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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2305289

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2305289

mercredi 14 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2305289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantPETIT FRERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 décembre 2023 et 23 et 30 janvier 2024, Mme C A, représentée par Me Renel Petit Frère, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour dans le délai de quinze jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'arrêté est insuffisamment motivé, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Johan Hervois, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le

26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Petit Frère, avocat de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante de la République de Guinée née le 14 juin 1999, a déclaré être entrée en France le 12 avril 2021 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 30 août 2021, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Dans le cadre de la procédure Dublin, l'Italie a donné son accord à la réadmission de l'intéressée le 26 octobre 2021. A l'issue de la procédure et en l'absence de transfert dans le délai imparti, sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 12 décembre 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 30 mai 2023 par la cour nationale du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 28 novembre 2023, la préfète du Loiret l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la République de Guinée.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la requête :

4. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. ".

5. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire attaquée du 28 novembre 2023 vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, la convention de Schengen, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code des relations entre le public et l'administration et mentionne les éléments de fait propres à la situation de la requérante, notamment relatif à sa situation familiale, à raison desquels la préfète l'a obligée à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Ainsi, même si elle ne mentionne pas le deuxième enfant de l'intéressée, l'obligation de quitter le territoire est suffisamment motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'arrêté rappelle la nationalité de la requérante et les décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides et précise que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou dans le pays dans lequel elle établit être légalement admissible et que la décision ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est également suffisamment motivée. Enfin, l'arrêté rappelle les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que nonobstant la circonstance que l'intéressée n'a pas déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public, la requérante ne peut justifier d'une ancienneté de présence sur le territoire français et d'une vie familiale ou amicale établie sur ce territoire car elle a déclaré vivre en concubinage avec un ressortissant guinéen en situation irrégulière sur le territoire français et être mère d'un enfant mineur dont la situation est indissociable de celle de ses parents. Par suite, la décision d'interdiction de retour sur le territoire d'un an prononcée par la préfète est aussi suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. La requérante se prévaut de ces stipulations en faisant valoir qu'elle est installée en France depuis plus de trois ans, qu'elle a nécessairement tissé des liens intenses dans ce pays, qu'elle a deux enfants nés en France, que le centre de ses attaches familiales et de ses intérêts est en France et qu'elle ne constitue pas une menace pour la société démocratique française et la sécurité nationale. Toutefois, elle est entrée assez récemment et irrégulièrement en France, le 12 avril 2021, et s'est maintenue sur le territoire français malgré les décisions administrative et juridictionnelle dont il est fait état au point 1. Par ailleurs, si elle est la mère de deux enfants nés les 28 février 2022 et 8 mai 2023 à Orléans, ces enfants n'ont pas la nationalité française et leur père fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine. Elle ne justifie pas avoir des liens familiaux ou amicaux anciens, stables et intenses en France et n'allègue pas être dépourvue de tels liens dans son pays d'origine. Par suite, compte tenu des conditions d'entrée et de séjour de l'intéressée, l'arrêté attaqué ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Dès lors, l'obligation de quitter le territoire ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de la requérante.

8. Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. En se prévalant de ces stipulations, la requérante fait valoir que la décision attaquée produira des effets néfastes pour ses deux enfants car leurs habitudes risquent d'être profondément bouleversées par le fait du changement brutal de leur environnement et qu'elle aura pour conséquence d'affaiblir sa capacité à prendre soin de ses enfants, notamment à pourvoir à leurs besoins physiques et affectifs, en raison du contexte chaotique et critique de son pays d'origine. Toutefois, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine. Par ailleurs, compte tenu de leur âge et de la très faible durée de leur séjour en France, ses enfants ne subiront pas un changement brutal dans leur environnement. Enfin, l'intéressée n'établit pas qu'elle ne pourrait subvenir à leurs besoins physiques et affectifs dans son pays d'origine. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête présentée par Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Michel DELANDRE

La greffière,

Florence PINGUET-COMMEREUC

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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