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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400078

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400078

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400078
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantLE BORGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 janvier 2024 et le 23 avril 2024, M. B A, représenté par Me Le Borgne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire et les retraits de points qui y sont mentionnés ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer les douze points retirés, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu l'information préalable des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire enregistré le 13 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 25 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a informé le requérant de la perte de validité de son permis de conduire, en raison d'un solde de points nul. Le requérant demande l'annulation de cette décision et des retraits de points qui y sont mentionnés, concernant des infractions du 23 avril 2023, 3 février 2023, 26 octobre 2018, 19 octobre 2018, 22 septembre 2018, 5 novembre 2017, 19 août 2017, 12 mai 2017, 24 janvier 2017 et 13 février 2017.

Sur l'étendue du litige :

2. Le relevé d'information intégral du permis de conduire du requérant mentionne que les points retirés à la suite des infractions du 12 mai 2017 et du 26 octobre 2018 ont été restitués antérieurement à l'introduction de la requête, le 17 avril 2018 et le 26 septembre 2019. Les conclusions aux fins d'annulation de ces retraits de points étaient dépourvues d'objet, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction accessoires et sont ainsi irrecevables.

Sur les conclusions restant en litige :

S'agissant de la délivrance de l'information préalable :

3. La délivrance de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

4. Il résulte des attestations de paiement établies par le trésorier du contrôle automatisé, produites par le ministre de l'intérieur, que le requérant a procédé respectivement au règlement des amendes forfaitaires majorées dont il était redevable à raison du non-paiement des amendes forfaitaires encourues à raison des infractions des 3 février 2023, 24 janvier 2017 et 13 février 2017. Ainsi, il a nécessairement été destinataire d'un avis d'amende forfaitaire majorée, sur la base duquel il s'est acquitté de ces amendes. Le bordereau de situation des amendes pécuniaires produit par le requérant fait apparaître à cet égard un télépaiement de 180 euros le 7 septembre 2023 afférent à l'infraction du 3 février 2023. Eu égard à ces éléments, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information à l'égard du requérant qui, en ne produisant pas les avis d'amende forfaitaire majorée émis à la suite des infractions relevées à son encontre, ne démontre pas avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet. Le moyen tiré du défaut d'information à la suite de cette infraction doit donc être écarté.

5. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer produit l'accusé de réception de l'avis d'amende forfaitaire majorée de l'infraction du 5 novembre 2017. Cet accusé de réception mentionne que le pli est revenu au service revêtu de la mention " pli avisé et non réclamé ". Ce pli doit ainsi être regardé comme ayant été régulièrement notifié. Pour les motifs exposés au point précédent, le moyen tiré de l'absence de délivrance de l'information préalable doit être écarté.

6. Le ministre ne produit aucun document de nature à établir que le requérant aurait reçu l'information exigée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la constatation des infractions des 23 avril 2023 (-2 points), 19 octobre 2018 (-1 point), 22 septembre 2018 (-2 points) et 19 août 2017 (-1 point), relevées par un radar automatique ou par procès-verbal électronique. La délivrance de l'information ne saurait résulter de la seule circonstance qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis à raison de ces infractions et qu'un avis d'amende forfaitaire majorée a été adressé à l'intéressé dès lors que l'administration n'établit pas que le contrevenant a reçu ces documents ou qu'il aurait payé les amendes forfaitaires majorées correspondantes. Si la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation de ces infractions, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes, il n'en va pas de même pour l'information portant sur la possibilité d'un retrait de points qui permet au contrevenant de savoir si l'infraction va ou non entraîner un retrait de points et lui permettre, le cas échéant, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis de conduire et de contester l'infraction devant le juge pénal. Dans ces conditions, le ministre ne peut être regardé comme apportant la preuve du respect des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que les retraits de points opérés à raison de ces infractions sont intervenus selon une procédure irrégulière et que le requérant est fondé à en demander l'annulation. En revanche, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision 48 SI du 25 octobre 2023, dès lors que le solde de points de son permis de conduire demeurait nul à la date de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer six points au capital du permis de conduire du requérant, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, la somme que demande le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 23 avril 2023 (-2 points), 19 octobre 2018 (-1 point), 22 septembre 2018 (-2 points) et 19 août 2017 (-1 point), sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer six points au capital du permis de conduire de M. A dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Jean-Luc C

Le greffier,

Laurent BOUSSIERES

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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