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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400245

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400245

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400245
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantKOUM DISSAKE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 janvier 2024 et le 19 janvier 2024, M. C B, représenté par Me Koum Dissake, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'annuler la décision du 8 janvier 2024, par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé de délivrer une autorisation de travail à la SARL CDC Conseil ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ;

3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire.

Il soutient que :

- à l'issue de son stage, la SARL CDC Conseil lui a fait une proposition d'emploi et un contrat de travail, avec une date de début fixée le 15 janvier 2024, a été signé entre les parties ; la SARL CDC Conseil a donc sollicité le 8 décembre 2023 auprès des autorités administratives compétentes l'autorisation d'embaucher un salarié étranger ; le refus est fondé sur l'impossibilité d'échanger un titre de séjour mention " stagiaire " ;

- la décision l'empêche de débuter son activité professionnelle et l'urgence est caractérisée ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de travailler.

Le ministre de l'intérieur et des outre-mer a produit un mémoire enregistré le 19 janvier 2024.

Il soutient que seul le préfet d'Indre-et-Loire est compétent pour défendre le refus d'autorisation de travail.

La requête a été communiquée au préfet d'Indre-et-Loire, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien, est entré sur le territoire français sous couvert d'un visa long séjour valable du 1er avril 2023 au 31 janvier 2024 portant la mention " stagiaire ". Il a suivi un stage auprès du laboratoire de génie électrique du CNRS à Grenoble dans le cadre d'une convention conclue le 2 février 2023 pour une période fixée du 10 juin 2023 au 10 décembre 2023. A l'issue de son stage, la SARL CDC Conseil, sise à Joué les Tours, lui a adressé une proposition d'emploi et proposé un contrat de travail à durée indéterminée, avec une date de début fixée le 15 janvier 2024. La SARL CDC Conseil a sollicité le 8 décembre 2023 l'autorisation de recruter un salarié étranger. Par un courriel du 8 janvier 2024, le chef de la plateforme interrégionale de la main-d'œuvre étrangère de la préfecture de Saint-Denis a refusé la délivrance de l'autorisation de travail, pour le motif tiré de ce qu'un changement de statut à l'expiration d'une carte de séjour mention " stagiaire " n'est pas prévu par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'annuler la décision du 8 janvier 2024 du ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les autres conclusions :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 de ce code et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsque aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. Ce caractère provisoire s'apprécie au regard de l'objet et des effets des mesures en cause et, en particulier, de leur caractère réversible.

5. Le refus d'autorisation de travail fait en l'espèce obstacle à ce que M. B poursuive une activité professionnelle en France, pour laquelle il est spécialement qualifié, et a pour effet de compromettre la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". La condition d'urgence requise par l'article L.521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

6. Aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes :/1° S'agissant de l'emploi proposé : a) Soit cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie par un arrêté conjoint du ministre chargé du travail et du ministre chargé de l'immigration ;b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé4° La rémunération proposée est conforme aux dispositions du présent code sur le salaire minimum de croissance ou à la rémunération minimale prévue par la convention collective applicable à l'employeur ou l'entreprise d'accueil ().

7. Il résulte de l'instruction que le poste proposé au requérant portait sur la réalisation d'audits énergétiques et études de faisabilité, le suivi d'installations énergétiques dans le cadre de l'exploitation et le pilotage de travaux. Il ne résulte pas de l'instruction que ce poste n'était pas en adéquation avec la formation du requérant et le stage suivi auprès du CNRS. Il résulte également de l'instruction que le salaire proposé à M. B est de 2 500 euros pour 169 heures de travail, soit un taux horaire brut de 14,4232 euros. M. B est par suite fondé à soutenir qu'en se fondant exclusivement sur le changement de son statut de stagiaire, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit de travailler.

8. Les dispositions des articles L. 511-1 et L. 521-2 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit à la demande d'annulation de la décision du 8 janvier 2024, dès lors que cette mesure ne présente pas un caractère réversible. Il en va de même de la demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de statuer à nouveau sur la demande d'autorisation de travail présentée par la société CDC Conseil dans le délai de quatre-vingt-seize heures courant à compter de la notification de la présente ordonnance.

O R D O N N E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à M. B.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Indre-et-Loire de statuer sur la demande d'autorisation de travail présentée par la société CDC Conseil dans le délai de quatre-vingt-seize heures courant à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au préfet d'Indre-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Orléans le 24 janvier 2024.

Le juge des référés,

Jean-Luc A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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