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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2305265

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2305265

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2305265
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantECHCHAYB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 décembre 2023, M. D C, représenté par Me Echchayb, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade ou, à défaut, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa demande après l'avoir soumise pour avis à la commission du titre de séjour des étrangers et du droit d'asile, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été entendu et mis à même de présenter des observations orales avant qu'il ne soit pris ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il n'a pas été destinataire de l'avis du collège de médecins de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- cet avis est illégal ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, la préfète n'ayant pas fait usage de son pouvoir d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision implique son retour dans son pays d'origine, situation qui est inenvisageable.

Par un mémoire enregistré le 11 juin 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Termeau, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Toullec.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant géorgien, né le 18 mars 1995, est entré en France le 31 août 2021, selon ses déclarations. Il a, le 21 octobre 2021, déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 septembre 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 janvier 2023. Il a alors fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 24 février 2023. Il n'a pas déféré à cette mesure et a, le 23 juillet 2023, déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 novembre 2023, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général de la préfecture du Loiret, qui bénéficiait d'une délégation de signature du 23 octobre 2023 de Mme B A, préfète du Loiret, publiée le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret () " à l'exception des arrêtés portant élévation de conflit et des réquisitions de comptable public. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles la préfète du Loiret s'est fondée, est suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été entendu ni mis à même de présenter des observations orales avant que cet acte ne soit pris. Toutefois, M. C, qui a déposé une demande de titre de séjour, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne fussent prises les décisions contestées et qui, si elles avaient pu être communiquées en temps utile, auraient été de nature à y faire obstacle. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit du requérant à être entendu doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que cet arrêté serait entaché d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant et que la préfète n'aurait pas fait usage de son pouvoir d'appréciation.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

7. D'une part, le requérant soutient que l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) émis le 2 novembre 2023 est illégal et qu'il n'a pas été destinataire de cet avis. Toutefois, à la suite de la production par la préfète du Loiret de l'avis du 2 novembre 2023 ainsi que du bordereau de transmission, le requérant n'a pas développé son moyen tiré de l'illégalité de l'avis. Par ailleurs, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que l'autorité administrative est tenue de communiquer l'avis du collège de médecins de l'OFII à l'étranger qui sollicite un titre de séjour en raison de son état de santé.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, pour refuser d'admettre au séjour M. C en qualité d'étranger malade, la préfète du Loiret s'est fondée sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 2 novembre 2023 qui mentionne que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il lui permet néanmoins de voyager sans risque à destination de son pays d'origine, où, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé, il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié. Il ressort des pièces médicales produites que le requérant est atteint de paraplégie et souffre de douleurs neuropathiques chroniques ainsi que d'une incontinence urinaire nécessitant une sonde à demeure. Il suit un traitement médicamenteux - qui, selon le dossier médical établi le 6 décembre 2023, comprend de la duloxetine, du Seresta, du Lyrica et du Doliprane - et doit changer la sonde urinaire toutes les six semaines. Si le requérant soutient qu'il ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Géorgie, il n'apporte aucune pièce à l'appui de son allégation. S'il ne se déplace qu'en fauteuil roulant et nécessite une assistance pour les gestes du quotidien, il n'établit pas être, ainsi qu'il le soutient, dans l'incapacité physique de retourner dans son pays d'origine. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour contestée méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En sixième lieu, en soutenant que la préfète du Loiret a fait une inexacte application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où il dispose d'attaches familiales et amicales en France, le requérant doit être regardé comme invoquant la méconnaissance de l'article L. 423-23 de ce code. Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article. Par ailleurs, la préfète n'a pas examiné d'office la situation du requérant sur ce fondement. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et doit être écarté.

10. En septième lieu, dès lors que l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour n'est pas établie, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

11. En huitième lieu, le requérant ne réside en France que depuis deux ans à la date de l'arrêté attaqué. Sa compagne, de nationalité géorgienne, née le 17 août 2000, est également en situation irrégulière. En outre, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français attaquée ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

12. En neuvième lieu, dès lors que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

13. En dernier lieu, si le requérant soutient que son retour définitif en Géorgie constitue une " situation inenvisageable ", il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La rapporteure,

Hélène LE TOULLEC

Le président,

Frédéric DORLENCOURTLa greffière,

Isabelle METEAU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2305265

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