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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400029

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400029

jeudi 23 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400029
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL LANDOT & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans a annulé l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel le maire de Villiers-le-Morhier s'est opposé à la déclaration préalable de Mme A... pour la division d'une parcelle en cinq lots à bâtir. La juridiction a jugé que le motif tiré du coût excessif pour la commune des équipements publics (assainissement, eau potable, déplacement de lampadaires) était illégal, car ces travaux, à la charge du pétitionnaire en vertu de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme, ne pouvaient justifier un refus sur le fondement de l'article 2 du plan local d'urbanisme. Le tribunal a également écarté le motif de sécurité publique fondé sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, estimant que le maire aurait dû assortir son autorisation de prescriptions plutôt que de prononcer une opposition. En conséquence, il a enjoint à la commune de prendre une décision de non-opposition dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et a condamné la commune à verser 1 500 euros à Mme A... au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 janvier 2024 et le 21 février 2025, Mme B... A..., représentée par la SELARL d’avocats Vernaz Aidat-Rouault Gaillard, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler l’arrêté du 24 juillet 2023 par lequel la commune de Villiers-le-Morhier a fait opposition à sa déclaration préalable et le rejet de son recours gracieux ;

2°) d’enjoindre au maire de Villiers-le-Morhier de prendre une décision de non opposition à cette déclaration préalable dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villiers-le-Morhier une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient dans le dernier état de ses écritures que :
- l’arrêté du 24 juillet 2023 est entaché d’incompétence dès lors qu’il n’a pas été signé par le maire de la commune ;
- le maire ne pouvait, sans erreur de droit, erreur de fait et erreur d’appréciation, se fonder sur la circonstance que le projet aurait un coût pour la commune en raison des différents aménagements pour acheminer l’assainissement et l’eau potable et des ouvertures de la chaussée occasionnées par les portails alors, d’une part, que la demande de lotissement n’implique pas ces travaux qui présentent un caractère éventuel, d’autre part, que de simples branchements sont nécessaires et, enfin, que leur coût est à la charge des pétitionnaires ;
- il ne pouvait, sans erreur de fait, se fonder sur la circonstance que la division parcellaire impliquerait le déplacement de quatre lampadaires et d’une bouche à incendie occasionnant des frais trop importants pour la commune ;
- il a commis une erreur d’appréciation au regard de l’article 9 du plan local d’urbanisme et de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme en considérant que la circulation de voitures supplémentaires du fait des constructions projetées à un endroit où la chaussée se rétrécit portait entrave à la sécurité publique ;
- ce dernier motif est également entaché d’erreur de droit dès lors qu’il appartenait au maire d’assortir sa décision des prescriptions permettant d’assurer la conformité de la construction aux dispositions applicables.

Par un mémoire enregistré le 7 janvier 2025 la commune de Villiers-le-Morhier conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 24 février 2025 la clôture d’instruction a été fixée au 24 mars 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Bailleul,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Polubocsko représentant la commune de Villiers-le-Morhier.



Considérant ce qui suit :

Mme A..., a déposé une déclaration préalable dans le but de procéder à la division de l’unité foncière composée des parcelles A n°4, A n°5 et A n°1609 situées 42 rue des Sablons à Villiers-le-Morhier (Eure-et-Loir) en cinq lots afin d’édifier des constructions. Ce projet de division a fait l’objet d’une décision d’opposition à déclaration préalable par arrêté du maire de Villiers-le-Morhier de 24 juillet 2023. La requérante demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, il résulte des dispositions combinées des articles L. 152-1, L. 123-5, L. 442-1, L. 442-3 et R.* 442-6 du code de l’urbanisme que les lotissements, qui constituent des opérations d’aménagement ayant pour but l’implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l’occupation des sols édictées par le code de l’urbanisme ou les documents locaux d’urbanisme, même s’ils n’ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n’existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d’un lot d’une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l’autorité compétente de refuser le permis d’aménager sollicité ou de s’opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu’elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l’implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d’urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d’urbanisme requises.

Aux termes de l’article 2 du plan local d’urbanisme de la commune de Villiers-le-Morhier : « (…) Le projet peut être refusé si, par sa situation ou son importance, il impose soit la réalisation par la commune d’équipements publics nouveaux hors de proportion avec ses ressources actuelles, soit un surcroît important des dépenses de fonctionnement des services publics (…) ». Aux termes de l’article L. 332-15 du code de l’urbanisme dans sa version applicable au présent litige : « L’autorité qui délivre l’autorisation de construire, d’aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l’équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l’alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l’évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l’éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés. / Les obligations imposées par l’alinéa ci-dessus s’étendent au branchement des équipements propres à l’opération sur les équipements publics qui existent au droit du terrain sur lequel ils sont implantés et notamment aux opérations réalisées à cet effet en empruntant des voies privées ou en usant de servitudes. »

D’une part, pour justifier son opposition à la déclaration préalable de Mme A..., la commune a considéré que les différents aménagements pour acheminer l’assainissement et l’eau potable et la construction de plusieurs portails occasionneraient de nombreuses ouvertures de la chaussée et l’endommageraient. Or il ressort de l’avis du syndicat « Eaux de Ruffin », qui a émis un avis favorable au projet, que le raccordement à ces réseaux nécessite de simples branchements, les réseaux étant déjà existants. De même, il ressort de l’avis favorable du service gestionnaire de la voirie que si des accès et raccordements sont à créer pour les lots A à E, ils seront à la charge du pétitionnaire s’ils impactent la route départementale n° 116/A, ce que permettent les dispositions de l’article L. 332-15 du code de l’urbanisme citées au point précédent. Il suit de là que Mme A... est fondée à soutenir que la commune de Villiers-le-Morhier a commis une erreur de droit, de fait et d’appréciation en s’opposant à la déclaration préalable pour ce motif.

D’autre part, la commune de Villiers-le-Morhier justifie son opposition par le fait que quatre lampadaires et une bouche à incendie sont implantés le long de l’unité foncière à diviser et devraient être déplacés du fait de l’implantation de constructions nouvelles à cet endroit, occasionnant des frais importants. Il ressort du plan de division et des documents joints par les parties au dossier que chaque lot présente une largeur de plus de 18 mètres et qu’un seul lampadaire se situe devant trois d’entre eux. La largeur présentée par chacune des parcelles est suffisante pour prévoir des accès aux lots sans déplacer les lampadaires et l’hydrant, ce que la commune pourrait d’ailleurs prescrire lors de l’examen de futures demandes d’autorisations d’urbanisme. La commune de Villiers-le-Morhier a ainsi commis une erreur d’appréciation en s’opposant à la déclaration préalable pour ce motif.

En second lieu, aux termes de l’article R. 111-2 code de l’urbanisme : « Le projet peut être refusé ou n’être accepté que sous réserve de l’observation de prescriptions spéciales s’il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d’autres installations. ». Aux termes de l’article 9 du règlement écrit du plan local d’urbanisme de la commune de Villiers-le-Morhier : « Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l’utilisation des engins de lutte contre l’incendie. Il peut également être refusé ou n’être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration et de la nature et de l’intensité du trafic. (…) ».

Pour s’opposer au projet de lotissement de la requérante, l’arrêté attaqué retient que « la circulation d’une voire deux voitures par construction est une entrave à la sécurité de la circulation de la rue des Sablons » et que « la chaussée se rétrécit au niveau des lots C et D, empêchant ainsi les véhicules de se croiser en sécurité sur cette portion de voie ». En l’espèce, l’accès aux lots projetés se fera par la rue des Sablons, laquelle est une voie rectiligne dont la largeur se réduit sur une portion contigüe à certains lots, pour atteindre 3,45 mètres. Ce rétrécissement de la chaussée fait suite à la création d’une chicane ayant pour objet de ralentir la circulation des véhicules en instaurant une circulation alternée, qui n’est pas remise en cause par le projet. Si la commune soutient que l’implantation de ce nouvel accès se situe à proximité d’un virage, il ressort néanmoins des plans et photographies versés au dossier que le virage n’est pas situé à proximité immédiate des lots projetés, au droit desquels il existe une visibilité suffisante pour assurer une insertion sécurisée des véhicules sur la voie publique. Il ressort également des pièces du dossier que la division parcellaire litigieuse est sans incidence sur les modalités actuelles de circulation des piétons au droit de l’unité foncière. Par ailleurs, le trafic supplémentaire engendré par le projet litigieux ne sera que très limité. Enfin, le service gestionnaire de la voirie a émis un avis favorable au projet. Par suite, le maire ne pouvait se fonder sur la méconnaissance de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme et de l’article 9 du règlement écrit du plan local d’urbanisme pour s’opposer au projet en litige.

Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 24 juillet 2023 par lequel le maire a fait opposition à sa déclaration préalable. Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n’est susceptible, en l’état du dossier, de fonder cette annulation.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

Il ne résulte pas de l’instruction qu’un autre motif aurait été susceptible de fonder l’opposition à déclaration préalable contestée. Dès lors le présent jugement, qui annule l’arrêté du 24 juillet 2023, implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le maire de la commune de Villiers-le-Morhier délivre un justificatif de non-opposition à la déclaration préalable déposée par Mme A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Villiers-le-Morhier demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Villiers-le-Morhier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A... et non compris dans les dépens.



D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du 24 juillet 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Villiers-le-Morhier de délivrer un justificatif de non-opposition à la déclaration préalable déposée par Mme A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Villiers-le-Morhier versera à Mme A... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Villiers-le-Morhier au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à la commune de Villiers-le-Morhier.


Délibéré après l’audience du 9 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lacassagne, président,
Mme Bailleul, première conseillère,
Mme Ploteau, conseillère.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2025.


La rapporteure,

Clotilde BAILLEUL

Le président,

Denis LACASSAGNE


La greffière,





Marie-Josée PRECOPE

La République mande et ordonne au préfet d’Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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