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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400190

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400190

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantYEMENE TCHOUATA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 15 janvier 2024 sous le numéro 2400190, M. A B, représenté par Me Yemene Tchouata, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de l'Allier en date du 14 novembre 2023, porté à sa connaissance le 22 décembre 2023, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer une carte de séjour mention " stagiaire ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- ressortissant camerounais né le 28 mai 1989, il a obtenu son diplôme de médecin pédiatre au Bénin et s'est vu proposer un stage en France ; il est entré en France muni d'un visa long séjour portant la mention " stagiaire " pour y effectuer un stage en médecine au centre hospitalier intercommunal Compiègne Noyon, en tant que stagiaire associé dans le pôle de pédiatrie ; il a obtenu une nouvelle proposition de stage au sein du centre hospitalier Moulins Yzeure en qualité de stagiaire associé prenant fin le 8 novembre 2023, ce qui lui a valu le renouvellement de son séjour jusqu'au 30 novembre 2023 ; le centre hospitalier intercommunal (CHI) André Grégoire de Montreuil l'a sollicité en tant que stagiaire associé pour une prise de fonction le 13 novembre 2023 ; afin de définitivement valider cette convention de stage, il doit produire un titre de séjour ;

- l'arrêté en litige a été notifié au centre hospitalier Moulins Yzeure qui constituait son ancienne adresse et il n'en a eu connaissance que le 22 décembre 2023 ; par suite les délais de recours ne lui sont pas opposables ;

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- l'arrêté méconnaît les articles L. 426-2 et R. 426-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il est bénéficiaire d'une nouvelle convention de stage au sein du CHI André Grégoire de Montreuil dont la prise de fonction était le 13 novembre 2023, il dispose de moyens d'existence suffisants pour subvenir à ses besoins durant la période de stage et il est en phase préparatoire à l'épreuve de vérification des connaissances pour la session 2024 pouvant l'ériger définitivement à la fonction de médecin pédiatre ;

- l'arrêté méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il justifie d'une vie privée et familiale certaine sur le territoire français où résident sa sœur et sa tante, toutes deux de nationalité française ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 2 décembre 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevé n'est fondé.

Par ordonnance du 4 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 décembre 2024.

II. Par une ordonnance en date du 16 janvier 2024 la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a transmis au tribunal d'Orléans la requête présentée par M. A C B, enregistrée sous le numéro 2400266.

Par cette requête enregistrée le 12 janvier 2024, et un mémoire enregistré le 4 décembre 2024, M. A C B, représenté par Me Yemene Tchouata, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de l'Allier en date du 14 novembre 2023, porté à sa connaissance le 22 décembre 2023, rejetant sa demande d'admission au séjour et portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer une carte de séjour mention " stagiaire ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soulève les mêmes moyens qu'aux termes de la requête n°2400190.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lefebvre-Soppelsa ;

- et les observations de Me Yemene Tchouata, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant camerounais né le 28 mai 1989, est entré en France le 4 juin 2021, muni d'un visa long séjour portant la mention " stagiaire " valant titre de séjour à compter du 26 mai 2021 pour y effectuer un stage en médecine au centre hospitalier intercommunal Compiègne Noyon, en tant que stagiaire associé dans le pôle de pédiatrie. Il a obtenu le renouvellement de ce titre le 8 mai 2022, puis le 8 novembre 2022, et le 10 mai 2023, jusqu'au 30 novembre 2023. Le 16 octobre 2023, M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour " stagiaire ". Par un arrêté du 14 novembre 2023, la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B, par une requête enregistrée au tribunal administratif d'Orléans et une requête enregistrée au tribunal administratif de Clermont-Ferrand, qui l'a transmise à celui d'Orléans, demande l'annulation de cet arrêté du 14 novembre 2023.

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2400190 et 2400266 sont identiques. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. Olivier Maurel, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, qui disposait d'une délégation accordée par un arrêté n° 1550/2023 pris par la préfète de l'Allier le 28 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, à l'effet de signer un certain nombre d'actes administratifs à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions de la nature de celles en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 426-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) : " L'étranger qui établit qu'il suit en France un stage dans le cadre d'une convention de stage visée par l'autorité administrative compétente et qu'il dispose de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " stagiaire ". () Par dérogation à l'article L. 414-10 cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle salariée () ". Aux termes de l'article R. 426-16 du même code : " Pour l'obtention de la carte de séjour temporaire portant la mention " stagiaire " prévue à l'article L. 426-23, est considéré comme stagiaire l'étranger qui vient en France pour l'une des raisons suivantes : () 3° Effectuer un stage dans un établissement de santé public ou privé à but non lucratif en vue de bénéficier d'une formation complémentaire conduisant à la reconnaissance d'un niveau de qualification professionnelle, dans le cadre de la convention de coopération prévue à l'article R. 6134-2 du code de la santé publique " et aux termes de l'article R. 426-18 du même code : " () Dans le cas prévu au 3° de l'article R. 426-16, la durée initiale du stage ne peut pas excéder six mois. Le stage peut être prolongé pour une durée maximale de six mois. Le ressortissant étranger peut prétendre au bénéfice de plusieurs conventions de stage dont la durée totale ne peut excéder vingt-quatre mois ".

5. Le requérant soutient qu'à la date de l'arrêté en litige, il était bénéficiaire d'une nouvelle convention de stage au sein du centre hospitalier intercommunal (CHI) André Grégoire de Montreuil, dont la prise de fonction était pour le 13 novembre 2023, et qu'il disposait de moyens d'existence suffisants pour subvenir à ses besoins durant la période de stage, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 426-23 du CESEDA. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'entré en France le 26 mai 2021 il a effectué des stages d'une durée de six mois renouvelables, tout d'abord au sein du centre hospitalier Compiègne-Noyon (Oise), jusqu'au 7 novembre 2022 puis du 9 mai 2023 au 8 novembre 2023 au centre hospitalier de Moulins-Yzeure (Allier) et détenu, aux titres de ces stages, un visa long séjour d'une durée de validité de 6 mois valant titre de séjour puis trois titres de séjour d'une durée de six mois chacun. Ainsi il ressort des pièces du dossier qu'il avait, à la date de l'arrêté en litige, déjà cumulé quatre périodes de stage de 6 mois, soit un total de 24 mois. Dès lors, c'est à bon droit que la préfète de l'Allier lui a refusé le titre de séjour sollicité au motif qu'il avait déjà bénéficié de plusieurs titres de séjour en qualité de stagiaire, et ce pour une période totale de 24 mois et qu'il ne pouvait plus ainsi prétendre à la délivrance d'un tel titre au regard de la limitation prévue à l'article R. 426-18 du CESEDA. Par suite, et alors qu'au demeurant, si le requérant produit une attestation du responsable des affaires médicales du CHI André Grégoire de Montreuil-sous-Bois aux termes de laquelle il était attendu au sein du service pédiatrie en qualité de " faisant fonction d'interne " à compter du 13 novembre 2023, il ne produit pas de convention de stage conclue avec cet établissement, la préfète de l'Allier, en refusant de lui renouveler une nouvelle fois un titre de séjour mention " stagiaire ", n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 426-23 et R. 426-16 du CESEDA.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Si M. B soutient qu'il justifie d'une vie privée et familiale certaine sur le territoire français, en raison notamment de la présence de sa sœur et de sa tante, toutes deux de nationalité française, il est toutefois constant qu'il est célibataire, sans charge de famille, que son séjour sur le territoire français présente un caractère récent et qu'il ne justifie pas d'une insertion particulière en France, où il a au demeurant été admis à séjourner en qualité de " stagiaire ", ce qui ne lui donnait pas vocation à s'y installer durablement. Ainsi, la décision litigieuse n'est pas de nature à caractériser une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'aux points précédents, la préfète de l'Allier n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de M. B à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2400190 et n°2400266 présentées par M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Keiflin, première conseillère,

M. Garros, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La présidente-rapporteure,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

L'assesseure la plus ancienne,

Laura KEIFLIN

Le greffier,

Vincent DUNET

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2400190,

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