vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2400183 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL BAUR ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 et 30 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Kante, avocat, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 28 décembre 2023 par laquelle la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa demande et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre une somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la condition d'urgence est remplie en l'espèce : l'urgence est présumée, s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; en outre la décision contestée a pour effet de mettre fin de manière anticipée à son droit au séjour, dès lors qu'il disposait d'un récépissé valable jusqu'au 6 janvier 2024 ; cette décision, qui entraîne la suspension de son contrat de travail et la mise en œuvre d'une procédure de licenciement alors qu'il exerce un emploi dans un secteur en tension, le prive de ressources ; son employeur a promis de l'employer à nouveau dès que sa situation sera régularisée ;
- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige : cette décision est entachée d'incompétence ; elle est insuffisamment motivée ; contrairement à ce qu'a retenu le préfet, qui a ainsi commis une erreur de droit, il a déposé sa demande pendant la durée de validité de son visa et il remplit les conditions prévues par l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ; il y a rupture d'égalité, dès lors qu'un autre ressortissant se trouvant dans la même situation a pu obtenir un titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier ".
Par un mémoire enregistré le 30 janvier 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, demande au juge des référés de rejeter la requête de M. A.
La préfète soutient que :
- la condition d'urgence, qui n'est pas présumée en l'espèce s'agissant d'une demande de délivrance d'une première carte de séjour, n'est pas remplie, alors que le requérant ne justifie pas qu'à la date de dépôt de sa requête il aurait bénéficié d'un emploi ou d'une promesse d'embauche conditionnée par la régularisation de sa situation administrative au regard du droit au séjour en France ;
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ; en tant que de besoin, il est demandé au juge des référés de substituer le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - qui imposent à l'étranger exerçant un emploi à caractère saisonnier de s'engager à maintenir sa résidence habituelle hors de France - au motif tiré du caractère tardif du dépôt de la demande.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2400147, enregistrée le 11 janvier 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision du 28 décembre 2023 susvisée de la préfète du Loiret.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés présentés sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-4 de ce code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 31 janvier 2024 à 14 heures, le juge des référés a présenté son rapport et entendu les observations de Me Kante, avocat, qui persiste dans les conclusions de la requête, par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 14 heures 20.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin de suspension :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.
3. M. A, ressortissant marocain né le 20 février 2002, est entré régulièrement en France le 27 août 2022 sous couvert d'un visa de type D valable du 23 août 2022 au 21 novembre 2022 et portant la mention " L. 313-23 ". M. A avait préalablement fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail en qualité de travailleur saisonnier, déposée le 5 juillet 2022 par l'EARL Les Grands Marais et à laquelle il a été fait droit le 4 août 2022. Il résulte de l'attestation de dépôt produite par M. A qu'il a déposé une demande de titre de séjour le 7 octobre 2022. L'intéressé a été convoqué le 13 décembre 2022 en préfecture et s'est vu délivrer un récépissé de demande de premier titre de séjour l'autorisant à travailler. La décision de la préfète du Loiret rejetant cette demande est intervenue le 28 décembre 2023.
4. Il résulte de ce qui précède, d'une part, que M. A et son employeur avaient, avant l'entrée du requérant sur le territoire français, accompli les formalités nécessaires pour lui permettre de bénéficier de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " prévue par l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - dont les dispositions se sont substituées à celles de l'article L. 313-23 du même code -, d'autre part, que M. A a déposé sa demande de titre de séjour avant l'expiration du visa qui lui avait été accordé. Le requérant justifie, par les pièces qu'il produit, avoir régulièrement été employé pour l'exécution de tâches saisonnières par l'EARL Les Grands Marais, dont le gérant atteste qu'il souhaite l'employer à nouveau dès que M. A sera autorisé à travailler. Dans ces circonstances, l'atteinte portée par la décision en litige à la situation de M. A est suffisamment grave et immédiate pour que soit caractérisée une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que c'est à tort que la préfète du Loiret a considéré que M. A n'avait pas déposé sa demande de titre de séjour pendant la durée de validité de son visa est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de titre de séjour litigieux.
6. L'administration peut, il est vrai, faire valoir devant le juge des référés que la décision dont il lui est demandé de suspendre l'exécution sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge des référés, après avoir mis à même l'auteur de la demande, dans des conditions adaptées à l'urgence qui caractérise la procédure de référé, de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher s'il ressort à l'évidence des données de l'affaire, en l'état de l'instruction, que ce motif est susceptible de fonder légalement la décision et que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative et à condition que la substitution demandée ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué, le juge des référés peut procéder à cette substitution pour apprécier s'il y a lieu d'ordonner la suspension qui lui est demandée.
7. La préfète du Loiret demande que soit substitué au motif initial de la décision litigieuse, tiré de ce que la demande de titre de séjour de M. A n'a été présentée qu'après l'expiration de la durée de validité de son visa, un motif tiré de ce que le requérant n'a pas respecté l'engagement, prévu par l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de maintenir sa résidence habituelle hors de France. Toutefois, il ne ressort pas à l'évidence des données de l'affaire, en l'état de l'instruction, que ce motif soit susceptible de fonder légalement la décision litigieuse.
8. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la suspension, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa requête au fond n° 2400147, de la décision du 28 décembre 2023 par laquelle la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. La présente ordonnance implique nécessairement que la préfète du Loiret réexamine la demande de titre de séjour de M. A. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de procéder à ce nouvel examen dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de munir sans délai M. A d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 28 décembre 2023 par laquelle la préfète du Loiret a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur les conclusions de la requête n° 2400147 tendant à l'annulation de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret de délivrer à M. A, dès la notification de la présente ordonnance, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, et de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de cette notification.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la préfète du Loiret.
Fait à Orléans, le 2 février 2024.
Le juge des référés,
Frédéric C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026