Loir-et-Cher portant refus d'admission au séjour et les conclusions en injonction y afférentes sont renvoyées à la formation collégiale du tribunal administratif d'Orléans pour qu'il soit statué.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

Benoist B

La greffière,

Céline BOISGARD

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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