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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2400289

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2400289

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2400289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL ATLANTIC JURIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, une pièce et un mémoire enregistrés le 22 janvier 2024 et le 7 février 2024, Mme A B, représentée par Me Kutta Engome, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de suspendre l'exécution de la décision en date du 15 décembre 2023 prononçant à son encontre une exclusion temporaire de l'école régionale des sages-femmes (ERS) du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours, du 8 janvier 2024 jusqu'au dimanche 10 mars 2024, soit durant 9 semaines ;

2°) et de mettre à la charge du CHRU de Tours la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation car, sans entrée en stage imminente, elle ne pourra obtenir la validation de son diplôme au mois de juin 2024 et entrer en fonction au sein du CHR d'Orléans (CHRO) au mois de juillet 2024, tel que lui impose son contrat d'allocation d'études régularisé avec le CHRO en date du 7 avril 2023 qui impose sa prise de fonction à compter du mois de juillet 2024 sous peine d'avoir à rembourser l'ensemble des indemnités perçues à hauteur de 700 euros par mois pour la période du 1er septembre 2022 jusqu'au 30 juin 2024 au titre de ses 4ème et 5ème années d'études, allocation en contrepartie de laquelle elle s'engage à exercer une activité professionnelle en services effectifs au sein du CHRO pendant une durée de 36 mois après l'obtention de son diplôme ; ce contrat lui impose de " prendre son poste au CHRO en juillet 2024, dès la publication des résultats de l'obtention de son diplôme (en juillet 2024) " et précise qu'en cas de résultats de nature à induire que le diplôme ne soit pas obtenu, le directeur de l'établissement pourra interrompre le versement de l'allocation d'études et demander le remboursement des sommes déjà perçues ; en outre, le remboursement est soumis à l'appréciation de l'administration qui a précisément prononcé la sanction ; l'exclusion temporaire pour une durée de 9 semaines litigieuses entraînera le report de la validation de son diplôme au mois d'octobre 2024, le tableau d'alternance stages-cours de l'année 2023-2024 de l'établissement imposant la réalisation de cette période de stage avant le 10 mars 2023 ; le centre hospitalier de Chartres demeure disposé à l'accueillir en stage dès la levée de cette sanction d'exclusion temporaire sachant qu'elle sera en mesure de rattraper le mois de stage dont elle a été privée durant les semaines de révisions et de vacances d'avril 2024 voire en étant autorisée par l'administration qui se trouve à l'origine de cette situation préjudiciable pour effectuer ce stage durant la période de cours du 11 mars au 7 avril 2024 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée car :

* la sanction n'est pas motivée ; sa lecture ne permet aucunement de connaître précisément les éléments de droit et de faits qui la fondent notamment les griefs précisément reprochés ;

* elle a été prise aux termes d'une procédure irrégulière violant les droits de la défense car elle n'a pu présenter devant le conseil de discipline de cet établissement qui s'est tenu le jeudi 14 décembre 2023 à 14h30, sa défense tel que préparée suivant un PDF dont il lui a refusé la diffusion et elle n'a pas plus eu la parole en dernier ainsi qu'en atteste sa sœur qui l'assistait ; le procès-verbal de compte rendu de l'entretien disciplinaire, rédigé unilatéralement par l'administration et validé par la directrice qui est en conflit avec elle, confirme qu'elle n'a pas pu présenter ses arguments en se servant de ce support alors qu'elle faisait pour la première fois l'objet d'une procédure disciplinaire devant un conseil de discipline constitué de 6 professionnels n'ayant pris connaissance que d'un dossier disciplinaire constitué à charge par la coordinatrice en maïeutique, avec laquelle elle rencontre des difficultés relationnelles et qui y siège également en qualité de membre ;

* elle est manifestement disproportionnée au regard de l'unique fait fautif susceptible d'être retenu, de ses circonstances et de sa personnalité, sachant qu'elle n'a jamais fait l'objet de la moindre sanction ni rappel à l'ordre antérieurement ; ne peuvent en effet lui être reprochés son absence lors de la rentrée scolaire du 28 août 2023 dont elle a informé l'établissement par courriel en même date (13h57) et pour laquelle elle a adressé un justificatif par courriel du 30 août 2023 (08h51) dans les 48 heures suivant l'arrêt maladie conformément à l'article 25 du règlement intérieur de l'établissement, ni la prolongation de cet arrêt du 31 août 2023 au 1er septembre 2023 qui a été adressé à l'établissement par courriel en date du 31 août 2023 (10h12) conformément à l'article 25 du règlement intérieur de l'établissement, ni la demande de convention de stage qu'elle a formée par courriel du 31 août 2023, durant son arrêt maladie, afin d'assurer son entrée en stage au centre hospitalier de Chartres pour la période du 4 septembre 2023 au 1er octobre 2023 conformément au tableau d'alternance de l'année 2023-2024 qui lui a été adressé par l'établissement le 4 septembre 2023 et alors que, sans l'attribution d'un stage, elle n'aurait pu valider sa formation, ni son refus de renvoyer le formulaire universitaire de consentement d'utilisation de la boîte mail universitaire, ni son inscription pour l'année universitaire 2023 régularisée le 28 septembre 2023, alors que les inscriptions pouvaient être effectués jusqu'au 29 septembre 2023, ni une absence de réponse à la demande de pièces pour étude de sa demande de bourse déposée en date du 21 septembre 2023 durant sa période de stage au centre hospitalier de Chartres, pour laquelle elle a transmis les éléments sollicités par mail du 30 septembre 2023, soit 6 jours ouvrables plus tard, ni une justification tardive de son absence du cours du 10 octobre 2023 à 09h00 alors qu'elle a adressé les justificatifs par mail à la même date à 13h45 (arrêt maladie du 10/10/23 au 20/10/23) et 13h46 (bulletin de situation de l'hôpital d'Orléans transmis) ni une absence de cours en date du 20 octobre 2023 pour cause de rendez-vous médical dont elle avait informé l'établissement par mail à 12h41 et a adressé le justificatif à 16h43 ; l'unique grief susceptible d'être retenu à son encontre tenant à sa présentation dans l'amphithéâtre dans lequel se tenait le contrôle continu d'Obstétrique en date du 18 octobre 2023 alors qu'elle se trouvait en arrêt maladie justifié et ne produisait aucun certificat de reprise tel qu'exigé par l'article 25 du règlement intérieur, la difficulté ayant au demeurant été résolue par la régularisation d'une décharge lui ayant permis de composer ; il n'est pas établi que l'incident tenant à sa présentation à un examen sans certificat médical de reprise ait eu des répercussions sur les conditions de travail au sein de l'établissement, sauf à perturber un unique examen, ni pesé sur le fonctionnement de l'école ; par ailleurs, elle s'avère assidue dans le suivi de ses enseignements et respecte les règles de fonctionnement et de la vie collective de l'établissement et la lecture des appréciations figurant sur ses rapports de stage démontre cet investissement et le fait qu'elle ait donné entière satisfaction dans le cadre de ces pratiques en milieu hospitalier ; d'ailleurs la directrice de l'ERS a initialement estimé que son comportement ne justifiait aucune sanction disciplinaire et l'a convoquée pour un simple rappel à la règle suivant courriel du 25 octobre 2023 en réponse auquel elle l'a informée de son indisponibilité à la date envisagée du fait de son stage en cours au sein du CHRO dont les horaires rendaient impossible son déplacement à Tours pour la tenue de cet entretien, mais aucune autre date ne lui a alors été proposée et elle a, au contraire, été directement convoquée devant le conseil de discipline ; ce rappel à la règle apparaissait pourtant parfaitement adapté à l'unique grief susceptible d'être retenu à son encontre, au regard des sanctions communément pratiquée au sein de l'université de Tours ; en outre, le dossier disciplinaire comportait des rapports circonstanciées afférents à des retards de travaux, d'absence de participation à certains cours en ligne durant la période de confinement liée à la pandémie du Covid-19, et de remises tardives de planning/horaires de stage au cours de l'année universitaire 2020-2021 qui ont déjà été sanctionnés par le redoublement de cette année universitaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, le centre hospitalier régional universitaire de Tours (CHRU) représenté par Me Tertrais, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre la somme de 2 500 euros à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requérante qui a intégré l'ERS à compter de l'année scolaire 2019-2020 s'est montrée très réfractaire à répondre aux demandes pédagogiques dans les temps (respect des échéances de travaux, respect de transmission des informations dans les délais ), à communiquer avec les encadrants de l'école et à respecter les règles, notamment de civilité et de fonctionnement, instaurées au sein de l'ERS ; par courrier du 28 novembre 2023, elle a été convoquée devant le conseil de discipline de l'ERS saisi de ses manquements récurrents ; elle a été entendue par le conseil de discipline le 14 décembre 2023, assistée de sa sœur, qui s'est prononcé à l'unanimité sur une sanction d'exclusion temporaire de 9 semaines, courant du 8 janvier 2024 au 10 mars 2024 ; cette décision, formalisée le 15 décembre 2023, lui a été notifiée le 19 décembre 2023 ;

- la requête est irrecevable car il est formellement demandé " la suspension d'une décision du 31 août 2022 du conseil national des activités privées de sécurité portant refus de délivrance d'une carte professionnelle " qui ne saurait léser les intérêts de la requérante et sur laquelle le juge des référés s'est prononcé avant l'introduction de la requête ;

- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie, d'une part, car si la requérante soutient que dès lors que l'exclusion temporaire l'empêchera d'obtenir son diplôme de sage-femme en juin 2024, elle ne pourra pas exercer au sein du CHRO en juillet 2024 et son futur employeur serait alors en droit de lui demander restitution de l'entière allocation d'études qu'il lui aura versée, le contrat d'allocation d'études du 7 avril 2023 n'évoque l'hypothèse de la restitution de l'allocation d'étude que dans le cas de "manquement aux obligations scolaires (manque d'assiduité, problèmes disciplinaires) ou de résultats de nature à induire que le passage en M2 ne sera pas validé, soit que le diplôme ne sera pas obtenu" ou encore de "décision [de l'étudiant] de ne pas exercer à la fin du cursus au CHRO ou l'interruption de la scolarité du fait de l'intéressé" or, la décision en litige n'est pas de nature à remettre en cause l'obtention de son diplôme par la requérante qui pourra ainsi effectuer son stage courant été 2024, pour valider son diplôme en août 2024 ; la convention qui prévoit une prise de poste " après son succès au diplôme " et " dès la publication des résultats de l'obtention de son diplôme " ne prévoit pas une telle restitution en cas d'échec en première session et n'impose donc pas une prise de poste au CHRO dès juillet 2024 ; d'autre part, car une décision de suspension juridictionnelle n'aurait pas d'incidence sur la situation financière et professionnelle de la requérante qui n'établit pas qu'elle justifiera de la durée réglementaire de stage en juin prochain puisqu'à la date à laquelle le juge des référés statuera, elle aura manqué plus d'un mois de stage obligatoire, et quand bien même elle devrait reprendre son stage à la mi-février 2024, elle n'établit pas pouvoir rattraper d'ici juin, les 5 à 6 semaines de stages qu'elle n'a pas effectuées depuis début janvier 2024 ; ensuite, car la similarité de la situation financière et professionnelle de la requérante, entre une suspension juridictionnelle de la décision du 15 décembre 2023 et le maintien de la décision d'exclusion temporaire jusqu'au jugement au fond, fait obstacle à ce que soit caractérisée une quelconque situation d'urgence à ce que le juge des référés se prononce avant le juge du fond ; également car si la situation d'urgence financière mais également professionnelle alléguée avait été avérée, la requérante aurait saisi le juge des référés immédiatement après la notification qui lui a été faite de la décision d'exclusion ; enfin, car la requérante a contribué par son comportement à la situation d'urgence qu'elle invoque puisque ses manquements itératifs à la communication avec l'ensemble des membres de l'ERS et son opposition au mode de fonctionnement de l'ERS, justifient la décision d'exclusion temporaire en litige ;

- il n'y a pas de moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

* le moyen tiré d'une insuffisance de motivation en fait n'évoque pas le fondement juridique sur lequel cet argument prend assise et n'est pas assorti des précisions permettant à la juridiction d'en apprécier le bien-fondé ; en tout état de cause la décision fait apparaître la teneur des manquements reprochés ;

* le moyen tiré d'une irrégularité de la procédure suivie n'évoque pas le fondement juridique sur lequel cet argument prend assise et n'est pas assorti des précisions permettant à la juridiction d'en apprécier le bien-fondé ; en tout état de cause, si lors du conseil de discipline, l'élève doit être mis en mesure de présenter ses observations sur les faits qui lui sont reprochés, aucun texte n'impose que ces observations soient présentées au moyen d'un PDF et la requérante a présenté des observations orales et a pu consulter son PDF comme support de sa prise de parole ; il ne lui a pas été interdit de remettre son support PDF en version papier au conseil de discipline, mais elle ne l'a pas fait ce qui révèle que la diffusion de ce PDF en séance n'était pas indispensable à la présentation de ses arguments et que la requérante ne s'est estimée privée d'aucune garantie ; par ailleurs le procès-verbal de la séance du conseil de discipline mentionne qu'en dernier lieu il a été demandé à la requérante si elle avait quelque chose à rajouter ;

* l'exclusion temporaire pendant 9 semaines en litige n'est pas disproportionné ; la requérante ne cesse de relativiser les manquements qui lui sont reprochés et, ce faisant, confirme que la décision, essentielle à ce qu'elle "entreprenne un parcours personnel réflexif sur les actes qu['elle pose]" est nécessaire et justifiée ; son inertie et son comportement individualiste et réfractaire ont lourdement pesé sur le fonctionnement de l'ERS, autant qu'il a mis l'école en porte à faux vis-à-vis de certains de ses employeurs et son attitude a ainsi, non seulement perturbé l'organisation du service, mais également porté atteinte à l'administration ; outre que certains faits reprochés constituent des manquements à des obligations particulièrement et précisément prévues au règlement intérieur, l'attitude générale qu'elle a adoptée caractérise une violation des règles plus globales interdisant aux élèves de " porter atteinte au bon fonctionnement de l'ERS ", " perturber dans le déroulement des activités d'enseignement " et leur imposant d'adopter un " comportement conforme aux règles communément admises en matière de respect d'autrui et de civilité ", ces règles de bien vivre ensemble étant prévues par l'article 37, et 10 des règlements intérieurs de l'ERS pour les années 2019 à 2024 ; une multiplicité de griefs a été retenue à son encontre, notamment : une présentation à l'épreuve obstétrique le 18 octobre 2023 alors qu'elle était en arrêt maladie qui a mis l'équipe pédagogique dans une situation inédite d'incertitude et d'urgence et la solution consistant à lui permettre de signer une décharge demeurait néanmoins insécurisante pour l'école dès lors qu'elle revenait à aller à l'encontre d'un avis médical ; en septembre 2023 la mise en porte à faux de l'ERS avec le centre hospitalier de Chartres et la subtilisation du logement d'une autre étudiante ; concernant la période de stage du 9 au 13 novembre 2020, la communication de son planning le 10 novembre 2020 et pour le stage débutant le 11 janvier 2021, la communication de son emploi du temps le 12 janvier 2021 alors que l'ERS exige légitimement de ses élèves une anticipation ; la remise de travaux personnels après la date butoir ; si la requérante indique qu'elle aurait déjà été sanctionnée pour ces faits, par le redoublement de son année de L3, le redoublement qui constate une carence dans l'apprentissage au regard des résultats obtenus ne saurait constituer une sanction disciplinaire et la non-remise de travaux scolaires peut emporter des conséquences, à la fois, sur le succès des examens, mais également disciplinaires ; de très nombreux retards dans la communication de documents relatifs notamment à son dossier de demande d'attribution de bourse et sa pré-inscription au conseil de l'ordre ou la communication des attestations responsabilité civile et sécurité sociale pour l'année universitaire 2023-2024, ainsi qu'un retard dans le choix des mémoires pour l'année scolaire 2022-2023 qui a non seulement mis ses enseignants dans une position inconfortable en leur imposant un retard dans l'analyse des sujets, mais a également pénalisé ses camarades en les empêchant de connaître le sujet qu'ils devraient traiter et initier leurs travaux de recherches ; une inscription pour l'année 2023-2024 effectuée la veille de la date butoir, cette inscription de dernière minute, qui plus est, alors que la période de stages avait déjà commencé ayant mis l'administration dans une situation d'incertitude, mais également irrégulière dès lors qu'elle lui a fourni une convention de stage le 4 septembre 2023 ; le refus de signer le formulaire de consentement à l'utilisation de la boite mail universitaire, contraignant l'ensemble de l'équipe pédagogique à modifier leurs listes de diffusion en y intégrant la boite mail personnelle et privée de la requérante ; le refus à tout le moins ab initio de se faire dépister Covid en juin 2022 ; ses manquements ont eu des conséquences sur l'administration et sur les autres élèves ; eu égard aux pesantes et embarrassantes conséquences des faits reprochés, leur multiplicité et l'importante de la période au cours de laquelle ils ont été constatés, la sanction d'exclusion temporaire de 9 semaines n'est pas disproportionnée, le fait qu'elle puisse donner satisfaction dans le cadre de sa pratique en milieu hospitalier n'est pas contesté, mais il n'a pas de lien avec la sanction disciplinaire qui se rapporte à la relation qu'entretien la requérante avec l'équipe et le projet pédagogique de l'ERS.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- et la requête au fond n° 2400290 présentée par Mme B.

Vu le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lefebvre-Soppelsa pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 8 février 2024, présenté son rapport, et entendu :

- les observations de Me Kutta Engome, représentant Mme B, présente, qui a conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens en demandant en outre qu'il soit fait injonction de la réintégrer provisoirement, sachant que le centre hospitalier de Chartres a indiqué la prendre en stage dès que possible, et en soutenant que la décision attaquée lui porte préjudice dès lors qu'elle ne pourra pas présenter son diplôme en juin 2024, que l'allocation qui lui est versée par le CHRO ne l'est que pour une durée de 22 mois, qu'elle n'a finalisé son inscription en septembre 2023 que la veille de la date limite car elle n'avait pas, jusqu'à cette date, les moyens financiers d'acquitter les droits d'inscription, qu'il ne peut lui être fait grief de ne pas avoir respecté d'autres dates qui ne lui avaient pas été indiquées, qu'il n'est pas établi qu'elle a perturbé des examens ou la scolarité des autres étudiants, ni porté atteinte au fonctionnement de l'école ;

- et les observations de Me Gobé substituant Me Tertrais, représentant le CHRU de Tours, qui a persisté dans ses conclusions de rejet par les mêmes moyens en soulignant que la requérante n'établit pas que le CHRO lui demandera le reversement des sommes versées dans le cadre du contrat d'allocation faute d'avoir obtenu son diplôme en juillet 2024, que désormais elle ne pourra justifier, en juin 2024, avoir respecté la durée de stage réglementaire du fait de son exclusion effective depuis début janvier, qu'elle pourra obtenir son diplôme en septembre 2024, que la motivation de la décision, qui se réfère au dossier disciplinaire, est nécessairement limpide pour la requérante qui, par son comportement, a impacté l'ERS, a mis celle-ci en porte à faux avec le centre hospitalier de Chartres, a surmobilisé l'équipe encadrante et a troublé les conditions d'enseignement pour ses camarades de promotion et que l'administration, restée longtemps compréhensive et clémente, est désormais lassée devant la persévérance de la requérante dans ses manquements.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la fin de non-recevoir :

1. Il est constant que la requérante, dans le dernier état de ses écritures, corrigeant l'erreur de plume entachant les dernières lignes de sa requête introductive d'instance qui mentionnait par ailleurs la décision attaquée, produite dès cette date, demande la suspension de l'exécution de la décision en date du 15 décembre 2023 prononçant à son encontre une

exclusion temporaire de l'école régionale des sages-femmes du 8 janvier 2024 jusqu'au dimanche 10 mars 2024, à l'encontre de laquelle elle a intérêt à agir. La fin de non-recevoir opposée ne peut par suite qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence

3. Pour l'application de ces dispositions, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. La requérante indique que l'urgence est justifiée, notamment car la décision attaquée aura pour conséquence qu'elle ne pourra valider son année universitaire à la première session, en juin, 2024, et qu'elle ne pourra, par suite, pas honorer l'engagement conclu avec le CHRO de travailler en son sein dès l'obtention de son diplôme en juillet 2024, en contrepartie duquel celui-ci lui a versé une allocation mensuelle de 700 euros par mois pendant 22 mois correspondant à la période du 1er septembre 2022 au 30 juin 2024. Il résulte de l'instruction que, quand bien même le CHRO ne demanderait pas le reversement de l'allocation ainsi versée, la requérante, qui soutient sans contredit être dans une situation financière difficile, ne lui ayant notamment pas permis d'acquitter avant la veille de la date limite les frais d'inscription pour l'année universitaire en cours et, dont il est constant qu'elle est boursière à hauteur de 4 034 euros bruts annuels versés sur 10 mois, sera en conséquence de la décision en litige, d'une part, privée de la première session d'examen, d'autre part, verra son cursus de 22 mois prolongé d'au moins 9 semaines sans allocation. Dans ces circonstances, et alors d'une part, que le centre hospitalier de Chartres a indiqué la reprendre en stage dès que possible, d'autre part, qu'il n'est pas établi que la requérante, qui a saisi la juge des référés le 22 janvier 2024 d'une demande de suspension de l'exécution d'une décision qui lui a été notifiée le 19 décembre 2023, soit au regard de la période considérée dans un délai diligent, ne pourrait désormais justifier en juin 2024 avoir respecté la durée de stage réglementaire, la décision en litige porte une atteinte grave et immédiate, à sa situation.

5. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige

6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés d'un défaut de motivation et de ce que la sanction prononcée est disproportionnée sont de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

7. Il résulte de ce qui précède que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 15 décembre 2023 prononçant à l'encontre de Mme A B une exclusion temporaire de l'école régionale des sages-femmes du 8 janvier 2024 jusqu'au dimanche 10 mars 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. La présente décision implique, eu égard à son motif, qu'il soit enjoint au CHRU de Tours de réintégrer à titre provisoire la requérante au sein de l'école régionale des sages-femmes dans un délai de deux jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le CHRU de Tours demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHRU de Tours la somme de 1 000 euros à verser à la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 15 décembre 2023 prononçant à l'encontre de Mme A B une exclusion temporaire de l'école régionale des sages-femmes du CHRU de Tours du 8 janvier 2024 jusqu'au dimanche 10 mars 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond n° 2400290.

Article 2 : Il est enjoint au CHRU de Tours de réintégrer, à titre provisoire, la requérante au sein de l'école régionale des sages-femmes, dans un délai de deux jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le CHRU de Tours versera à Mme B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par le CHRU de Tours en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours.

Fait à Orléans, le 9 février 2024.

La juge des référés,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La République mande et ordonne la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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