lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2305312 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | HACHED |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2023, Mme A C, représentée par Me Hached, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé la Tunisie comme pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, notamment au regard de sa particulière insertion professionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par des pièces transmises le 18 juillet 2024, le préfet de Loir-et-Cher a informé le tribunal de ce que Mme C a fait l'objet d'une assignation à résidence dans le département de Loir-et-Cher par arrêté du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-14 du code de justice administrative, alors applicable au litige.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Robillard, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soulève en outre le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour en ce que cette décision méconnait l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation de conjointe victime de violences conjugales.
L'instruction a été clôturée à l'issue de l'audience, le 25 juillet 2024 à 14 heures 30.
Un mémoire complémentaire, produit par Me Robillard au nom de Mme C, enregistré le 25 juillet 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué au préfet de Loir-et-Cher.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, née en 1980 et ressortissante tunisienne, est entrée régulièrement en France le 11 mai 2021 au titre du regroupement familial. Elle a bénéficié d'un titre de séjour temporaire au titre du regroupement familial valable jusqu'au 30 août 2022. A la suite de la rupture de la communauté de vie qu'elle entretenait avec son époux le 30 décembre 2021, elle a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étranger bénéficiaire d'une ordonnance de protection, valable jusqu'au 29 septembre 2023. Elle a sollicité le renouvellement de ce titre le 24 août 2023. Par arrêté du 1er décembre 2023, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Tunisie comme pays de destination. Par arrêté du 18 juillet 2024, le préfet de Loir-et-Cher l'a assignée dans le département de Loir-et-Cher pour une durée de 45 jours. Par la requête ci-dessus analysée, Mme C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2023 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur l'étendue du litige :
2. Ainsi qu'il a été dit au point 1, Mme C a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence. En application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-17 du code de justice administrative, alors applicable au litige, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. La formation collégiale du tribunal reste saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions accessoires à celles-ci.
Sur les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence :
3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Faustin Gaden, secrétaire général de la préfecture de Loir-et-Cher, qui a reçu délégation par arrêté du 21 août 2023 du préfet de Loir-et-Cher, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour, à l'effet de signer notamment " tous les actes administratifs et correspondances relatives au séjour et à la police des étrangers () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens tirés de l'exception d'illégalité, de méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation :
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a été autorisé à séjourner en France au titre du regroupement familial dans les conditions prévues au chapitre IV du titre III, entré en France régulièrement et dont le conjoint est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.". Aux termes de l'article L. 423-18 du même code : " Lorsque l'étranger a subi des violences familiales ou conjugales et que la communauté de vie a été rompue, l'autorité administrative ne peut procéder au retrait du titre de séjour de l'étranger admis au séjour au titre du regroupement familial et en accorde le renouvellement. En cas de violence commise après l'arrivée en France du conjoint mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ". Aux termes de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales () ". Aux termes de l'article L. 425-6 du même code : " L'étranger qui bénéficie d'une ordonnance de protection en vertu de l'article 515-9 du code civil, en raison des violences exercées au sein du couple ou par un ancien conjoint, un ancien partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou un ancien concubin se voit délivrer, dans les plus brefs délais, une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Une fois arrivée à expiration elle est renouvelée de plein droit à l'étranger qui continue à bénéficier d'une telle ordonnance de protection. / Lorsque l'étranger a porté plainte contre l'auteur des faits elle est renouvelée de plein droit pendant la durée de la procédure pénale afférente, y compris après l'expiration de l'ordonnance de protection ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a déposé plainte contre son époux pour viol et violences sur concubin le 30 décembre 2021 et que celle-ci a été classée par les autorités judiciaires par courrier reçu par la préfecture de Loir-et-Cher le 26 septembre 2023.
6. D'une part, Mme C soutient que la rupture de la vie commune avec son époux ne pouvait lui être opposé par le préfet. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que cette circonstance n'a pas motivée la décision de refus de renouvellement de son titre mais que cette dernière est fondée sur la circonstance que la procédure pénale était arrivée à son terme par classement de sa plainte par l'autorité judiciaire. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. D'autre part, Mme D soutient que les faits de violence et de viol par conjoint à l'origine de sa plainte sont avérés malgré le classement sans suite de sa plainte. Elle produit à cet égard un compte rendu médical du 29 décembre 2021 faisant référence à un compte rendu de consultation du 14 septembre 2021 au cours de laquelle l'intéressée présentait une symptomatologie compatible avec des violences ainsi qu'un compte rendu médical indiquant qu'elle a subi une IVG médicamenteuse faisant suite à une fausse couche le 1er janvier 2022. Elle produit également une attestation émanant du centre d'information sur les droits des femmes et des familles E indiquant qu'elle a bénéficié de dix entretiens de suivi psychologique au cours de l'année 2022. Toutefois la plainte de Mme D a été classée sans suite par le parquet au motif que l'infraction était insuffisamment caractérisée. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ce classement aurait été contesté auprès du procureur général ou qu'une citation directe, constitution de partie civile ou saisine du juge civil serait intervenue, Mme D ayant elle-même indiqué au préfet de Loir-et-Cher qu'elle entendait mettre un terme à la procédure pénale dans le but de se reconstruire. Enfin, il est constant que l'intéressée ne bénéficie pas d'une ordonnance de protection l'article 515-9 du code civil. Ainsi, le préfet de Loir-et-Cher pouvait légalement estimer que la procédure pénale était arrivée à son terme pour refuser de renouveler le titre de séjour de l'intéressée sur le fondement de l'article L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus de séjour opposé serait entaché et d'erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En vertu de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21et L.423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
9. Mme C soutient que le centre de ses attaches personnelles est situé en France et se prévaut de son intégration professionnelle dès lors qu'elle occupe un emploi d'assistante de vie à temps partiel. Elle produit à cet égard un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel, portant sur un volume de trente heures par semaine, signé le 1er septembre 2023, plusieurs attestations d'employeurs portant sur la période de juin 2022 et de septembre 2023, des attestations de formation dans le domaine du service à la personne, des bulletins de salaire portant sur les périodes de juin 2022 à novembre 2023 ainsi que des contrats de formation civique établis durant l'année 2021. Toutefois, il est constant qu'aucun membre de la famille de l'intéressée ne réside en France depuis la rupture de la communauté de vie avec son conjoint le 30 décembre 2021. En outre, elle ne démontre pas être dépourvu de tout lien familial et personnel dans son pays d'origine qu'elle a quitté à l'âge de 41 ans. Enfin, les circonstances évoquées, en lien avec la situation professionnelle de l'intéressée en France ne permettent pas de justifier d'une particulière intégration à la société française. Par suite, le préfet de Loir-et-Cher n'a pas méconnu l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 9 du présent jugement, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Loir-et-Cher a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre au séjour à titre exceptionnel.
11. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés. Par conséquent, les conclusions dirigées contre la décision du 1er décembre 2023 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a fait obligation à Mme C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme C, dirigées contre la décision du 1er décembre 2023 du préfet de Loir-et-Cher portant refus de délivrance d'un titre de séjour, les conclusions accessoires qui s'y attachent ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.
Article 2 : Les conclusions dirigées contre la décision du 1er décembre 2023 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a fait obligation à Mme C de quitter le territoire français dans un délai de trente jours doivent sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de Loir-et-Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Virgile B
La greffière,
Nathalie ARCHENAULT
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026